INTERVIEW ALPHEUS, LE 17 DECEMBRE 2009 A JOUY LE MOUTIER

REALISE PAR POTER / PHOTOS DJEDJE

 

Comment as-tu débuté dans la musique et comment es-tu venu au reggae ?

J’ai débuté dans les années 80 en Angleterre, j’étais DJ dans les sound system, je faisais ça pour m’amuser. Je toastais dans le style des DJ comme Philip Levi ou Papa San. En 1992, je suis parti vivre en Floride aux Etats-Unis. La bas j’ai retrouvé un ami avec lequel je toastais en Angleterre, il avait crée un sound qui s’appelait le Don one musical showcase. Il m’a demandé de faire quelques jingles pour lui comme on en faisait à l’époque. Je lui ai dit que j’étais partant et je me suis rendu en studio pour faire les jingles. Au studio j’ai rencontré Tony Brevett, un membre du trio rocksteady The Melodians connu pour leur titre « By the rivers of Babylon ». Tony a trouvé que je sonnais bien et il m’a emmené à Studio One à New York.

Tu as grandi en Angleterre, quels sont les artistes et les sound system locaux qui t’ont influencé ?

Je dirai le sound Saxon dans les années 80. Pour la plupart des personnes qui ont connu la scène reggae anglaise de cette période, Saxon a été une influence majeure. Il a inspiré beaucoup de jeunes, ce sound était fantastique et unique, le travail qu’il faisait était vraiment positif. J’ai aussi été influencé par des artistes jamaïcains comme Don Carlos, par la scène lovers anglaise avec des chanteurs comme Michael Gordon. J’ai été influencé par beaucoup de personnes.

Peux-tu nous parler de la conception de ton premier album chez Studio One, pourquoi tu as choisi de chanter sur des riddims roots classiques, était-ce ton idée ou celle de Coxsonne ?

Tu sais quand Tony Brevett m’a emmené à Studio One, c’était juste pour enregistrer un titre. Je n’avais même pas prévu de m’y rendre. J’ai commencé par enregistrer un titre, puis j’en ai enregistré d’autres, tout en apprenant beaucoup sur le plan musical au studio. C’était comme une université du chant, de l’écriture, de la musique en général. J’ai continué à fréquenter le studio pendant plus d’un an et demi et au fil de temps mon premier album à vu le jour. Pendant cette période je me rendais au studio presque tous les jours. J’apprenais comment écrire des textes, structurer les chansons, et maitriser les harmonies.

Est-ce que tu as assisté à des sessions d’enregistrements d’artistes jamaïcains chez Studio One ?

Oui, j’étais choriste chez Studio One, ça a été mon premier job là-bas. Je faisais les chœurs et les harmonies vocales pour Sugar Minott. Tu sais c’est important pour un chanteur de bien connaître sa voix, de travailler les tonalités, la texture, et de s’exercer sur différents styles. Ca a été une très bonne expérience pour moi. Sugar Minott est une personne qui agit comme un mentor, il est toujours prêt à aider les jeunes artistes. C’était ma première rencontre avec une légende de la musique jamaïcaine.

Quelle type de personne était Coxsone, comment est-ce qu’il se comportait en Studio ? Quand tu enregistrais ton album est-ce qu’il était en retrait ou est-ce qu’il cherchait à tout superviser ?

Coxsone était au studio continuellement, aucun titre n’était enregistré lorsqu’il n’était pas là. En plus son bureau était situé juste derrière la salle d’enregistrement pour qu’il puisse entendre tout ce qui se faisait. Lorsqu’il n’était pas satisfait il entrait dans la salle et il venait s’asseoir et tout le monde savait que quelque chose n’allait pas. Je me rappelle de lui comme un homme très sympathique, serviable, quelqu’un d’intelligent, de spirituel, mais aussi très sensible. Il comprenait les gens avec lesquels il travaillait, il pensait beaucoup à eux, je pense que c’est la raison pour laquelle les artistes qui ont enregistré pour lui ont tant donné. C’était quelqu’un avec qui on s’entendait très facilement sur le plan musical. J’ai de très bons souvenirs de lui, j’apprécie beaucoup cet homme car il a changé ma vie. Sa musique, ses conseils, ses enseignements ont changé ma vie.

Tu sembles beaucoup apprécier le ska et le rocksteady, est-ce que tu en écoutais beaucoup quand tu étais jeune ?

Tu sais quand tu grandis dans une famille jamaïcaine, il y a deux choses essentielles dans la vie quotidienne, la musique et la cuisine ! Tu ne t’en rends pas vraiment compte, tu écoutes du rocksteady du ska, c’est normal. Je me rappelle surtout du dimanche, c’était la journée où on mangeait en famille et on écoutait de la musique, mes parents écoutaient du ska alors qu’ils cuisinaient. J’ai eu une enfance très heureuse baigné dans la culture « food and music ».

Donc c’est pendant ton enfance que tu es tombé amoureux du rocksteady ?

Oui, mais je ne réalisais pas que c’était du rocksteady, ou du ska, c’était la musique que j’entendais régulièrement, mes parents ne jouaient que ça. Le dimanche on jouait beaucoup de John Holt, de Marcia Griffiths. Je garde de bonnes vibes de cette époque.

Tu connais bien la France car tu y as vécu quand tu as enregistré ton deuxième album « Everything for a reason », Quelles sont les impressions sur la scène reggae en France ?

Je suis revenu en Europe vers 2004/2005, je pense qu’ici le mouvement reggae est très développé, et il continue de se développer même en ces temps de crise économique. Le reggae est bien reconnu ici. J’ai pensé que c’était mieux pour moi de retourner en Europe sur la période 2004/2008. C’était important pour moi d’être là car je savais qu’il y avait de bonnes vibes. J’ai enregistré mon deuxième album pour le label Special Delivery dans lequel tu peux retrouver différents styles rub-a-dub, rocksteady, ska. Ca s’est bien passé et j’ai apprécié de travailler avec Special Delivery, c’est un bon label.

Comment la connexion s’est faite avec Bost et Bim ?

Ils font partie du backing band Homegrown. C’est une personne que je connaissais au sein du sound Heartical qui nous a présenté. Bost et Bim sont des musiciens talentueux, nous avons appris beaucoup mutuellement sur le plan musical, je leur ai enseigné des choses et eux aussi.

Est-ce que tu as participé à la composition des titres au niveau musical ?

Non mais je me suis particulièrement impliqué dans la création, j’ai donné des directions musicales. Mais tu sais ils ont beaucoup de talent, Bim joue de la guitare comme Lynn Taitt (guitariste rocksteady réputé en Jamaïque dans les années 60), donc ça s’est fait très facilement. Bost est aussi un excellent saxophoniste. Ca a été une collaboration très profitable pour nous tous. Je pense que ce sont les meilleurs musiciens reggae en France.

Un problème technique ne nous a pas permis d’enregistrer la fin de l’interview, Alpheus nous annonce qu’il travaille actuellement sur un album rocksteady qui sortira très prochainement.

 

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