INTERVIEW EARL 16, LE 21 NOVEMBRE 2009 A VAUREAL

REALISE PAR POTER / PHOTOS DJEDJE

 

Nous avons le plaisir de rencontrer Earl sixteen, vétéran de la scène roots jamaïcaine des années soixante dix. Au cours de sa carrière il enregistra pour les plus grands producteurs de l’époque tels que Coxsone, Duke Reid, Joe Gibbs ou encore Derrick Harriott. Il cotoya des artistes comme Freddie Mc Greggor, Winston Mc Anuff et beaucoup d’autres. Earl sixteen fait partie des innombrables chanteurs ayant contribué à l’âge d’or du reggae roots jamaïcain mais qui n’ont pas connu un succès à la hauteur de leurs talents. 15 minutes avant de monter sur scène avec le backing band No more Babylon nous avons rencontré le chanteur pour une courte interview. Bref retour sur sa carrière, ses hits et ses projets. Big up à lui pour son accueil.

Tout d’abord au nom de l’équipe Live and direct nous te remercions pour cette interview.

C’est un plaisir pour moi d’être en France et d’offrir mon expérience, ma vibe et ma musique au public et à votre site web.

Est-ce que tu te rappelles du premier titre que tu as enregistré en studio ?

Une des premières chansons que j’ai enregistré s’appelait « Leggo girl », c’est un disque très difficile à se procurer aujourd’hui, au Japon il se vend pour l’équivalent de 100 £. J’ai enregistré ce titre au studio Harry J. J’ai commencé à chanter très jeune à l’âge de 14 ans. A l’endroit où j’ai grandi en Jamaïque il y avait beaucoup de jeunes artistes comme Dennis Brown, Sugar Minott, Roman Stewart, Michael Rose, Freddie Mc Gregor, nous avons commencé à chanter très tôt.

Peux-tu nous parler de tes influences musicales quand tu as commencé à chanter ?

Quand j’ai commencé à chanter j’ai été influencé par Nat King Cole, les Jackson five, The Stylistics. En Jamaïque on captait beaucoup de radios américaines, jusque dans les années 80 il n’y avait pas de scène reggae très développée. Beaucoup de stations jouaient de la pop américaine, des ballades anglaises, ou du blues. J’écoutais beaucoup de rock and roll américain, des chanteurs comme James Brown également. J’essayais vraiment de faire sonner ma voix comme celle des chanteurs de The Stylistics, ou des Delfonics, j’essayais de m’inspirer de l’originalité de ces artistes. J’écoutais toute sorte de musique, des chanteurs comme Dennis Brown ou Ken Boothe également.

Tu as crée un groupe avec Winston Mc Annuf, le nom était Flaming Phonics, peux-tu nous en parler ?

On a crée ce groupe quand on était à l’école ensemble. C’était plutôt un groupe de lycéens, on se produisait dans des bals de fin d’années, des bals du nouvel an, on jouait des reprises car on n’écrivait quasiment pas de chansons à cette époque. Nous n’avons jamais eu pour objectif d’aller très loin avec ce groupe. On a enregistré un titre au studio Treasure Isle, mais je ne pense pas qu’il soit sorti. Tu sais c’était difficile d’accéder aux studios d’enregistrement à cette époque, surtout quand tu es à l’école et que ton groupe est nouveau. C’était très difficile d’enregistrer chez Studio One ou Treasure Isle et d’obtenir un contrat de distribution. En plus à l’époque il y avait beaucoup de grands artistes comme Alton Ellis par exemple. Mais c’était marrant pour nous, on était jeunes, moi et Winston avons commencé à écrire nos propres chansons. Winston à écrit plusieurs chansons pour moi à cette période, telles que Malcom X, Dreadlocks unite, et Charming. Il a aussi écrit des chansons pour lui comme Ugly Days.
Cette période représente des bons souvenirs pour nous, on a commencé à se pencher sur l’écriture, nous avons appris le business des droits d’auteurs et de la distribution.

Je vais te donner le nom de quelques unes de tes chansons, Peux-tu nous raconter comment elles sont nées, ainsi que tes souvenirs et tes impressions sur ces titres ?

Love is a feeling

Love is a feeling est une chanson qui a été écrite par Calman Scott. Calman Scott était membre d’un groupe dont Winston Mc Annuf faisait partie qui s’appelait Head Corner Stone. Ce groupe était constitué de Richie Mc Donald, Winston Mc Anuff et Calman Scott. On a été enregistré ce titre au studio Harry J, Aston Family Man était le producteur. La manière dont on a enregistré le titre ne lui plaisait pas. Mais je lui ai dit que je tenais à le faire et à le sortir. Il m’a dit que je pouvais prendre l’enregistrement et je l’ai amené à Studio One, le reste fait partie de l’histoire, il s’agit d’un de mes plus gros hits.

Malcom X

Ce titre a été écrit par Winston Mc Anuff, on s’est rendu dans plusieurs studios pour essayer de l’enregistrer, mais c’était difficile car on était très jeunes à l’époque et on était encore à l’école. Nous avions un ami qui travaillait au studio Joe Gibbs, on s’est rendu la bas un soir pendant une session d’enregistrement. Notre ami nous a donné la chance d’enregistrer le titre pour voir ce qu’on était capable de faire. Moi et Winston avons enregistré le titre et nous sommes rentrés chez nous. A cette période Joe Gibbs enregistrait Dennis Brown et il lui a fait écouter le titre en lui racontant qu’il avait été fait par des jeunes. Il a aimé le morceau et l’a enregistré à son tour et c’est devenu un hit. On était vraiment vexé mais nous aimions cet artiste. Suite au hit de Dennis Brown, moi et Winston avons enregistré à nouveau le titre pour le producteur Derrick Harriott, Sly et Robbie ont joué dessus, le titre a finalement bien marché.

Mash up the dance

J’ai écrit ce titre à partir d’expériences que j’ai vécu dans les dancehalls à la fin des années 70 et au début des années 80. Les sound system se déroulaient habituellement en dehors des zones d’habitations car ils pouvaient se terminer tard dans la nuit. Pourtant la police se rendait souvent sur place car des personnes se plaignaient tout de même du bruit. Quand j’étais jeune j’allais souvent en sound system et la police était toujours là pour te fouiller à l’entrée, ils étaient à la recherche de drogue, de couteaux ou de n’importe quoi. Les sound system à cette époque avaient un bon état d’esprit « roots and culture », et tout le monde fumait beaucoup. Parfois pendant la soirée des mecs arrivaient avec leurs armes et quand ils appréciaient une chanson ils tiraient en l’air. Une fois qu’on entendait des coups de feu toute la foule se sauvait et se dispersait, ensuite la police débarquait. Les gens venaient au dancehall pour s’amuser, ce morceau était dédié à ces personnes qui cassaient l’ambiance. Dans le titre je m’adresse à eux en leur disant restez tranquille et amusez vous.

En 1987, tu as décidé de t’installer en Angleterre, étais-ce une décision pour booster ta carrière ?

Pas vraiment, tu sais la Grande Bretagne a ses propres artistes reggae comme Aswad, Maxi Priest, Steel Pulse, ou UB 40. Je tournais beaucoup en Angleterre et ma petite amie est tombée enceinte, je me suis donc rapproché d’elle et je me suis installé la bas pendant un moment. J’ai trouvé que Londres était plus calme que la Jamaïque. Ce que j’appréciais beaucoup c’était que je trouvais mes disques dans les magasins de vinyles alors qu’ils étaient introuvables en Jamaïque. Je pouvais trouver des titres de mes groupes favoris comme The Ink spots ou the Temptations. J’aime collectionner les disques, sur ce plan l’Angleterre était incroyable, je devenais fou, j’allais dans tous les magasins pour chercher des disques. Cette période a aussi été intéressante car j’ai rencontré des personnes qui se lançaient dans la Drum and Bass et qui créaient des instrumentales, j’ai travaillé avec ces personnes en posant ma voix sur leurs morceaux. Un des morceaux que j’ai fait avec le groupe Leftfield est devenu un hymne underground il s’appelait « release the pressure ». Ensuite j’ai travaillé avec Mad Professor, Gussie P, ca s’est bien passé pour moi. Je remercie Jah pour son soutien.

En tant que vétéran, quelle est ta vision de la musique reggae dans 15 ou 20 ans ?

Pour moi, le public reggae s’élargit, cette musique évolue et progresse. Aujourd’hui beaucoup d’artistes connus intègrent des influences reggae dans leur musique. Dans le hip hop par exemple, Puff Daddy a fait un titre avec Barrigton Levy, Beyonce a fait des titres avec Sean Paul. On peut entendre du reggae et des morceaux de Marley parlant de liberté et du message rasta partout. Tu peux entendre du Sean Paul ou du Shaggy a Dubaï, en Inde ou en Australie. La musique reggae se répand d’une manière positive, elle est devenue populaire. Je reviens du Brésil, beaucoup de personnes ne me connaissent pas la bas, le reggae n’est pas très développé car la musique salsa est dominante. Mais les sound system et la culture dancehall se popularisent, des artistes comme Lone Ranger et Ranking Joe se sont rendus la bas. Il arrive que mes vieux morceaux soient remixés en version hiphop comme pour le titre de Junior Reid « One Blood », ce titre est devenu un tube international. Je pense que dans les quinze prochaines années la plupart des radios grand public joueront du reggae peut-être commercial mais le reggae sera présent. Il y a aussi les fils Marley, Damian Marley travaille avec Nas et ils viennent de sortir un album, ca s’annonce bien pour le reggae dans le futur.

Quels sont tes futurs projets ?

J’ai un album qui sortira bientôt, le dernier titre que j’ai sorti s’appelle « Rally Round » sur le label de King Shiloh. Il y a quelques projets en cours, dont un album avec No more Babylon, il y a tournée qui doit avoir lieu avec Glen Washington, les choses se profilent bien. Give thanks and praise to Rastafari.

 

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