INTERVIEW OMAR PERRY, LE 07 NOVEMBRE 2009 A MASSY

REALISE PAR DOCTORBIRD / PHOTOS DJEDJE

 

Vous, qui avez véritablement grandi dans un studio de musique, votre premier album « man free » n’est sorti en 2007… pourquoi avoir attendu si longtemps ?

Vous savez la vie est une chose vraiment magnifique, mais elle peut être très dure également. C’est vrai qu’a l’époque ou je vivais en Jamaique, nous étions avec mes frères et sœurs baignés en permanence dans la musique, puisque le studio de mon père, le black ark, était également notre maison. Nous avons grandi entouré des plus grands artistes et notre vie était vraiment musicale si je puis dire. Aussi, dans les années 80, nous avons monté un groupe nommé UPSETTER JUNIOR avec mon frère Sean et ma sœur Marsha. Nous nous sommes autoproduits sur le label du même nom et avons également fait nos propres vidéos. Mais nous nous sommes arrêtés au début des années 90 par manque de reconnaissance musicale. En fait, nous n’étions que des teenagers sans réelle expérience du business…Mon frère a ensuite choisi une voie dangereuse, mais je suis fier et heureux de savoir qu’aujourd’hui il a renoué avec une vie positive et qu’il fait de bonnes choses. J’ai ensuite quitté la Jamaique en 1996, et me suis installé à Londres pour un an, avant que l’on me donne la chance de pouvoir partir vivre en Afrique. Je suis donc allé la bas (en Gambie) pendant 3 ans, en vivant dans les villages à la manière des africains.


Vous avez animé une émission de radio la bas…


Oui, j’ai eu la chance d’avoir été invité un soir par des amis à une émission de radio locale, et après m avoir entendu, le boss de la radio ne voulait pas me laisser partir tant que je ne lui assurait pas que je ferais une émission chaque semaine en prime time, car mon style était trop spécial pour passer la nuit. Il m’a donc donné un créneau de 2 heures et demi le samedi à 21h30 ! Je faisais mon émission dans une grande salle que l’on a baptisé « rasta garden ». Celle ci a très bien fonctionné notamment grâce au bouche à oreille, et lorsque je suis reparti en Europe, j’avais beaucoup de public fidèle. Je suis reparti en 2000 pour m’installer en Belgique et jouer avec des sound systems, jusqu’au moment ou je me suis dit qu’il était temps de retourner vers mes bases à savoir enregistrer des disques sous mon nom. En fait après l expérience des upsetters junior, je me suis écarté de la musique, et ce n’est vraiment qu’a mon retour d’Afrique que je me suis dit qu’il fallait reprendre. Le gros coup de pouce est venu d’Horace Andy, que j’ai croisé avec le Homegrown band. Il était vraiment étonné de savoir que je n’avais pas sorti d’album et a vraiment tout fait pour que l’on sorte mon premier LP, y compris me laisser travailler avec son groupe de l’époque « homegrown band ». Nous avons ensuite fait beaucoup de concerts avec Homegrown, et nous sommes arrivés à la conclusion qu’il nous fallait rapidement enregistrer un second album.


C’est comme ca qu’est né « can’t stop us » votre nouvel LP


Oui, dessus la moitié des chansons sont faites avec Homegrown band, mais j’y ai également compilé différents singles, comme ce morceau en combinaison avec Tippa Irie (vétéran de la scène Anglaise) produit par Sly & Robbie, quelques morceaux produits avec les francais de Tune in crew, ainsi qu’un morceau fait avec bost & bim sur le soprano riddim. Celui-ci avait d’ailleurs particulièrement bien marché lorsqu’il était sorti.

Selon vous, quelle est la principale différence entre « man free » et « can’t stop us » ?


Je dirais que « can’t stop us » est un peu comme une suite du premier opus, car pour être vraiment honnête « man free » a été enregistré très rapidement et l’on à pas eu le temps de vraiment faire tout ce que l’on souhaitait dessus…Alors pour celui-ci, j’ai voulu refaire le même type d’album, mais en prenant le temps de bien peaufiner les choses. « man free » n’a pas super bien marché, mais je n’ai pas abandonné, et j’ai voulu refaire un disque à la manière du premier mais en faisant bien les choses. Je me suis beaucoup investi dans ce disque, et il reflète beaucoup plus qui je suis et les différents aspects de ma personnalité. Je suis quelqu’un qui veut se battre pour des droits égaux pour tous, mais aussi pour les enfants ou encore la protection de la planète.


Vous écrivez vos paroles de manière plutôt impulsives ou alors de facon réfléchie ?


Cela dépend vraiment de la vibe…parfois on écrit ce qui nous vient immédiatement à l’esprit et parfois on pose une idée et l’on prend beaucoup de temps pour la peaufiner, en faisant et refaisant. Certains textes, comme celui de « ghostmakers » ont été écrits pendant l’enregistrement du premier LP ou alors carrément il y a plusieurs années… Parfois cela prend un peu de temps, parfois non, c’est comme ca.


En fait votre première chanson fut enregistré au black ark studio avec Junior Byles «the thanks we get» en 1975…


Oui avec ma sœur Marsha, «look what we do fi get…» avec Junior Byles, mais nous étions si petits…Nous avons également fait une version de «ram goat liver», le Hit de Pluto Shervington…en face B d’un single de Jimmy Riley qui reprenait le titre original.
Il y a également une incroyable vidéo filmée au black ark ou l’on voit un enfant qui joue de l’orgue dans le studio pendant que votre père raconte des litanies dont il a seul le secret…
Oui mais si mes souvenirs sont bons, ce plan a été filmé avec mon frère ainé Sean, moi je suis le petit garcon maigre au coté de ma sœur un peu plus loin. Par contre il y a une photo très célèbre de mon père, se roulant un spliff sur les marches du studio, devant une peinture de la pochette de l’album « super ape ». Cette fois ci c’est moi qui suit a ses cotés.


Votre premier single solo sera « rasta meditation » en 2003…


A cette époque, j’étais en Belgique, et je travaillais sur un album solo qui ne verra finalement jamais le jour…Adrian Sherwood est venu jouer avec un groupe, et après le concert nous avons pu discuter et je lui ai dit que je me rappelais bien l’enregistrement de l’album de mon père « time boom X de devil dead » en 1987 avec DUB SYNDICATE… Puis lorsque je suis allé a Londres je l’ai rencontré a nouveau, et après lui avoir fait écouter mes maquettes, il a décidé que l’on pouvait enregistrer quelque chose ensemble. C’est comme ca qu’est né « rasta meditation »…Adrian Sherwood est un grand professionnel en plus d’être aujourd’hui un très bon ami a moi. Merci à lui de m’avoir permis de sortir ce single qui est un de mes classiques…

Oui c’est un peu votre hymne aujourd’hui ?


Peu m’importe de savoir quand est ce que je l’ai enregistré, a chaque fois que je chante ce morceau, il y a quelque chose de magique qui s’opère autour de moi. Je crois que c’est vraiment l’un de mes meilleurs morceaux, avec une énergie très positive.


Vous avez avec votre mère Pauline Morrison participé a la réédition de singles enregistrés par votre père au studio black ark au début des années 2000…


Non je n’ai rien réédité du tout…(je lui montre quelques singles ou son nom apparait) Je vois bien ce que vous voulez dire mais je n’ai pas participé a ces rééditions…En fait ma mère a fait cela car on ne sait pas de quoi peut être fait le futur, et je crois qu’à cette époque elle voulait que mon nom apparaisse sur ces disques pour qu’il reste quelque chose de moi au cas ou…Mais comme je vous l’ai dit auparavant, je ne me suis pas vraiment engagé dans ce travail, car je faisait d’autres choses plus personnelles à cette époque. Lorsque je suis sur scène, je veux que les gens apprécient mon travail a sa juste valeur et pas seulement qu’ils voit en moi le fils de…C’est pour cette raison que cela n’a jamais été ma volonté de rééditer ces singles, même s’ils sont très bien fait. Je ne rejette en rien cet héritage musical.


D’ailleurs sur disque et sur scène, vous reprenez de vieux riddims, notamment « beat down babylon » de JUNIOR BYLES et « chase the devil » de MAX ROMEO qui furent produits par votre père…


Pour moi, le fait de reprendre ces 2 riddims prolonge la connection avec mon père, MAXIE ROMEO et JUNIOR BYLES. Ces trois la sont pour moi comme une trinité… Je suis resté très proche de MAX ROMEO, même après qu’il se soit un peu faché avec mon père, je vais souvent chez lui, et il vient également chez moi. Quant a JUNIOR BYLES, même s’il est aujourd’hui fatigué et traverse une période difficile, il reste a mon sens un des plus grands, c’est véritablement l’un des meilleurs, avec un merveilleux travail musical. C’est aussi un bon ami et il me rendait régulièrement visite en Jamaique. Je crois pouvoir dire que j’ai personnellement une histoire musicale très forte avec tous ces musiciens et chanteurs que j’ai pu voir travailler étant petit. Je me souviens bien d’où vient la musique et comme elle était belle et puissante en ce temps la…


DISCOGRAPHIE
2007 MAN FREE (no direction home / corner shop)
2009 CAN’T STOP US (makasound)

 

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