INTERVIEW MOON INVADERS, LE 21 JANVIER 2010 A PARIS

REALISE PAR DOCTORBIRD

 

Rendez vous avec Matthew, l’un des deux frères chanteurs du groupe américano-belge Moon invaders pour parler de leur collaboration avec Doreen Shaffer sur disque et sur scène. La rencontre a lieu au new morning à Paris, avant leur concert avec Doreen. Très à l’aise et décontracté, nous parlons musique en toute simplicité. Son groupe, les disques, concerts, gouts musicaux, tout y passe…Interview

BONJOUR, PRESENTEZ NOUS UN PEU LES MOON INVADERS.
Ok alors nous sommes neuf à jouer dans ce groupe. Il y a une formation de base batterie / basse / guitare / claviers, et puis après ca il y a les 3 cuivres, saxophone ténor, trompette et trombone. Mon frère et moi sommes les deux chanteurs. On est moitié belge, moitié américains, alors ca aide un peu pour le chant.


COMMENT LE GROUPE S’EST-IL FORME?
Et bien le batteur et moi nous sommes rencontrés il y a super longtemps. Nous nous étions retrouvés à partager la même scène avec deux groupes différents. Lui venait de Charleroi, et moi à l’époque j’habitais dans les Ardennes belges. Il était donc venu faire un festival là-bas, et pour nous c’était un truc énorme, c’était un de nous tout premiers concerts, on devait avoir 16 ou 17 ans. Lui jouait dans un groupe de punk, moi dans groupe qui mélangeait un peu de tout, une espèce de punk/polka surchauffé, et on a discuté, on s’est bien entendu et des liens se sont créés. On est allé jouer quelques fois là-bas à Charleroi, et puis voila. Apres on s’est toujours bien débrouillés, et l’on a jamais du mettre d’annonces ni rien pour recruter des musiciens. Avec mon frère, le claviériste et le saxophoniste, nous habitions quasiment tous dans le même bled, allions à la même école et du coup nous avons presque tous appris la musique en même temps. C’est cool que tous soit la encore aujourd’hui, et continue à former le noyau de base. Apres d’autres sont venus se rajouter au fil du temps…C’était des copains des copains des copains de la bande et voila…


C’EST PRESQUE VOTRE PREMIER GROUPE FINALEMENT
Oui c’est ca, mais ca fait quasiment dix ans que ca tourne, on a commencé en 2000/2001 a peu près.


JE VOUS AI CONNU SUR UNE COMPILATION « SO PRECIOUS SKA » AVEC UN MORCEAU NOMME « BESIDES » VERS 2004…
Oui tout a fait. « Besides » c’était un de nos premiers morceaux. Assez mauvais d’ailleurs (rire). Vraiment mauvais d’ailleurs. Mais dans cette chanson la, il y avait déjà une réelle volonté d’expérimenter avec des mélodies un peu plus soul, même dans la progression d’accords, mais on y arrivait pas encore à l’époque, nous n’étions pas techniquement prêt. On n’avait pas eu encore assez de musique dans les oreilles pour trouver le bon rythme ou la bonne ligne de basse qui accroche. Ce morceau était vraiment un premier jet, fait à la va vite…


DEPUIS VOUS AVEZ PARCOURU BEAUCOUP DE CHEMIN…
Oui après ce titre nous avions fait une démo, puis enregistré rapidement un album, et ensuite deux autres. Aujourd’hui nous venons de faire un nouvel album avec Doreen Shaffer « groovin’ ». Il est composé de chansons à elle, ou communes, et puis il y a aussi des reprises de standards, des classiques. Nous avons fait ensemble les morceaux « groovin’ » et « thank you » notamment. Musique des moon invaders et paroles d’elle et moi je crois, je ne sais plus trop car c’est allé très vite.


COMMENT L’AVEZ-VOUS RENCONTREE ?
C’est par le biais de Grover records que l’on s’est croisés, ils nous ont demandé si l’on était intéressés pour jouer avec elle, et d’office on a dit oui c’est clair ! Et tout de suite ca a vraiment bien fonctionné entre nous, on a vraiment une entente incroyable avec elle, c’est vraiment l’artiste jamaicaine avec qui l’on s’entend le mieux, et avec qui l’on préfère travailler. Doreen c’est vraiment quelqu’un de « easy going » très cool. Elle fait le métier depuis si longtemps qu’elle a l’habitude de gérer tout ca sans stress. Elle me rappelle un peu ma grand-mère (rire) Vraiment géniale !


VOUS L’AVEZ ENREGISTRE OU CET ALBUM ?
On a fait ca dans un studio ou l’on avait l’habitude d’aller avant, dans la région Liégeoise. C’est un studio qui enregistre encore sur bande, et l’on peut tous faire en live ensemble, à l’ancienne. De plus l’ingé son est vraiment sympa aussi, il a vraiment compris le délire dans lequel on était. Mais maintenant, notre batteur a plus ou moins monté un studio chez lui, et a eu le temps d’observer la facon de travailler des gens qui ont produits nos premiers albums, notamment Victor Rice, Vic Ruggiero des slackers, ou encore Jean Paul de Lièges. Du coup il a de bonnes bases, et l’on prévoit a l’avenir de travailler à domicile.


LES SLACKERS SONT UN DES PREMIERS GROUPES A VOUS AVOIR INFLUENCE ?
Oui clairement, ce sont eux et d’autres qui nous ont influencé à nos débuts, lorsque l’on a monté le projet. Moi je crois me souvenir qu’a l’été 1995, j’habitais aux Etats unis et il y a eu une explosion du ska vraiment hyper médiatisée, avec les trois grands à l’époque, Stubborn all-stars, the Slackers et the Hepcats. Il y avait aussi d’autres groupes comme Sublime mais ils prenaient une direction un peu différente. C’était surtout ces trois groupes la avec lesquelles nous avions accroché mon frère et moi. C’est à ce moment que l’on s’est dit qu’il fallait creuser dans cette direction. A mon niveau personnel, j’avais déjà dévié de toute les musiques punk rock adolescentes, même dans les groupes ou j’avais joué avant, il y avait toujours cette démarche de ne pas enclencher la disto. C’est sans doute lié au fait que l’on vivait a la fois en Belgique et a la Nouvelle Orléans, et qu’à chaque fois que j’avais le blues de quitter la ville pour retourner en Europe, j’écoutais de la musique de là-bas, notamment du rythm & blues d’abord, puis jazz, blues, soul, funk enfin de tout quoi ! C’est vraiment comme ca que ca a commencé, en montant dans l’avion et en se disant « merde on repart ». Du coup, la fois d’après on avait enregistrés les classiques locaux, sur des cassettes à l’époque pour pouvoir revenir avec. Tout le délire est vraiment parti de ca. Mais c’est sur que par exemple un groupe comme Hepcats figure parmi nos influences majeures. Ils devraient d’ailleurs bientôt venir en Europe pour la première fois depuis plus de 10 ans pour faire quelques dates. Ils se sont reformés sans leur bassiste Dave Fuentes qui est décédé depuis, mais nous sommes très impatients de les voir venir jouer puisqu’à l’époque nous ne les avions pas vus.


D’AUTRES INFLUENCES ?
On prend tellement d’influences de partout, parmi les groupes actuels il y a par exemple Sharon Jones & the dap kings qu’on adore, c’est vraiment un très bon groupe sur disque et sur scène. Mais chacun d’entre nous dans le groupe écoute des trucs vraiment différents, mais pour en revenir aux autres groupes de la scène américaine, ce qui nous différencie d’eux est surement le fait que l’on essaye et dans les paroles et dans la musique d’avoir une approche Nouvelle Orléans, car d’office cela a quelque chose de beaucoup plus authentique pour nous. C’est quelque chose qui vient vraiment de nous, on en avait marre d’essayer de…C’est venu naturellement. On parle tout le temps de cette ville sur scène d’ailleurs, c’est exagéré (rire) On parle aussi de « Katrina » (l’ouragan qui a dévasté la ville en aout 2005). Sur notre dernier album il y a au moins quatre ou cinq chansons qui traitent plus ou moins directement ou indirectement de ca. Mon père habitait là-bas et avait été évacué quelques jours avant que sa maison ne soit détruite. Nous y sommes retournés trois ou quatre fois depuis, la dernière fois en avril, et la ville commence à se remettre en ordre. Il y a un véritable esprit qui existe et en plus…il y a notre équipe de football américain qui a toujours été nulle en 43 années qui cartonne cette année (rire) et au delà du sport c’est quelque chose qui aide la ville a se mobiliser, et les gens sont beaucoup plus motivés qu’il y a deux ans, et il a un nouveau souffle dans la ville qui recommence a se construire. C’est la fête a nouveau et même s’il manque encore beaucoup de gens, les touristes recommencent a venir.


ET PARMIS LES CHANTEURS JAMAICAINS ?

Pfff y’en a plein…Delroy Wilson que j’adore, Jackie Opel, Alton Ellis, Ken Boothe, si seulement je pouvais chanter comme eux (rire). En fait comme mon frère et moi faisons beaucoup d’harmonies vocales, je dirais que nous avons tendance à ressembler aux deux gars qui chantaient dans les blues busters (Philip James & Lloyd Osbourne). On aime beaucoup tout les grands classiques qu’ils ont enregistrés avec les dragonaires (de Byron Lee), cela donne une sorte de Sam & Dave à la sauce jamaicaine. Avec mon frère c’est ce que l’on a fait pendant quelque temps, mais aujourd’hui avec notre trompettiste américain de Chicago, on fait des harmonies à trois voix, plus tirées vers la soul ou plutôt le rythm & blues, voire vers le doo-wop. Aujourd’hui notre trompettiste Rolf, ne fait pas partie de la tournée pour des raisons personnelles, mais joue toujours avec nous.


C’EST D’AILLEURS LUI QUI FAIT LES ARRANGEMENTS DE CUIVRE SUR L’ALBUM
A fond oui ! Il a été d’une grande aide pour le groupe, arranger les cuivres, être un leader pour tirer la locomotive, ca a permis de simplifier beaucoup de choses. En plus maintenant il fait du chant avec nous, c’est super, il sait tout faire. On est trois américains devant à chanter, c’est peinard !


CA LEGITIME LE CHANT EN ANGLAIS
Oui complètement, et c’est vrai que l’on évite le débat « mais pourquoi chantent ils en anglais ? » C’est vrai que parfois chez certains groupes l’accent est massacré, alors on peut se demander quelle utilité y a-t-il à le faire ? Finalement il y a très peu de groupes qui s’en sortent bien à faire ca, c’est loin d’être évident.


SINON APRES LA TOURNEE AVEC DOREEN QUELS SONT VOS PROJETS ?
En fait on a plusieurs projets en cours. Avant de partir en tournée nous étions en pleine phase de mixage, pour un split album avec Moon invaders et the caroloregians qui est un projet ou plusieurs membres du groupe jouent également. C’est un groupe qui est lui plus orienté vers le funk reggae, avec une prédominance d’orgue hammond. Ce sera un disque ou l’on retrouvera donc les deux groupes à tour de rôle, et l’on en attend beaucoup car après sa sortie vers le mois de mars, cela devrait nous permettre de faire une tournée aux Etats-Unis (qui est d’ailleurs entrain de se monter) avec une quinzaine de dates dans le nord du pays. Des la fin de la tournée avec Doreen donc, nous finissons le mixage de ce nouveau disque. On va aussi faire quelques nouveaux morceaux avec Doreen dans quelques jours, car on fait un petit break avec retour en Belgique, et cela dans le cadre d’un album intitulé « moon invaders & friends » avec tous les gens que l’on a eu l’opportunité de jouer en tant que backing band. A part Alton Ellis qui est décédé bien sur, il devrait y avoir son fils Christopher, qui a une super belle voix d’ailleurs, mais aussi Rico Rodriguez, Winston Francis, Ken Boothe et puis Doreen bien sur.


C’EST QUASIMENT QUE DU STUDIO ONE TOUT CA ?
Oui beaucoup (rire). Donc voila on espère vraiment que tout ca va se faire, on a vraiment envie de faire quelque chose avec eux. Le batteur et moi avons aussi joués comme backing band avec Dave Hillyard & rocksteady seven, et lui aussi va peut être venir enregistrer. On va vraiment essayer de mettre tous les gens avec qui on a travaillé, il y a également Gigi, le tromboniste de Mister T-bone, un groupe italien qui a déjà posé son trombone sur quelques versions des Caroloregians comme ca, à la va vite. Ah oui ! Il y a aussi André Brasseur, qui est un vieux joueur de Hammond belge, dont pas mal de ses titres des années 60 sont très pêchus, et assez cultes parmi la scène mods ou northern soul. Il tourne toujours avec son groupe, mais plutôt dans les cabarets ou des diners. Sa musique possède un coté kitsch, mais quand même ca groove à mort ! On a eu la chance de pouvoir jouer quatre titres avec lui à une fête de la musique en Belgique, et même si au début il n’était pas très convaincu pour jouer avec nous, ensuite il a été vraiment content d’être avec nous sur scène, parce qu’on lui avait ramené ce son sixties. Il était aux anges. Du coup il est venu enregistrer un titre l’autre jour au studio, mais il a dit qu’il voulait aussi que ce disque sorte sous son nom (rire), nous on lui a dit OK ! On a encore un autre projet sous le coude, c’est la sortie d’un album live. On a enregistré deux de nos concerts en décembre à Bruxelles, et on devrait pouvoir sortir un LP avec ce matériel. Donc dès que l’on a un peu de temps libre, on va commencer à choisir les bonnes prises et a mixer tout ca. Tout ceci devrait sortir chez Grover records. En fait il y a juste le split album destiné au marché américain qui lui, devrait sortir sur le label jump up records. Et comme ce disque ne devrait pas sortir en Europe, on va tres certainement faire sortir un quatre titres en vinyl quand même.


CA FAIT BEAUCOUP DE TRAVAIL TOUT CA…
Oui oui, on aime bien quand ca se passe comme ca, faut bouger, faut que ca avance, tant mieux !

DISCOGRAPHIE
2002 First wave (Mini LP)
2003 The moon invaders (LP)
2005 Breakin’free (LP)
2007 Moovin’ n groovin’ (LP)
2009 Groovin’ with the moon invaders (LP avec Doreen Shaffer)

 

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