INTERVIEW LARRY MCDONALD, LE 06 MAI 2009 A PARIS

REALISE PAR DOCTORBIRD / PHOTOS DJEDJE

 

Larry MCDonald, vous êtes un musicien crucial de la période SKA jusqu'au Early reggae...

J’ai quitté mon ile pour les Etats unis en 1973, mais avant de partir là-bas, on peut dire que j’ai bien roulé ma bosse dans les studios jamaicains ! Sans que le grand public ne le sache vraiment d’ailleurs (rire) .Par exemple, je joue sur le « i pray thee » de Big Youth , ou encore sur ce morceau « annoyed » que j’ai enregistré pour Keith Hudson, sur un riddim de Audrey Rollins…j’essaye de me souvenir un peu, mais on va dire pour les plus connus qu’il y a les wailers, ensemble et individuellement, Eric Donaldson « cherry oh baby », Toots & the maytals « funky Kingston » , beaucoup d’autres…Evidemment les gens ont oubliés tout ca…

Vous avez débuté avec le pianiste Cecil Lloyd...

Yeah ! Cecil Lloyd et moi avons grandis et passé une partie de notre enfance ensemble sur la cote nord jamaicaine, à Port Maria, exactement a l’opposé de Kingston C’est aussi la capitale de la paroisse de St Mary. Le père de Cecil était un des ministres de l’église Baptiste là-bas, et je trainais un peu toujours dans le coin. Avec Cecil nous avions l’habitude de faire les choses ensembles, jusqu'à ce qu’il s’établisse à Tower island (à l’ouest de Port Maria) pour travailler et éventuellement étudier. Lorsqu’il est parti, je ne jouais pas de musique, mais lorsqu’il est revenu…il est venu au Bournemouth club, qui se trouvait juste à coté de chez moi. J’y avais déjà joué peu de temps auparavant, avec Trenton Spence (chef d’orchestre du début des années 60), mais cette expérience n’avait pas été concluante. J’ai donc failli ne pas y aller, mais la musique me disait… « come on » (rire), alors j’y suis allé. Quand Cecil m’a vu, il m’a dit « man je suis désolé, je ne savais pas que tu jouais! » sinon je t’aurais engagé pour nos concerts au runaway bay hotel ! Maintenant c’est trop tard car les salaires sont déjà faits, mais l’année prochaine si tu veux bien…Je lui dit «ok d’accord». Le lendemain, deux gentlemen arrivent chez moi et me disent qu’il faut que j’aille au runaway bay hotel ce soir, avec des vêtements car je vais y rester un certain temps, et …qu’il faut que je me dépêche ! j’ai donc pris mes percussions et je suis parti pour Runaway bay, qui se trouve après St Anns bay. J’y suis resté 4 mois, le temps d’une saison touristique, du 15 décembre au 15 avril…L’année d’après nous avons refait la même chose. Ensuite je suis parti à Mexico avec un rumba band et un groupe de danseurs. J’y suis resté quelques années car j’ai intégré le «folklorico ballet of Mexico ». Ensuite je suis rentré en Jamaique ou j’ai retrouvé Cecil Lloyd pour faire le « playboy trio ». Cecil au piano, Cluett Johnson à la contrebasse et moi aux percussions. Cluett était vraiment un bassiste de folie…wow quel jeu il avait…

Vous jouiez du Jazz ?

Cela dépendait… on pouvait jouer de tout. Mais à l’époque, pour être réellement reconnu en temps que musicien, il fallait savoir jouer du be-bop. Ensuite vous pouviez trouver des engagements dans les hôtels ou dans les clubs. C’était un truc vraiment différent de maintenant. A l’époque ou nous jouions au runaway bay hotel, nous avons eu un jour off et Cecil en a profité pour enregistrer cet album à Kingston ! « jazz jamaica from the workshop » (pour Coxsone aux studios federal en 1962). Coxsone était un bon ami à moi. D’ailleurs si vous l’aviez connu à l’époque vous l’appelleriez Roy…C’est comme ca que je l’appellais, Cecil aussi, sa femme Norma également…

Il vous appelait jackson ? (Coxone appellant tout le monde indifférement Jackson)

Oui ! Comment ca va Jackson ? (rire) Mais Jackson tu ne peux pas faire comme ca ! C’est vrai il appelait tout le monde Jackson, déjà à l’époque. C’était un peu comme sa marque de fabrique, et cela restait très amical. Lorsque le l’on faisait des jazz sessions le dimanche après-midi, il était toujours là à écouter et regarder, pour ensuite choisir les meilleurs musiciens pour ses enregistrements.

Vous avez joué avec les Skatalites également...

Oui, je ne faisais pas officiellement partie du groupe, mais je jouais avec eux car j’étais ami avec Tommy Mc Cook, Rolando Alphonso & Lloyd Knibbs avant même la formation des skatalites. Dans ce groupe, tous étaient un peu leader et ce, avant même qu’ils ne jouent ensemble. C’est pour cette raison qu’ils étaient si bons, mais aussi qu’ils n’ont pas pu durer plus longtemps. Trop de tempérament aura eu raison d’eux (rire). J’étais au reggae sunsplash 1983 (Il jouait avec le groupe de Gil scott-Heron) et j’ai eu la chance d’assister a leur concert de reformation. 19 ans après leur séparation, ils étaient de nouveau ensemble sur scène, avec Jackie Mitoo, Jah Jerry, Tommy Mc Cook…

Vous avez églement joue avec Tommy MC Cook & the Supesonics ?

Oui j’ai joué sur quelques morceaux des supersonics, mais à l’époque je jouais surtout avec l’orchestre de Carlos Malcolm, Carlos Malcolm & his afro-jamaican rythms. J’y ai rencontré Boris Gardiner qui était chanteur dans le groupe et j’ai aussi joué avec lui dans son groupe de 1969 à 1972 avant de quitter la Jamaique en 1973…j’essaye de réfléchir…Audley Williams était le bassiste des afro-jamaicans rythms, mais un jour il est parti vivre au Canada. Alors Carlos a pris la basse pour jouer mais il n’était pas vraiment bassiste. Je savais que Boris avait joué de la guitare rythmique dans le groupe the sheiks. J’ai donc dit à Carlos de lui laisser la basse pour voir ce qu’il allait en sortir, et c’est comme ca qu’il est devenu un des tous meilleurs! Il a inventé de sacrés lignes de basse ! Mais c’est aussi un très bon chanteur, d’ailleurs je chantais parfois avec lui dans le groupe (rire) vous m’imaginez chanter derrière Boris (rire). Mais c’était lui qui l’avait voulu…Ensuite il y a eu Tinga Stewart, c’était autre chose. Nous avons également eu Derrick Harriott ! Même Lascelles Perkins ! Aujourd’hui il est un peu oublié mais il avait une voix à vous couper le souffle…Lee Perry était la aussi, et c’était un chanteur avec une voix plutôt descente, même si les gens lui trouvaient déjà des manières …excentriques. Lui, j’aimerai tellement pouvoir retrouver tout son matériel du black ark, l’enfermer en studio, et lui dire qu’il n’en sorte pas avant de m’avoir enregistré (rire)…

Parlons un peu de Denzil Laing...

Denzil est un percussionniste avec qui j’ai eu un petit hit « ife l’ayo » (the name of the game) sur un riddim des fabulous flames « holly holy ». Ce single avait été produit par Clancy Eccles et je crois enregistré aux studios Dynamics. J’y ai beaucoup enregistré à l’époque. Par exemple toujours avec Denzil, nous avons fait en 1971 un titre qui s’appelle « suki suki » sur le riddim de « johnny too bad » qui a été produit par Syd Bucknor. De parler de ca maintenant me rappelle beaucoup de souvenirs et aussi de la merde à l’époque… disons des conditions à l’époque (rire).

Vous avez joué aussi sur pal mal de chansons des Wailers...

Oui c’est vrai, mais bon si techniquement j’ai joué avec eux pendant quelques temps, c’était surtout parce qu’à l’époque j’étais percussionniste dans les studios jamaicains, pas en tant que wailers. Je joue notamment sur pas mal de chansons enregistrées avec Scratch. J’ai également beaucoup joué en live avec eux pendant les fêtes de pâques, des vacances d’été, de noël…En ce temps là, les gros groupes de l’époque, comme Carlos Malcolm & his afro-jamaican rythms , Byron Lee & the dragonaires ou encore les Skatalites jouaient souvent dans des endroits fixes, et devaient ainsi apprendre le répertoire des groupes qui allaient passer dans les theatres ou les hôtels. J’en faisait partie, et les wailers venaient souvent y jouer. Cela me fait penser que j’ai aussi joué sur « bide up » de Bunny Wailer enregistré par Karl Pitterson, l’ingé son des studios dynamics et qui fut aussi un des guitaristes de Byron Lee …Toute cette période n’était pas forcement facile pour un joueur de congos comme moi, mais je m’en suis plutôt bien sorti. De plus en plus on m’a demandé de venir faire ceci, puis cela pour ensuite faire des sessions de studio etc…

Et puis vous avez décidé de quitter la Jamïque...

Oui, en 1973…parce que je n’avais pas de réel futur en temps que musicien là-bas. A cette époque, le reggae n’était pas connu mondialement comme il l’est aujourd’hui…Dans mes souvenirs, seul Millie Small avait fait une véritable tournée à l’étranger et s’y était installée, et peut être les wailers aussi… A mon arrivée aux Etats-Unis j’ai d’abord joué avec Manu Dibango, nous avons enregistrés la bande originale d’un film produit par Ossie Davis qui s’appellait « countdown at kunsini » un très bon disque avec un sacré groupe, Cedar Walton au piano, Buster Williams à la basse, Tony Williams à la batterie (tous de célèbres jazzmen), Manu au sax tenor et un autre joueur de congos qui s’appellait Chuggy Carter et qui jouait avec Donnie Hathaway…On a fait de sacrés bon jams ensemble pour ce film….Nous avions également fait quelques concerts, entre autre au Madison square garden avec Funny allstars et Ray Barretto…Quel concert ! Vous imaginez l’effet que cela m’a fait de me retrouver là-bas alors que j’avais quitté la Jamaique à peine un an plus tôt ! Entre décembre 1973 et juillet 1974, j habitais entre Indianapolis et Beaufort au sud de la Caroline, et me voilà tout d’un coup entrain de jouer dans la plus grande salle de New York ! Wooow ! Ensuite le reggae commence doucement a être en vogue, et là je rencontre un gentleman du nom de Ossie Brown, qui est le road manager de Taj Mahal. Taj venait de sortir un Lp du nom de « more roots » avec des reprises de « Johnny too bad » « slavedriver » et souhaitait que je l accompagne pour la tournée de cet album. Il me téléphone pour savoir si je suis d’accord…et me rappelle 20 minutes après pour me demander de prendre l’avion le plus vite possible pour la Californie (rire). Cela devait être en septembre 1974, et nous sommes ensuite partis pour 3 mois de tournée. J’ai joué avec Taj jusqu’en 1978, jusqu’au jour ou l’on devait partir jouer à l’étranger…Mon visa de visiteur avait expiré depuis tellement longtemps qu’il m’était impossible de quitter le pays (rire général). Alors je suis retourné en Californie, ou j’ai mis en place un groupe qui s’appellait « Riddim » avec 4 ou 5 percussionistes... J’ai toujours aimé les groupes de percussionnistes. Avant mon arrivée aux Etats-Unis j’avais déjà monté un groupe de batteurs nommé « truth » en Jamaique, avec Mutabaruka qui posait pour la première fois ses poèmes sur des musiques. C’était en 1972…

Vous deviez sonner comme une sortie de "Last Poets" Jamïcains (les last poets sont un groupe américains des années 70 basés sur des percussions et de la poésie) ?

En fait c’était vraiment quelque chose qui me tenait à cœur, car à l’époque le reggae commencait doucement à se mettre en place, après la mode du rocksteady, et moi j’avais envie d’un projet plus personnel, qui aurait englobé percussions, poésie et danse. La danseuse se prénommait Patsy Ricketts (aujourd’hui célèbre chorégraphe jamaicaine) et les 2 poètes étaient Jacko Atanku et Mutabaruka. Pour en revenir à « Riddim » nous faisions un reggae très basés sur la percussion bien sur. Nous avons donnés quelques concerts à Los Angeles, mais rien de bien conséquent. Au moins lorsqu’on marchait dans la rue dans notre quartier d’East bay on nous reconnaissait …« hey c’est Riddim » (rire). C’était il y a longtemps et plus personne ne se rappelle de ca…le seul qui pourra encore vous en parler, c’est Roger Steffens (rire), lui doit s’en souvenir. Ensuite je suis parti de la Californie du nord pour aller de nouveau à Los Angeles monter un nouveau groupe qui s’appellait « Idren ». Ce groupe est toujours en activité ! Le bassiste étant le lien entre les anciennes et nouvelles générations de « idren ». Puis c’est là ou l’on m’a demandé de faire du reggae pour un autre groupe américain, Gil Scott-Heron…On m’a demandé de faire des overdubs sur le morceau « storm music » qui se trouve sur l’album « reflections ». C’était en 1980, et pour la seconde fois (après Taj Mahal), je jouais dans des groupes américains ou l’on me demandait de faire du reggae ! Aujourd’hui, je joue encore occasionnellement avec Gil, cela fait 29 ans que nous jouons ensemble !

Il doit venir au mois de juillet à Paris (Il donne traditionnellement un concert au new morning tous les étés) VOUS SEREZ LA ?

Je ne sais pas…Cela dépendra de lui. S’il le veut je serais là (rire). J’ai l’habitude de faire son concert annuel au new morning. J’aime cette salle et je voudrai y repasser avant de repartir à New York, juste pour voir les gens et visiter le quartier.

Parlons un peu de votre album "Drumquestra". Depuis quand avez vous eu cette idée de faire cet album, conceptuel et basé uniquement sue les percussions et les chants?

Depuis 50 ans! Comme je le disais, la plupart de mes projets personnels étaient déjà principalement basé sur le travail de la percussion. En février dernier, j’ai fait un concert avec Ernest Ranglin, Cedric Brooks, Kevin Bachelor et l’ancien clavier de « Truth ». Alors que je lui parlais de mon futur album, il me demanda quelle couleur aura l’album…je lui ai répondu « ce sera un peu comme « Truth » sous steroïdes » (rire). Il a tout de suite compris ou je voulais en venir. N’importe quel musicien pense a faire un disque solo un jour. Parfois cette opportunité ne vient jamais. En 2007, un ami à moi, Malik Al Nasir (de la maison de disque MCPR) m’a dit qu’il était prêt a produire mon album. Je lui ai dit que pour que cet album voit le jour, il fallait me laisser faire ce que je veux car j’avais beaucoup d’idées precises. Par exemple, il y a ces grottes en Jamaique qui sont remplies de rochers qui sonnent comme des gongs. J’ai toujours adoré ces sons et je voulais les incorporer sur le disque. Et cela me donnait aussi un alibi pour enregistrer en Jamaique. De plus je voulais enregistrer avec ces 2 percussionnistes des Mystics revelation of Rastafari Brother « Royo » Smith au bass drum, Delroy « Putus » Williams au funde, ainsi que Karl « Simba » Messado au repeater, qui jouait déjà avec moi du temps de « Truth ». Il y a aussi Bongo Herman (percussionniste rasta mythique) et Carl McLeod (batteur de ska a la grande époque). Sly Dunbar est là aussi évidemment. Ce disque je l’ai rêvé pendant longtemps, et voila, aujourd’hui nous y sommes. J’ai signé mon contrat en octobre 2007 pour faire ce disque et nous avons donné le master à la maison de disque en avril 2008. On a fait vite car nous n’allions pas à la pêche aux idées pour ce disque. J’ai beaucoup voyagé dans ma vie, et il y avait beaucoup de choses qui étaient restés dans un coin de ma tête et que je voulais voir ressurgir sur disque. C’était facile car j’ai pu faire ce que je voulais avec les gens que je voulais. Des gens comme Toots ou Mutabaruka se sont de suite portés volontaire pour être sur l’album. Ils ont même insistés pour être dessus…Mutabaruka avait déclaré que ce disque ne se ferait pas sans lui (rire), et Toots m’a dit « quand tu le fait je suis la ! » et après tout on ne dit pas non a un grammy winner qui veut être sur votre disque…Sérieusement, je connais Toots depuis très longtemps.

Vous n'avez pas tout enregistré en Jamïque ?

Non, mais une bonne partie quand même. Souvent nous avons enregistré le corps de la chanson en Jamaique, puis nous avons overdubbés celle-ci après, à New York. C’était clair pour moi, car je savais les tempos que je voulais, les humeurs et les ambiances des chansons, et je savais ce que je comptais rajouter après. Toots, Mutabaruka, Bob Andy, Stranger Cole et son fils Squidly ont enregistrés leurs voix en Jamaique. Dollarman, Shaza, Terri Lion, J.D Smoothe et Toli Reid ont eux fait leurs prises à New York, au studio platinum sound, celui de Wyclef Jean et mixés par Serge Tsai. Je crois que l’on a un pédigrée plutôt bon (rire). Bon maintenant que ce disque va sortir sous peu, je ne sais pas à quoi trop m’attendre…Est-ce que les gens vont l’acheter, l’apprécier ? Je suis dans une situation qui ne m’est jamais arrivée. Jusqu'à présent, seul David Rodigan a dit qu’il n’avait pas aimé le disque, que ce n’était pas sa tasse de thé. Franchement, il n’est pas ma tasse de thé non plus alors…Je ne m’attends a rien, car je suis simplement ravi d’avoir pu sortir ce disque. Tous ces chanteurs sont mes amis, et pas forcement ceux que l’on retrouve en haut des charts.

Bob Andy donnait un concert à Paris hier soir...

Oui je sais, et je suis allé le voir backstage avec Ken Boothe car ce sont des amis de longues date…Je l’avais eu au téléphone avant de m’envoler de New York, et il m’avait demandé quand est-ce que j’étais à Londres ? (la seconde patrie de Bob Andy). Je lui avais dit le 6, sachant qu’il n’y serait pas puisqu’il jouait à Paris le 5. Mais moi j’étais aussi à Paris le 5, donc je lui ai fait une petite visite surprise, comme lui m’aurait fait la même chose sans aucun doute (rire). On a raconté beaucoup de conneries et bien rigolés…Pour ce morceau qu’il chante sur l’album « got jazz », j’avais au départ une version instrumentale du morceau et je me posais la question de savoir qui pourrait faire ce type de chant un peu scat que je voulais…J’étais donc entrain d’y réfléchir à l’hôtel, lorsqu’on m’informa qu’une personne nommée Keith était à l’accueil, et voulait monter me voir. Des que j’ai entendu ce prénom, (Bob Andy s’appelle Keith Anderson en réalité) j’ai su que c’était lui qui était un des seuls parmi les chanteurs de reggae à pouvoir faire ce chant que j’attendais.

Il y a également une vidéo incroyable où l'on vous voit enregistrer une chanson sur un rythme KUMINA (musique des cérémonies des esclaves libérés, les maroons)

Oui c’est la chanson « backyard business » avec Bongo Shem & The New Creators .J’avais travaillé avec une compagnie de théatre de danse, qui avait ces deux percussionnistes Kumina qui jouaient exceptionnellement bien. Ils étaient de St Thomas, et j’avais toujours eu envie de jouer les choses que j’avais dans ma tête par-dessus les choses qu’ils jouaient. Ils se trouvent que Sydney Mills qui est le producteur de l’album est de St Thomas ! Il m’a donc emmené un soir a une cérémonie Kumina car il voulait me présenter à des percussionnistes locaux. On est resté là-bas à discuter avec eux jusqu'à 9 heures du matin ! Je devais être saoulé avec l’atmosphère (rire), combien de fois je suis resté jusqu'à 9 heures du matin sans dormir ? Pas souvent ! On s’est revu peu de temps après , dans ce jardin près d’une école, et tout le matériel dont il disposait était un macintosh et 2 micros…On a donc enregistré comme cela, et lorsque l’on est rentré à New York, Marivaldo Dos Santos, un percussionniste brésilien a joué par-dessus, puis un chanteur de la Cote d’Ivoire nommée Joe Black a posé sa voix. Il faut savoir que le rythme Kumina n’a quasimment pas changé depuis la période de l’esclavage, alors d’avoir Joe Black, un Africain qui chante dans sa langue natale dessus, c’est un peu comme boucler la boucle pour moi, cette musique retourne à la maison.

Ce rythme KUMIN, c'est ce que vous avez entendu pendant votre enfance ?

Non, c’était plutôt du Junkanoo, qui est une musique festive utilisée lors des carnavals. D’ailleurs pour l’album au départ, j’avais pensé à faire une chanson avec du Junkanoo…puis je me suis orienté vers le Kumina. Lorsque j’étais petit, j’avais plutôt peur des costumes et des déguisements, mais j’adorais les percussions. C’était l’époque des vacances de Noël. Dès l’âge de 8 ans, je faisais des percussions sur du Junkanoo. J’aimais faire les 2 batteries avec les basses en même temps (démonstration sur un bureau à l’appui) mais jamais j’aurais pensé que cela me resterai, que je deviendrais musicien, et encore moins que j’en serais la aujourd’hui (rire). Vous savez, l’arrivée de l’électronique nous a presque tué nous les vieux musiciens…Tout cela nous semble si complexe. Et puis moi a 65 ans, je me suis dit «cela ne m’arrivera pas, je ne veux pas être mis sur la touche comme ca » alors je me suis renseigné, acheté un ordinateur et appris. Il fallait que je sache comment tout cela marche. Aujourd’hui, je vis avec mon temps, je me suis même inscrit sur facebook, myspace, mais pas encore sur tweeter (rire).

 

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