INTERVIEW NORMAN GRANT (TWINKLE BROTHERS), LE 16 OCTOBRE 2009 A ROUEN

REALISE PAR DOCTORBIRD / PHOTOS DOCTORBIRD

 

Une soirée avec un concert des twinkle brothers s’annonce toujours sous de bons hospices, et celle-ci n’aura pas dérogée à la règle. Lorsque nous arrivons au 109, de grosses basses lourdes s’échappent du chapiteau. On se dit que le son va être au rendez vous, et comme celui-ci se trouve sur des quais loin de toute habitation, le voisinage n’obligeras pas un couvre feu précoce.

A l’intérieur le groupe Dubbin pratique un reggae live, mixé avec des sonorités modernes. Ils termineront néanmoins leur set sur une reprise de « the roots is in town » du très bon Macka b. Viendra ensuite le tour de blackboard jungle sound system, qui avec ses 2 chanteurs dont un Anthony John en verve viendra bien réchauffer l’audience avec un set sans temps mort.

Enfin arrive le tour des twinkle brothers, au complet avec Norman et Ralston Grant, ce qui n’est pas toujours le cas car si l’un vit au Royaume-unis l’autre réside aux U.S.A… Ils seront accompagnés d’un très bon groupe, composé en autre de l’incontournable Blacksteel à la guitare lead et du fidele Dub Judah à la basse. Début du set sans fioritures avec un énorme « it’s only rasta » tiré de l’album « final call » de 1996. Le basse/batterie est puissant, Norman en grande forme, les harmonies vocales s’effectue à 4 voix, et l’on retrouve d’entrée la magie des twinkle brothers !

S’ensuit une suite d’anciens morceaux, plus ou moins tirés de leur période virgin (fin des années 70) avec de nombreux tubes que l’on aurait plutôt cru entendre à la fin ! Le reste du concert sera un mélange de titres chantés au cours de leur longue carrière, riche de plus de 60 albums (sans parler des singles et autres maxis). Rien qu’en 2009, ils ont sortis 2 albums, chose plutôt rare pour un groupe vétéran. Le public est emballé par la prestation des Grant, avec un Norman showman très en verve.

C’est assez impressionnant de voir qu’ils ne préparent pas leur show et jouent les chansons en fonction de l’humeur de ce dernier. Ainsi ils manqueront de jouer « barabas » et « world dominion » avant que celui-ci ne se ravise pour un autre titre qu’ils joueront dans la foulée ! Petits problèmes de cordes cassées et désaccordées pour Ralston, mais grands moments, lorsqu’il chante ses superbes «jahovah» «enter Zion» et «free us». Beaucoup de titres joués pendant ce show, dont «somebody please help me», ska enregistré en 1966, et «babylon is a trap» chanté par Dub Judah histoire de réveiller les mémoires avec ce hit Londonien de 1992. Une très bonne communication s’effectue avec le public, et l’on sent les twinkle brothers vraiment à l’aise et heureux. Le jeu de scène de Norman sur « go to hell » consistant à renvoyer les démons en enfer amusera bien tout le monde, alors que Ralston lui, demandera en rigolant que l’on arrête de lui envoyer de bonnes odeurs bien connues sous son nez, alors qu’il essaye de se concentrer sur son jeu de guitare! Fin du concert sur « free Africa » avant de revenir chanter « one head » et « mermer not » sur le LP « Killimanjaro ».

Ces deux heures de show sembleront finalement très courtes, mais on se souviendra longtemps de cette belle performance. Le public ravi lui, tentera en vain de les faire revenir, puis ira littéralement dévaliser le stand merchandising à la fin du concert, signe de satisfaction évident. Avec un groupe qui a 45 ans de carrière, on peut difficilement se tromper…

Interview avec Norman Grant, leader des twinkle brothers et monstre sacré du reggae roots…On le sent très énergique et si à peu près tout lui réussi, c’est peu dire que cet homme est un bourreau de travail. Peu de chanteurs jamaicains peuvent en effet se vanter de s’autoproduire en ayant leur propre label et leur propre studio solidement établi à l’étranger depuis de nombreuses années…Avec une discographie de plus de 50 albums, j’ai énormément de questions à lui poser et de nombreux points à éclaircir… Rendez vous est pris pour se voir après le concert. L’homme est très affable et disponible pour répondre à mes questions, tellement même que je n aurais pas le temps de toute les poser…Dans le désordre, pas le temps de parler du très bon dernier album en date « repent », de Dub Judah, du 3ème frère Grant (Ashton), de la Trebunia-Tutki family, ni des productions Twinkle comme Sister Aicha ou Della Grant… Retour sur sa longue carrière en commencant par le début…lorsqu’il n’était qu’un « countryman »

Norman, vous et votre frère Ralston venez de Falmouth une ville de la cote nord jamaicaine, et vous avez débutés en chantant dans les concours de chant « pop and mento »…


Oui, nous avons commencé à chanter dans ces festivals lorsque la Jamaique a officialisé son indépendance en 1962. A l’époque J’avais 12 ans et mon frère en avait 14. Cette année la, comme le pays fêtait sa liberté, l’humeur générale était plutôt euphorique, et nous avions droit a une certaine liberté artistique. On nous laissait même chanter nos propres chansons et non pas seulement des reprises! Au « pop and mento », nous avons répétés le jour même du festival, mais nous n’avions même pas de nom! Un rastaman nommé « so mi say », et qui nous avait vu chanter nous a dit qu’il allait nous donner un nom… « Les gars, vous allez vous appeler twinkle brothers » (= frères scintillants) il était aux alentours de 7 heures du soir, et sans doute avait il regardé les étoiles scintiller dans le ciel peu avant…on a gardé ce nom, et ce soir la nous avons gagné le concours dans la catégorie paroissiale (de la paroisse de Trewlany), car il y a 14 paroisses différentes en Jamaique. L’année d’après nous sommes allé en demi finale régionale, puis encore l’année d’après en finale, mais on a perdus. Par contre en 1968, nous avons gagné 2 médailles d’or, une du meilleur groupe, et une autre du meilleur chanteur pour moi-même. En 1969, nous avons encore gagné mais nous étions toujours avec les groupes amateurs. Alors en 1970, nous nous sommes inscrits dans la catégorie professionnel, celle la même que Toots & the maytals on gagné tant de fois. Cette fois ci nous sommes arrivés troisième, ce qui était une bonne place malgré tout, surtout que l’on nous percevait comme des petits gars de la campagne. Ensuite nous avons enregistré pour Bunny Lee, quelque chose comme 14 chansons, et pour d’autres producteurs aux studios federal/dynamic aussi. Nous avions également enregistrés 2 chansons pour Phil Pratt sur son label sunshot, qui ont étés des hits en leur temps et aussi pour Lee Perry et…


Mais ces chansons enregistrés pour Lee Perry n’ont jamais étés édités ?


Une seule d’entre elle, une chanson qui s’appelle « reggae reggae for days » A l’époque tout le monde chantait sur ce nouveau style musical qu’était le reggae. Je sais qu’elle est sortie en disque, car j’ai touché des royalties dessus. Il y a 6 autres chansons enregistrées pour lui et qui ne sont jamais sorties. Je l’ai croisé il y a 4 ans, et lui ai posé la question de savoir ce qu’il avait fait de ses chansons que nous avions enregistrées pour lui dans les années 70. A cela il m’a répondu que c’était Chris Blackwell, le boss d’island record qui détenait ces bandes. Je ne sais pas pourquoi, mais le fait est que c’est lui qui possède ces masters. C’est Lee qui les lui a donnés, mais il n’a pas voulu m’en dire plus. Vers 1971, nous nous sommes tournés vers l’autoproduction. C’était pour nous la meilleure chose à faire, plutôt que de se plaindre du business local. Nous portions nous même notre propre fardeau sur nos épaules.


A cette époque des festivals vous n’étiez encore que de simples chanteurs, pas des musiciens aguerris ?


Oui, nous étions juste chanteurs. Nous avons commencés à 2 voix, puis à 3. Ensuite des amis qui venaient nous écouter chanter se sont joint a nous pour trouver de nouvelles harmonies vocales. Ensuite j’avais acheté des instruments pour que tous apprennent à en jouer, mais personne ne voulait jouer à la batterie. Alors à la fin c’est moi qui l’ai fait. Ce n’est que vers 1974 que nous avons commencé à jouer nous même sur nos propres disques.
(Je lui montre la pochette du LP « old time something » ou l’on voit une vieille photo des twinkle brothers en costume de scène)

Qui est le troisième twinkle brother sur cette photo ?


Il s’agit d’Eric Bernard, qui jouera les claviers par la suite


Oui les fameux twinkle brothers des années 70…


Il y avait aussi Karl Hyatt, qui était mon beau frère, Albert Green dit « bongo Asher » qui était un ami qui habitait pas loin de chez nous, mais aussi Derrick Brown, qui jouait de la basse et que l’on appelait « Debo ». Nous étions tous de Falmouth …La plupart vivent aux U.S.A maintenant. En fait lors de notre tournée de 1982, ils n’ont pas souhaités rentrer en Jamaique et sont restés aux U.S.A ou ils se sont installés (rires)


Vous vous êtes partis à Londres…


Oui mais disons que j’y allais régulièrement depuis 1975. Là bas je pouvais vendre correctement mes disques et atteindre un marché plus gros que celui en place en Jamaique. Les expatriés des caraibes avaient en effet un pouvoir d’achat bien supérieur à celui du jamaicain moyen et les disques s’y vendaient en plus grand nombre. En Jamaique, il fallait que je me déplace moi-même pour vendre les disques et faire leur distribution en faisant le tour de l’ile. J’ai donc trouvé un accord avec le label Grounation qui a sorti notre premier LP « rasta pon top » ainsi que quelques singles, puis avec Carib gems qui a sorti notre deuxième LP « do your own thing » connu aussi sous le nom de « miss labba labba ». Ensuite on a été signés sur virgin qui a sorti « love » « praise Jah » et « countrymen »…Nous avions signes pour 5 ans au total, mais ils ont cassés le contrat au bout de 2 ans en disant que le reggae était fini. Cependant, ils continuent a éditer ces 3 albums aujourd’hui encore, et je touche des royalties dessus alors bon…Je ne vais pas dire du mal de virgin records, car c’est aussi grâce a eux que 30 ans après la sortie de ces disques, ce sont encore ces chansons que le public veut entendre. Si l’on fait un concert, on doit jouer « since i throw the comb away » ou « babylon falling » ou « i don’t want to be lonely anymore »…


Ce soir vous n’avez pas joué « love »…


« Love what a beautiful feeling »… (Il me la chante) oui c’est vrai mais cela fait longtemps que l’on ne la joue plus celle-ci…par contre nous jouons parfois « i love you so » tire du même album. Mais nous avons tellement de chansons, on ne peut satisfaire tout le monde. Vous savez je n’aime pas les listes de chansons, et nous jouons sans liste lors de nos concert, je décide sur le moment ce que l’on va jouer. Ce soir nous avons peut être fait 25 morceaux voire plus, on ne calcule pas chez twinkle brothers.


A propos de cet album « love », j’ai également une question que je me pose depuis des années…ce morceau « solid as a rock » vous a été inspiré de la version de Lee Perry&the dynamites sorti chez studio 1 ?


Non, en fait c’était plutôt la version de Jarrett... (Il s’arrête pour demander à Ralston le nom du chanteur) Winston Jarrett ! Je crois que c’est lui qui a écrit la version originale. C’était une chanson assez populaire dans les années 70. En fait lorsque l’on a commencé à jouer ensemble de nos propres instruments, c’était une chanson que l’on adorait, donc a on a commencé à la jouer. Aujourd’hui encore on touche des royalties pour ce morceau car on l’a réarrangé a notre sauce en changeant quelques paroles « Jah love…is as solid as a rock » A solid song yunno…D’ailleurs lorsque j’avais croisé Winston Jarrett il y a une dizaine d’années de cela, il était très content de notre version…


Votre premier enregistrement sera « somebody please help me » pour Leslie Kong sur le label Beverley…


Oui en 1964…C’était cette fameuse époque ou nous chantions dans la catégorie des amateurs aux festivals, car nous n’étions alors que de simples écoliers qui chantions pendant les vacances. Moi je rêvais depuis l’âge de 9 ans de pouvoir enregistrer un disque, mais nous habitions la campagne, et ne pouvions aller à Kingston que pendant les vacances scolaires. Je me rappelle de cette fois ou nous sommes arrivés trop tard, juste pour la fermeture du studio! « Si vous étiez arrivés plus tôt… » Alors on revenait 6 mois ou un an après…pour retenter notre chance. Tous les producteurs ne faisaient pas des sessions chaque semaine, mais plutôt tout les mois ou tous les ans ! Et ils n’avaient aussi que parfois 3 heures de studios pour enregistrer tout leurs artistes qui pouvaient être 15 ou 20 à enregistrer! Je sais que nous avions répété 3 mois cette chanson avec juste Gladston Anderson au piano, pour être sur d’être dans le bon tempo, et qu’en studio tout s’était effectué en une seule prise sur une seule piste. C’est comme ca qu’a été enregistré « somebody please help me ».
Le premier morceau sous le nom de twinkle brothers sera lui pour Duke Reid …
« Matthew and Mark » avec mon frère Ralston et Eric Bernard, en 1966 cette fois…


Il est absolument introuvable, vous-même ne l’avez jamais réédité ?


Je vais vous dire…Le disque qui m’avait été donné après cet enregistrement, je l’ai donné à Eric, qui lui-même l’a prêté a son frère, qui l’a prêté a je ne sais pas qui et…je n’ai même plus moi-même de copie de ce disque (rire). En fait ce morceau avait été mis sur la face B du disque, la face A étant un instrumental de Tommy McCook qui s’appelait je crois « hot rock » ou quelque chose comme ca…avec le groupe qui jouait pour Duke Reid et son label treasure isle…sound dimension ou soul quelque chose… (il demande à Ralston) …The supersonics ! C’est ca. Pour la session de « Matthew and Mark » il y avait Ernest Ranglin à la guitare, Boris Gardiner à la basse, (Ralston souffle encore) Arkland « Drumbago » Parks à la batterie, le top des musiciens de l’époque…Même Duke Reid était monté nous voir lors de l’enregistrement de cette chanson (son studio d’enregistrement se trouvant a l’étage de son magasin de liqueurs!) et les musiciens nous ont dit après coup que lorsqu’il rentrait dans le studio, c’était parce qu’il aimait vraiment la chanson !


Vous avez également joué dans les hôtels avec un groupe nommé « the cardinals »


Ah « the cardinals ». Je jouais dans les hôtels depuis l’âge de 10 ans, j’allais à l’école le matin et j’étais payé pour chanter l’après midi et les week-ends dans les hôtels. On jouait principalement dans les hôtels d’Ocho rios et de Montego Bay, mais on allait parfois à Port Antonio. Dans les années 60, je jouais avec le groupe de Lans Thelwell (& the celestians), mais aussi avec les cardinals, et encore avec Shubert & the miracles comme chanteur. C’était aussi à cette période ou l on allait essayer d enregistrer à Kingston, mais la scène Kingstonienne était complètement différente de celle des hôtels. Vous savez, dans les hôtels c’était très cosy, vraiment super pour un gamin de 10 ans comme moi. Je rencontrais pleins de touristes du monde entier, et mon jeu préfère était de me prendre une énorme assiette et de la remplir au buffet de l’hôtel. A Kingston, rien de tout ca bien sur et c’est pour cela aussi que l’on préférait faire les festivals de province, plutôt que de devoir trainer à Kingston. A un moment donné, les twinkle brothers donnaient vraiment du fil à retordre à tous les gros groupes qui jouaient dans ces festivals. C’est aussi pour cela qu’en Jamaique, on nous percoit encore comme un groupe de scène, car on ne se contente pas seulement de jouer, mais aussi de divertir le public. Aujourd’hui, si l’on a une grosse réputation scenique, c’est aussi parce que l’on joue plein de styles différents, « one drop » « rockers » « steppers » tout cela avec notre propre style ! Au début des années 70, j’ai également fait un peu de cabaret en tant que chanteur, et je crois que dans l’ensemble, tout ceci m’a bien aidé à développer ma créativité musicale, car il fallait apprendre et savoir chanter toutes les chansons de l’époque, que ce soit des ballades ou du mento, du calypso, du rocksteady ou du reggae ! Au départ, on a fait pas mal de reprise avec le groupe, que ce soit « baby i’ve been missing you » « don’t let it in » ou « the sweeter she is » et ils ont étés des hits ! Mais rapidement nous avons pris conscience que nous allions avoir des problèmes avec les vrais auteurs de ces chansons ! C’est a ce moment la que tous notre acquis musical nous a servi pour créer nos propres chansons avec notre propre groove, et sans copier d’autres artistes, car c’est beaucoup mieux de pouvoir s’imposer musicalement avec sa propre identité. Chaque artiste doit développer son style pour pouvoir percer. Si vous ne faites que des reprises, le public appréciera si vous êtes bon, mais vous ne récolterez pas forcement des compliments a la hauteur de votre vrai valeur, et on verra en vous que celui qui chante que les chansons des autres… C’est pour cela que l’on essaye de maintenir notre originalité dans nos morceaux, et il semblerait que jusqu’à présent cela fonctionne !

C’est aussi durant cette période que vous avez appris à jouer de vos instruments ?


Je n’ai jamais réellement appris a jouer de la batterie, juste je joue…Quand je travaillais dans les hôtels, nous avions un set le soir pour le diner, mais il ne fallait pas jouer très fort car les gens mangeais et il ne fallait pas que la musique les gêne. Et lorsque le batteur arrivait en retard, je m’asseyais sur sa chaise et je jouais avec non pas les baguettes mais les balais, comme les musiciens de jazz. C’était une bonne facon d’apprendre. Je crois que chaque bon chanteur que je connais est un batteur en puissance, car pour être un bon chanteur, il faut avoir un bon timing. Il y a plein de chanteurs qui n’ont pas un bon timing (sourire) sérieusement ! Et vous remarquerez que les bons batteurs ont toujours une paire de baguettes sur eux pour taper un peu partout, mais moi je ne fait pas ca…Même lorsque je vais au studio, je m’assoie juste et je joue pour que cela soit enregistré ! Je fais aussi un peu de piano et de la basse, mais je ne sais pas ce que je joue, je n’ai jamais appris et je ne suis pas prêt pour ca (rire) je joue, un point c’est tout!


Vous répétiez à Falmouth avant d’enregistrer « rasta pon top » ?


Oui, avec les gars nous faisions nos répétitions à Falmouth, sur nos instruments, et puis j’ai loué des studios à Kingston pour pouvoir enregistrer cet album. Je leur ai ensuite dit que nous allions enregistrer la semaine suivante, et eux m’ont dit « non ! nous ne sommes pas encore prêt ! » Alors je leur ai assuré que nous l’étions et que nous avions assez répété pour cela. On l’a finalement enregistré, et ce fut comme un combat, car nous avions peur du résultat. Mais aujourd’hui les gens apprécient ce disque, et même les erreurs que nous pensions avoir fait à l’époque sonnent bien aujourd’hui.


Vous ne vous êtes jamais réellement mélangé à la scène musicale Kingstonienne ? (il ne comprend pas vraiment le sens de ma question)


Si, nous avons utilisés ces musiciens de Kingston sur nos premiers disques, Carlton et Aston « family man » Barrett communément appelés upsetters à l’époque, avant qu’ils ne jouent avec les Wailers, mais aussi Sly Dunbar, Lloyd Parks et Bertram« Raunchie »McLean du groupe Skin flesh & bones. Ces derniers ont joués sur pas mal de morceaux comme « solid as a rock » « free Africa » « love » « Jahovah » « watch the hypocrites » et « King Pharoah ». Nous avions fait cette session au studio treasure isle, puis avions joués nous même 4 ou 5 morceaux pour remplir la bande et finir l’album qui est devenu « love ».


Vous avez un jeu de batterie incroyablement puissant…


Lorsque l’on a commencé à répéter avec nos instruments, nous n’avions pas de micros, alors il fallait que je frappe fort…Cela m’est resté et est devenu mon jeu. Je me souviens d’avoir éclaté la batterie de channel 1 une fois (rire), ils étaient devenu fous la-bas! « Oh twinkle brothers m’ont cassé ma batterie ! » Ils avaient du faire venir Sly Dunbar en catastrophe pour la réparer et la réaccorder, car tout le monde enregistrait la bas en ce temps la, et le son de channel 1 dépendait beaucoup de celui de leur batterie. C’est vrai que j’avais joué tellement fort que je la leur avais cassé (rire)…


A l’époque de « countrymen » vous habitiez encore à Falmouth ?


Oui oui nous étions encore a Falmouth ! Je continuais a travailler dans les hôtels également ! Pour beaucoup de nos premiers disques voila comment cela se passait…Je travaillais la nuit dans les hôtels, puis nous faisions la route de Falmouth à Kingston et nous commencions nos enregistrements vers 10 heures du matin, sans que j’ai eu le temps de dormir ! C’est pour cela que ma voix est très rauque sur ces disques ! Et c’est devenu mon style (rire) Nous l’avons enregistré en 1980 aux studios de Harry J celui la…


L’album « underground » en 1982 sera celui du changement…


Nous étions en tournée en Angleterre lorsque je suis allé voir Jah Shaka pour que l’on joue ensemble. Il avait son style bien a lui, et était lui-même assez proche de mad professor qui possédait également son propre son. On a alors enregistré l’album « underground » ensemble aux studios easy street à Londres, puis mixé le tout chez mad professor. Nous avons aussi fait « dub massacre » pendant ces sessions. En tout on a fait 12 albums avec mad professor !


Vous avez ensuite quitté la Jamaique pour vous installer à Londres. Votre son a changé, c’était volontaire de votre part ou alors vous avez juste collé a l’ambiance ?


J’allais à Londres très souvent pour le business depuis 1975, mais ce n’était que d’incessants aller et retours. En 1986, après une tournée américaine, je suis parti vivre là-bas définitivement. J’aime bien essayer de nouveaux studios pour avoir toujours un son différent, mais depuis 1995 nous possédons notre propre studio d’enregistrement alors je ne teste plus, a part ceux de Jah Shaka, Barry Isaacs ou encore Gussie P. Nous avons fait notre dernier album en date « repent » avec lui.


Dernière question, vous souvenez vous de votre première date en France ?


La première fois…je ne me souviens pas de la première fois (rire), ce n’est pas quelque chose qui m’a réellement marqué, mais je vais vous dire on a tellement tourné a travers le monde que parfois on revient dans les mêmes salles et je ne me souviens même plus y être venu auparavant. C’est un travail presque quotidien, et l’on peut difficilement se souvenir de tout. Vous remarquerez que pas mal de groupe se séparent lorsqu’ils tournent beaucoup, car il y a tellement de pression a honorer toute les dates. Moi je remercie Jah de me donner la force de continuer a tourner aujourd’hui, après toutes ces années sur la route. Ce qui est vraiment motivant pour nous, c’est de voir que notre public se renouvelle et continue a venir a nos concerts. A chaque fois de nouvelles personnes viennent voir twinkle brothers, et c’est vraiment un signe. La semaine dernière nous étions à Hawai pour la première fois et le public était très réceptif. Il connaissait vraiment bien notre répertoire. Je n’avais même pas besoin de chanter dans le micro car il y avait 2000 personnes qui chantaient à ma place « faith can move mountain »… Et tout ceci dans un pays ou vous n’êtes jamais allé auparavant. Vous imaginez ? « give thanks » pour toute cette reconnaissance !


DISCOGRAPHIE RECOMANDEE
Old time something (1964-1974 twinkle music)
Rasta pon top (1975 grounation)
Love (1978 virgin)
Praise Jah (1979 virgin)
Countrymen (1980 virgin)
Underground (1982 twinkle music)
Enter Zion (1984 twinkle music)
Live in Warsaw (1989 twinkle music)
Don’t forget Africa (1992 twinkle music)
Repent (2009 gussie P)

 

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