INTERVIEW MACKA B, LE 11 OCTOBRE 2009 A GUYANCOURT

REALISE PAR DOCTORBIRD / PHOTOS DOCTORBIRD

 

Lorsque j’arrive à la batterie de Guyancourt, ce sont les francais de « the bredrens » qui jouent sur scène, mais devant relativement peu de personnes, la plupart étant restées dehors pour profiter de la fin de journée ensoleillée. Sur scène, le groupe fait quelques compositions en anglais et en francais, mais s’attire surtout les faveurs du public grâce a leurs reprises 100% jamaicaine tel que « bongo red » des gladiators ou encore « pass the kutchie » des mighty diamonds.

Petite entracte le temps d’un changement de plateau et ce sont cette fois les solides néo-zélandais de the black seeds qui montent sur les planches pour défendre leur troisième album a coup de funk-soul-reggae-pop assez bien ficelé (notamment avec de solides rocksteady). Le son est très pro et le public cette fois bien présent. On sent ce groupe de 7 musiciens (dont 2 cuivres) vraiment décontracté et une certaine fraicheur musicale se dégage loin des clichés auquel on aurait pu avoir droit. Le public apprécie et passe un bon moment pendant une petite heure. Des la fin de leur concert, le public déserte littéralement la salle. Il est de retour Vers 23h quand résonne enfin les notes du roots ragga band, composé de 5 musiciens, et sans guitariste, une configuration que ne renierait pas Mad Professor.

Ils vont 100 minutes durant nous faire oublier assez efficacement son précédant band the royale roots qui était pourtant lui aussi très bon. Une petite intro medley pour la chauffe et c’est parti ! Macka B, le plus connu des Dj anglais arrive sur scene, acclamé par le public et attaque directement avec «rasta rise again » sur le rockfort rock riddim. On sent que la foule est en adéquation avec le dj et il prend plaisir a faire de nombreux wheels à ses musiciens. Il enchaine ensuite avec « the roots is in town », un stepper toujours aussi efficace avec des lyrics cultural sur un style ragga. Viendra après step up, she’s more than a sex machine etc…tout ses classiques seront joués sans temps morts… le public est très chaud et les quelques couplets chantés en francais font monter la température d’un cran. Macka B maitrise parfaitement l’art de la parole, et nous prodigue sa petite lecon d’enseignement culturel. Il aborde tous ses thèmes de prédilections : le sexisme, le racisme, la ganja, l’Afrique, son régime ital et sa bataille contre les mcDo, Jah et les rastas...

Un petit hommage aux pionniers du reggae est également effectué avec de petits extraits de « one drop » de Bob Marley, « legalize it » de Peter Tosh ou encore « Al Capone » de prince Buster! On en remet une petite couche en francais sur le parti le plus raciste de France (Monsieur le pen est mal dans sa tête, il est mal , il doit être dans un hôpital, on doit l’envoyer en prison au Sénégal et dire qu’il est le patron du front national), et après un ultime tiercé gagnant en guise de rappel, composé de « warrior style » « roots ragga » et « badder than Jah » il quitte la scène…Le cours est fini pour le lyrical teacher, le public est ravi, et rentre chez lui les oreilles pleines de bonnes vibes. Aucun doute quant au fait qu’il reviendra à la prochaine prestation du « gentleman with manners »

Macka B, vous êtes né Mr MacFarlane à Wolverhampton au Royaume-Uni. Pouvez vous nous raconter votre jeunesse là-bas, et nous dire comment en êtes vous venus à chanter ?


Well, mes parents viennent de Jamaique, et le reggae vient naturellement de là bas tout comme le son du tambour vient d’Afrique. Lorsque j’étais jeune, un de mes meilleurs amis habitait à 3 maisons de chez moi, et son père tenait un sound-system ! Chaque week-end, il organisait ce que l’on appelait des « blues dance » (des soirées), et parfois je restais dormir chez mon ami à l’étage, pendant qu’il y avait la fête en bas ! Je lui disais, que quand on sera plus grand, il faut que l’on ait notre propre sound-system, car on adorait cette ambiance, les basses, la musique, le message qu’elle contenait, tout à la fois ! Et plus tard, un jour, le père de mon ami lui a donné ce sound system ! Alors que nous étions encore à l’école. Nous l’avions rebaptisé Exodus sound system.


Vous chantiez déjà à l’époque ?


Non, je ne parlais pas dans le micro, je faisais ca seulement chez moi. J’aurais bien aimé mais je me contentais d’être là, autour du sound, je portais les caisses, j’aidais à l’installation, et puis je profitais des soirées en dansant ! Cela me suffisait, je faisais aussi un peu le selector parfois, mais seulement par petits bouts. C’était une bonne période, nous étions comme une famille.


Et vous jouiez quoi ?


Roots music ! Beaucoup de steppers, militant style ! Beaucoup de disques venaient de channel one, mais aussi de chez Joe Gibbs et pleins d’autres trucs encore. C’était vraiment bien, c’est comme ca que je suis vraiment venu dans la musique reggae.
Et lorsque vous avez commencé à faire le DJ, qui aviez vous pris comme modèles ?
Beaucoup de DJ Jamaicains m’ont influencé bien sur, à commencer évidemment par U ROY, mais j’adorais également I ROY, parce qu’il écrivait de très bonnes paroles, très intelligentes. C’était quelqu’un en avance sur son temps. U ROY avait le style, mais I ROY avait les lyrics. J’écoutais aussi beaucoup BIG YOUTH, LONE RANGER…des trucs comme ca. Quand j’ai commencé a écouter ces DJ’s, je les copiais, comme une version pirate, et je voyais quel style je pouvais imiter le mieux, mais j’étais également inspiré par des chanteurs roots, comme Burning spear, Dennis Brown, Bob Marley, Peter Tosh, Bunny Wailer, tout ca…et lorsqu’un jour j’ai écrit des paroles moi-même, et que je les ai chanté à une soirée, la réaction du public a été énorme, car ils pouvaient se rattacher aux paroles, ils savaient de quoi je parlais, ils connaissaient le cadre de la situation. A partir de là, je me suis dit qu’au lieu de copier les autres, c’était bien mieux de faire quelque chose qui venait réellement de moi, et d’utiliser mes propres paroles, afin de créer mon propre style. Pour ce qui est des DJ anglais, on peut dire que j’ai grandit avec la première génération. Je suis arrivé en même temps que Papa Levi, le DJ de Saxon par exemple. Par contre il y avait des DJ jamaicains qui vivaient en Angleterre, comme Clint Eastwood & General Saint, ou encore Ranking Joe, Ranking Dread. Ils jouaient beaucoup en sound system, et ils nous influencaient beaucoup, car nous étions jeunes. Tout ceci était très positif.


Parlez nous de votre nom MACKA B. D’où vient-il ?


Cela vient de la bible à la base. Moi, je m’appelle McFarlane, alors à l’époque, tout le monde me surnommait Macka. Mais alors que je cherchais un nom de DJ, je suis tombé en lisant la bible sur cette période entre l’ancien et le nouveau testament ou le peuple régnant sont les machabées. Ceux-ci étaient des braves qui se sont battus contre les grecs, puis les romains. Comme j’étais moi-même quelqu’un qui combattait avec mes mots contre les injustices, j’ai rajouté un B à Macka en référence aux macchabées. Mais depuis je me suis un peu éloigné de cette partie de la bible car même si la vérité est au fond de celle-ci, elle a été en partie ré-écrite et certains passages ont été corrompues par des gens qui veulent controler la vérité. Une autre fois, j’ai lu une bible écrite par un africain, qui venait du Ghana, et selon sa théorie à lui, celle-ci avait été écrite à la base en langues Akan, celle des ashantis. Et parmi les noms Akans qui étaient dans la bible, il y avait aussi celui de macchabee, qui voulait dire celui qui parle son propre langage, celui qui parle avec son propre phrasé ! Je me suis dit que là était le vrai sens de macchabée. Plus tard au Ghana, j’en ai parlé lors d’une interview et l’on m’a confirmé cette théorie. Parfois on croit faire des choses pour une certaine raison, et l’on s’apercoit plus tard que c’était inconsciemment autre chose. La vérité vient plus tard.


Votre premier enregistrement sera « bible reader » en 1985 enregistré sur le stalag riddim pour fashion records, le label de dub vendor…


En quelque sorte oui, car c’est le premier à avoir un succès populaire, mais j’avais déjà enregistré un disque « Maggie’s letter » à Londres avec un groupe nommé pré-wax. Cette lettre était destinée a Maggie Thatcher bien sur (1er ministre à l’époque), et dedans je lui disais que même moi j’arriverai à mieux gouverner ce pays qu’elle. C’était vraiment mon premier titre, ensuite j’ai enregistré « bible reader » qui est sorti en single, et « gentleman with manners » qui est lui sorti sur le LP « great british mc’s »

Ensuite est venu votre premier LP « sign of the times » en 1986 qui marqua le début d’une longue collaboration entre vous et avec Mad professor


Yeah man, il a très bien marché, car c’était un style différent, et surtout c’était l’une des premières fois en Angleterre qu’un DJ posait sur des riddim roots, et non pas seulement sur des riddims dancehall. J’ai réalisé que j’étais aussi à l’aise sur du roots que sur du dancehall. J’ai continué à melanger les deux, car j’adore cette vibes, et c’est pour cela qu’on dit que mon style est roots et ragga…il ne faut jamais se séparer de ses racines.


Vous allez tourner à nouveau avec Mad Professor ?


Oui bien sur! En fait avec Mad Professor on est entrain de faire mon nouvel album qui s’appellera « warrior style ». Il est presque fini et devrait sortir début 2010…Soon come…Chaque morceau aura sa propre spécificité…Tu verras quand tu l’écouteras…On a prévu de tourner ensemble aux U.S.A en février prochain pendant 3 semaines avec de nombreux concerts, festivals etc…


Oui mais en France (rire) ?


Pour ce qui est de la France, ce n’est pas vraiment prévu pour le moment mais bientôt j’espère (rire), gardez les yeux et les oreilles ouvertes, on va revenir…

Sur votre dernier LP en date « more knowledge » il y a cette chanson « wha me eat » ou vous détaillez votre régime culinaire…vous l’avez écrite parce qu’en temps que végétalien vous en aviez marre que l’on vous pose des questions sur votre régime alimentaire ?


Oui ! tout le temps on me demande qu’est ce que je peux manger car je ne mange ni viande ni poisson…Les gens ne comprennent pas qu’il y a énormément de variétés de fruits et de légumes que l’on peut manger…Plus que les viandes même…Vous savez, il y a des gens qui vont manger du poulet presque tous les jours de leur vie, et qui sauront s’en contenter. Mais il y a tellement d’autres choses à manger que la viande. Beaucoup pensent que l’on ne peut pas vivre sans en manger, car certaines personnes qui deviennent végétariennes ne diversifient pas assez leur nourriture et ont des carences par manque de vitamines. En fait, il suffit simplement d’avoir un régime équilibré, savoir ce que l’on aime et aller chercher les vitamines là ou elles se trouvent. Par exemple on trouve beaucoup de vitamine C dans les oranges, les pamplemousses ou les kiwis. Il y a beaucoup de bonnes choses dans les fruits et légumes. Aujourd’hui, il y a tellement de gens malades, qui ont du diabète ou des cancers, et lorsque l’on sait que parfois ces maladies sont directement liées à leur alimentation…Certains aiment trop la viande, moi j’essaye juste de montrer qu’il peut y avoir une alternative à tout ca. Les gens regardent trop la télévision et sont conditionnés par ce qu’on leur répète à longueur de temps. Ils avancent dans une voie unique alors qu’il y a d’autres voies que l’on peut prendre. Moi j’aime la vie et les personnes, si j’attrape une mouche, je ne la tue pas mais le la relâche plus loin. Bien souvent les gens qui mangent de la viande ne veulent pas tuer les animaux qu’ils mangent. Quelqu’un d’autre s’en charge, et eux vont l’acheter conditionné au magasin. Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond dans leur tête car logiquement ils devraient être capables de pouvoir par exemple tuer un agneau pour le manger, mais ils ne le font pas. Moi lorsque je vois un fruit sur l’arbre, je peux le cueillir…Eux ne prennent pas réellement conscience que ce sont des animaux dans leur assiette, il sépare l’animal de la viande quelque part, mais c’est pourtant bel et bien la même chose.


Parlez nous de Justin Hinds avec qui vous avez enregistré cette chanson « oh Jamaica »


Oui, je suis très content de pouvoir parler de lui car c’est un grand chanteur, et nous avons tous étés très attristé par sa mort peu de temps après (en mars 2005). Justin et moi avons enregistrés en studio à Birmingham, je l’avais rencontré pas mal de fois avant qu’il ne vienne poser sa voix sur cette chanson. C’est un vrai plaisir pour moi d’avoir Justin Hinds sur un de mes disques car Il m’a beaucoup inspiré aussi étant jeune, et en plus d’être un artiste international, c’était un serious rastaman. Il faut respecter ces grands de la musique jamaicaine, car ils n’ont pas toujours eu les droits qu’ils méritaient, et n’ont pas pu récolter correctement le fruit de leur travail…Alors on se doit de continuer à jouer et a parler de leur musique pour les saluer et leur donner le respect.


La scène serait elle votre moyen d’expression favorite? Vous avez tout de même sorti 3 albums lives dont un en dvd.


J’aime tout autant enregistrer en studio que de chanter sur une scène. Mais les deux ont une vibes complètement différente. En live on ressent directement l’énergie du public, alors qu’en studio vous écrivez vos propres paroles et puisez votre inspiration avec le createur tout puissant Jah Rastafari ! Il faut le remercier pour ca car il fait partie de ce tout qui est la vie.


Vous souvenez vous de votre premier passage en France ?


Non (rire) car je suis venus en France à de nombreuses reprises et c’était déjà il y a bien longtemps. Si je vous disais oui, je mentirais et je n’aime pas ca (rire). Je préfère dire la vérité, mais la toute première fois, je ne me souviens plus exactement. Je sais que cela devait être aux alentours de 1987/1988 avec Mad Professor. Je pense que cela devait être a Paris…oui c’était à Paris, cela me revient (rire). A l’époque il y avait en France un Dj du nom de Pablo Master qui était big !


Pouvez-vous nous dire quels sont ces musiciens du roots ragga band qui vous accompagnait ce soir ?


Il y a Steve Morrison au trombone, qui jouait régulièrement avec Pato Banton auparavant, au saxophone Alvin Davis, qui lui joue plus habituellement du jazz, à la basse Polo, qui lui aussi jouait avant avec Paton Banton, à la batterie Sticky Steppers, et aux claviers Jah E mon fils (en francais dans le texte). L’ingenieur du son s’appelle Dicky. Bon après les musiciens peuvent changer en fonction de leur disponibilité, c’est comme une équipe de foot, il faut avoir des remplacants pour pouvoir réorganiser nos forces !


Ce soir la salle était pleine, et le public connaissait bien vos lyrics.


Oui c’est vrai, j’ai l’impression que mes messages sont bien passés ! Cela fait tout particulièrement plaisir de voir que ces jeunes ont appréciés mes speeches sur le racisme, car il faut éduquer les gens, et leur dire la vérité afin qu’ils ne soient pas ignorants. Certains personnes sont racistes par bêtise, mais d’autres ne le sont que par ignorance. C’est à ces gens là que je veux faire passer mon message.

 

LIVEANDDIRECT.FR 2009-2012