INTERVIEW GANJA TREE & JAH CAN GAD, LE 20 JUIN 2009 A CHATEAU-THIERRY

REALISE PAR POTER / PHOTOS DJULL

 

Peux tu nous parler de ta carrière pour les gens qui ne te connaissent pas ?

Bienvenue et bonjour à vous, one love et big up votre équipe. Mon nom est Ganja tree de Portland en Jamaïque de la région des blue mountains. La musique a toujours existée, elle a évolué au fil du temps avec différents styles, parfois on découvre de nouveaux styles, des millions de personnes peuvent écouter et découvrir Ganja tree au même moment aujourd’hui. Donc bienvenue à tous les nouveaux auditeurs de Ganja Tree et One Love.

Ma carrière dans la musique est basée sur l’unité. Le message One Love est véhiculé dans ma musique. Tu sais, certains mots jamaïcains peuvent être difficile à comprendre, seuls les jamaïcains en connaissent le sens, et tu ne peux pas le trouver dans le dictionnaire. Donc n’hésite pas à poser une question si tu ne comprends pas le sens d’un mot.

Le vocabulaire et le message rasta sont fondés sur l’unité, l’amour et la culture des traditions. Le rastafarisme n’est pas une religion ni une secte c’est un mode de vie naturel pour nous you know. Si certains voient le rastafarisme d’une manière différente, c’est leur avis ou l’avis de leur Dieu. Mais le rastafarisme est une philosophie ou chaque homme est libre, une philosophie qui t’incite à respecter les gens et à les traiter de la même manière que tu souhaites que l’on te traite.

Jah est avec tout le monde, il défend la vérité, la justice et l’unité. Jah signifie l’unité, c’est un nom saint. Et le nom le plus saint du tout puissant est Jahoviah Aidonia. Peu de gens appellent dieu par ce nom car il est spécial, mais lorsque l’on prononce le mot jah, c’est la première partie de Jahovia.

Pour revenir à la musique que je fais, il s’agit de musique roots et traditionnelle et j’essaie de la faire connaître partout et au plus grand nombre. Il y a l’album intitulé « Inspiration » qui n’a jamais été distribué à grande échelle en France, mais on peut le trouver dans certains shops, beaucoup de monde se l’est procuré, donc les gens le connaissent. Ensuite on a sorti Babylon big street. Ensuite on a sorti « international » vendu sur internet, nous avons fait de la promo avec des stickers/flyers pour annoncer la sortie de l’album et les endroits ou l’acheter, c’est du pur roots reggae.

L’album international a été conçu, composé, enregistré et mixé en France. Nous avons eu des musiciens français, africains, des antilles et de la jamaïque. C’est de la musique roots, avec un message d’unité c’est pourquoi il s’appelle international, beaucoup de personnes de différentes origines ont collaboré à cet album. Tout le monde a joué avec le cœur c’est pourquoi il sonne bien, je vous conseille vraiment de l’écouter.

Quand as tu commencé à chanter en Jamaïque ?

J’ai commencé à chanter en Jamaïque dans années soixante, j’ai chanté dès l’âge de 8 ans. J’ai débuté à l’église car mes parents étaient chrétiens, avant de me lancer plus tard dans la musique reggae.

La musique reggae a commencé à se développer quand j’avais environ 14 ans, et j’ai fait mes premières scènes à 17 ans. A partir du milieu des années 80 on a commencé à faire des shows live en sound system. Quand je parle de show « live » je veux dire avec des musiciens. A cette époque les gens venaient en sound system car en tant que chanteur tu devais venir dans le dancehall pour te faire un nom.

C’est très différent aujourd’hui car maintenant il y a beaucoup de studios et tout le monde peut enregistrer un titre, même chez soi et ensuite le jouer en sound.
Autrefois pour faire un titre il fallait aller dans un studio, aller voir un producteur et il te donnait les moyens de faire ton titre. A l’époque on jouait live et on enregistrait en même temps, si il y avait une erreur sur l’enregistrement il fallait reprendre tout le morceau, c’était un gros travail.

C’est pas comme maintenant les gens créent les pistes d’instruments et ensuite posent les voix dessus tu vois. A l’époque quand tu allais en studio l’enregistrement était difficile et tu avais la pression. C’est beaucoup plus simple aujourd’hui avec les ordinateurs et les machines. Avant le son était vraiment naturel. Aujourd’hui tout le monde peut faire un riddim et ensuite poser des voix dessus. C’était une époque différente u know. Tu ne peux pas comparer la musique reggae de cette époque et le reggae d’aujourd’hui u know. C’est vraiment différent.

Certains artistes mettaient plusieurs années avant de pouvoir enregistrer, car il fallait « burn down » le dancehall et conquérir le public. Ensuite les producteurs étaient ok pour te faire enregistrer.

D’où vient ton surnom Ganja tree ?

Ce nom vient de la rue Greens lane située dans les blues mountains dans la région de Portland en Jamaïque. C’est la d’où je viens, c’est le nom de ma rue, mais on n’utilise pas le mot rue on utilise le mot « lane ». Ca veut dire la rue de l’argent. Quand on était jeunes on aimait avoir assez d’argent et le montrer, pas pour frimer devant les gens, mais pour leur montrer qu’on travaillait dur pour l’obtenir, qu’on était indépendants.

Nous ne travaillions pas pour babylone, on était nos propres employeurs. On était agriculteurs, on travaillait la terre. Et lorsqu’on voulait travailler avec certaines personnes en dehors de la communauté on négociait le salaire, si tu n’étais pas satisfait du prix tu ne prenais pas le job. On était professionnels dans beaucoup de domaines, quand tu travailles seul tu dois être bon et tu te forces à être professionnel.

Parfois les gens de babylone avaient besoin de nous pour certains jobs, mais nous n’avions parfois pas besoin de travailler pour eux u know, ça arrivait qu’ils nous supplient de travailler pour eux. On essayait d’être pro dans notre travail. On faisait les choses le mieux possible en tant que rastas car nous n’aimions pas recevoir de critique de la part de babylone.

Les jeunes de mon quartier savaient que j’avais l’habitude de cultiver la ganja quotidiennement et que je travaillais la terre. J’allais dans les endroits où on avait l’habitude de se rassembler et je faisais tester mon herbe. C’était une herbe de très bonne qualité. Il fallait être expérimenté pour cultiver ce type d’herbe, car elle se transforme en buisson, tu dois la faire pousser dans certains endroits, elle ne donnait pas de grandes plantes. Plutôt des petits arbres mais quand tu la cultives bien, c’est la meilleure ! Les gens la reconnaissaient. J’étais un pro pour cultiver cette variété, elle pousse sur une terre très sèche, et elle n’a pas besoin de beaucoup d’eau pour se développer.

Mon surnom à l’époque était Tallo T, et mes amis ont dit à partir de maintenant on t’appellera Ganja tree. Et c’était avant que je fasse de la musique. C’est pourquoi j’ai utilisé ce nom à partir de mon premier enregistrement.

En 2007 tu as collaboré avec le band tushung pen sur l’album intitulé « around tu shung pen » avec le titre suffering line ? Comment les as-tu rencontré ?

Je les ai rencontré par l’intermédiaire d’une connaissance. Il m’a invité à voir et à participer à un de leur concert à Colombes. Je ne voulais pas jouer avec le groupe car je n’avais pas répété avec eux, je n’aimais pas leur riddim je les trouvais trop speed, je préfère les sons plutôt roots.
A cette époque le public français ne connaissait pas beaucoup Ganja Tree. C’était le début de ma carrière en France. Ma musique n’était pas distribuée, mes disques n’étaient pas disponibles dans les shops français.

Un jour j’enregistre en studio, et je vois des gars arriver. C’était quand je commençais à enregistrer l’album roots dont je t’ai parlé « international ». Les gars sont venus car ils ne répétaient pas loin du studio, ils sont venus pour checker ma vibe en studio et écouter mes titres. Ils ont appréciés, et ils m’ont proposé de collaborer avec eux.

Je n’avais pas vraiment de band. J’ai commencé à travailler avec eux en répétant, et ça a bien marché, et je leur ai montré quelques trucs, car ils jouaient surtout des vieux morceaux jamaïcains de studio One comme du style « Black cindirella ». Je leur ai apporté de nouvelles vibes car on commençait à faire des shows, on a fait des demos et les gens ont bien accroché. Je leur ai proposé de faire des nouveaux morceaux originaux, en apportant ma vibe.

Ca a bien fonctionné et on a joué dans des concerts avec les gladiators, toots and the maytals et mickey dread, ken boothe.

Qu’est ce que tu penses du public français ?

Il y a différents types d’audiences en fonction de chaque musique. En général quand des personnes viennent pour ressentir la musique, ils sont joyeux, le public français à une bonne vibe peut importe la musique qu’il vient écouter. Jah est présent à travers la musique et les musiciens dans tous les styles. Je n’ai pas de problème avec les gens qui n’apprécient pas ma musique. Car moi aussi je n’aime pas tous les genres de musique. Le public français est nice, je l’apprécie big up à eux. Ils sont joyful, et ils aiment le reggae.

En 2008, Chris Blackwell a dit que l’age d’or de la musique jamaïcaine est derrière nous. Que penses-tu de la musique jamaïcaine actuelle ?

C’est une réalité, golden fait référence à un période ancienne. Il y a pas mal d’exemples qui le prouve. Par exemple, à cette époque les hommes et les femmes avaient l’habitude de danser ensemble peu importe la musique qui était jouée. Il y avait une unité. Si mon ami Jah can voulait danser avec ma femme il n’y avait pas de problème, tout le monde dansait ensemble. (Jah can assis à côté de Ganja tree assiste à l’interview).
Il y avait une meilleure ambiance, plus de bonne humeur et de joie dans les dancehall et les shows. C’est un exemple de cette époque,

Tu veux dire l’état d’esprit a changé ?

Oui, les gens sont devenus égoïstes.

Pour finir, peux tu nous présenter tes projets à venir

J’ai une association qui s’appelle « french –jamaican link up », et on essaye de la développer, pour relier la France et la jamaïque comme son nom l’indique.
Il s’agit de musique, essayer de faire des projets avec des enfants qui ont besoin d’aide au niveau de l’éducation. Car dans le système jamaïcain tu dois payer pour tout, et certains n’en n’ont pas les moyens. Je participe personnellement au niveau financier car c’est un engagement qui vient du cœur. Je suis un père de famille et je vois, mes enfants vont au lycée et auront une bonne éducation parce que je paye, il faut sans cesse payer. C’est une opportunité pour que ces jeunes défavorisés s’en sortent… Donc il s’agit de projet dans la musique et l’éducation.
La musique est une éducation et j’essaye de faire des choses pour que les gens se rendent compte ce que c’est que vivre dans l’exclusion et le besoin. Donc on travaille beaucoup pour l’association moi et Justine (membre de cotone production)
Pour la musique, j’ai mon album qui sortira bientôt. C’est cotone production qui s’occupe de ça. J’ai aussi deux morceaux qui sont parus sur des compilations récemment. On a des projets pour des collaborations avec des artistes de la Martinique, de la Guadeloupe, et de l’Afrique. Tu peux te connecter sur Myspace pour écouter les dernières tunes, les exclusivités, on le met à jour régulièrement.

Ganja Tree est accompagné par son ami le chanteur Jah Can Gad qui partage la scène avec lui ce soir, nous en profitons pour lui demander de nous parler de son actualité.

Est-ce que tu peux te présenter ?

Mon nom est Jah Can Gad je suis originaire de la Dominique et de la Guadeloupe, je vis en France depuis trois ans. Je chante, et je toaste en anglais et créole. Je suis musicien et chanteur, je suis venu à Paris pour promouvoir ma musique. Je joue principalement des percussions et aussi de la batterie avec différents groupes. Je m’investis beaucoup dans mes projets. J’ai fait des sound system et des dubplates, puis plusieurs albums.

Est-ce que tu as un album à promouvoir en ce moment ?

Sur mon dernier album «Jah can do it » j’ai travaillé avec les musiciens de tiken jah fakoly, ce soir je pense jouer deux ou trois titres qui sont sur l’album. Tu peux retrouver les titres sur mon Myspace. On trouve mon album chez Dubwise, Patate Records et sur internet.

 

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