INTERVIEW DUANE STEPHENSON, LE 12 FEVRIER 2010 A PARIS

REALISE PAR POTER/ PHOTOS DJEDJE

 

Duane Stephenson fait partie de la nouvelle génération de chanteurs new roots jamaïquains représentée par des artistes comme Richie Spice, Lutan Fyah, Jah Cure ou encore Tarrus Riley. Juste après avoir quitté To-Isis le groupe de ses débuts, il est rapidement propulsé sur le devant de la scène avec son premier album « From August town » sorti chez VP records en 2007. Les titres « August town » et « Cottage in Negril » contribueront au succès de l’album dans lequel on retrouve une majorité de productions roots, avec des textes conscients portés par une voix qui ne laisse pas indifférent. Avec son premier essai le chanteur est bien partie pour s’inscrire dans la lignée de chanteurs comme Luciano. Duane Stephenson prépare aujourd’hui son deuxième album intitulé « Black Gold » qui comme le premier sera produit par Dean Fraser. En tournée européenne aux côtés de Tarrus Riley et de I-Octane, Live & direct a rencontré Duane Stephenson pour une interview, l’occasion de revenir sur le début de carrière.

Remerciements à Mediacom et Norman Reid pour la connexion.

Quand as-tu commence à chanter et comment tu es venu au reggae ?

Je suis dans la musique depuis de nombreuses années, mais j’ai commencé à prendre la chose au sérieux vers mes 16 ans. A l’âge de 18 ans j’ai intégré le groupe To- isis dans lequel je suis resté pendant près de 10 ans. J’ai finalement quitté le groupe, car j’avais besoin de changer d’horizon musical et je tenais à me consacrer à mes propres projets artistiques. Grâce à l’aide de Dean Fraser, j’ai sorti l’album « From August town », voila comment je peux résumer mon début de carrière. Pour répondre à ta deuxième question, je pense qu’on doit suivre son cœur quand on fait de la musique. C’est le seul moyen pour que le public puisse se connecter à ta musique et vraiment ressentir ce que tu veux transmettre. Le reggae fait partie des mes racines, il est dans mon cœur. J’aime bien écouter les chanteurs dancehall, mais je ne me chanterai pas dans ce style, et je ne pense pas être très bon dans ce domaine (rires).

Tu tournes en Europe depuis plusieurs semaines, quelles sont tes impressions sur le public européen ?

Le public européen est très réceptif, particulièrement aux nouveautés. Dans la mesure où la musique est de qualité ils prennent le temps d’écouter et de l’apprécier à sa juste valeur. J’ai trouvé le public très enthousiaste, la vibe et l’énergie étaient bonnes, c’est très encourageant pour moi. Il a juste le froid qui est déprimant !

Tu as sorti ton premier album en 2007, qu’as-tu fais entre la sortie de l’album et aujourd’hui ?

J’ai eu pas mal de travail. En 2007 je venais de quitter To-isis. Après avoir quitté le groupe c’était un nouveau départ pour moi en tant qu’artiste solo, j’ai directement sorti mon premier album et il a été bien accueilli. J’ai du faire de la promotion pour le faire connaître au public. J’avais besoin de ce temps pour pouvoir me faire connaître dans le milieu, le public appréciaient ma musique mais ne me connaissaient pas. Tout le travail de promotion que je n’avais pas fait avant la sortie de l’album, s’est fait après la sortie. En résumé voila ce que j’ai fait pendant cette période, beaucoup de promotion, je suis aussi retourné en studio avec l’aide de Dean Fraser pour réaliser le nouvel album.

Trois ans après sa sortie quel bilan fais-tu de ton premier album, a-t-il eu autant de succès que tu espérais ?

Tu sais on peut toujours faire mieux. La musique n’a pas de frontières, ce n’est pas parce que tu as voyagé dans quelques pays que tu as tout vu et tout fait. Il y a beaucoup d’endroits dans lesquels j’aimerais aller pour jouer. Mais je n’ai pas de regret en ce qui concerne le développement de l’album. Tu sais ça s’est quasiment fait du jour au lendemain, on a réalisé l’album et puis on a fait la promotion et des concerts. Dans l’industrie musicale reggae il faut plusieurs années pour développer ta carrière, normalement tu sors des singles ensuite un album etc… J’ai directement débarqué sur la scène reggae avec un album. Donc j’apprécie beaucoup le soutien que j’ai reçu grâce à mon premier album, je sais que beaucoup de personnes attendent le prochain et ça me fait plaisir.

Comment est-ce que tu as obtenu ton deal chez VP ?

C’est en grande partie le résultat du travail de Dean Fraser. Dean a parlé à VP de son envie de faire quelque chose d’original, de ne pas travailler encore une fois avec un artiste qui a déjà sorti plein d’albums. Au départ VP était un peu sceptique mais ils ont fini pas donner leur accord à Dean pour produire l’album. Voila comment ça s’est fait. C’est du en grande partie au soutien et à la volonté de Dean Fraser qui a insisté auprès de VP pour produire mon premier album.

 

Tu viens de parler de Dean Fraser qui est connu en tant que musicien vétéran et pour le soutien qu’il apporte à de jeunes artistes jamaïquains. Est-ce que ça a été ton propre choix de collaborer avec lui, et comment cela s’est passé avec lui en studio ?

Le premier enregistrement professionnel que j’ai fait dans ma vie, je l’ai fait avec Dean quand j’étais membre du groupe To-isis. A chaque fois que tu vas en studio et que tu penses que tu maîtrise un truc, il t’apprend quelque chose de nouveau, on n’arrête pas d’apprendre avec Dean. Je cherche toujours à m’améliorer, et grâce à son aide et ses conseils j’ai beaucoup appris. Pour revenir à ma connexion avec Dean ça s’est fait naturellement, comme je te l’ai dit j’avais déjà travaillé avec lui à l’époque de To-isis. Quand j’ai décidé de me lancer en solo, il m’a demandé dans quelle direction musicale je comptais aller, je lui ai dit que je voulais faire de la musique roots reggae. Avec son aide on a réalisé l’album. Ce qui est bien quand tu collabores avec Dean c’est qu’il te laisse de la liberté, il te rappelle simplement à l’ordre quand tu t’égares trop de l’objectif.

On ne voit pas souvent ton nom sur des « one riddim » album jamaïquains ou européens est ce que c’est un choix de ta part ?

J’ai fait quelques juggling albums, et j’essaie d’en faire peu. Je pense que ce n’est pas nécessaire de saturer le marché avec trop de titres, car le public se perd au milieu de toutes ces productions. Je souhaite conserver un certain niveau de qualité. Quand tu es trop présent, le risque est de nuire à l’image de ta musique. Par exemple si tu sors 50 titres bidons par mois et que tu sors aussi un très bon titre, le public va passer a côté du bon titre. Donc je préfère me focaliser sur la qualité que sur la quantité.

Tu es connu comme un parolier pour des artistes comme Jah Cure ou Luciano, où trouves tu cette inspiration pour écrire des textes pour d’autres chanteurs ?

J’ai toujours écrit la plupart de mes textes et ceux du groupe To-isis quand j’en faisais partie. J’ai écrit pas mal de textes que je conservais chez moi. En fait c’est Dean qui m’a proposé d’écrire des textes pour d’autres personnes, il pensait que j’avais les capacités pour le faire. A l’époque j’écrivais pas mal de textes qui étaient un peu trop « sombres » pour les chanter avec le groupe, car les textes de To-isis étaient plutôt destinés à divertir les adolescents. Mais personnellement dans les textes que j’écrivais, je voyais les choses autrement. Mes textes étaient sombres et plus matures que ceux chantés avec le groupe. Dean m’a d’abord présenté à Luciano et j’ai fait un morceau pour son album Serious time, et ensuite j’ai continuer d’écrire pour d’autre chanteurs. Et puis j’ai eu l’opportunité de travailler avec Jah Cure pour le titre « True reflections » qui est un projet qui a vu le jour grâce Gladstone Wright qui est un ami. Le titre True reflections a été écrit pour Jah cure. Mais ce n’est pas une chanson dans laquelle il reconnaît sa culpabilité, car beaucoup de personnes l’ont mal interprétées. Cette chanson était au départ une combinaison d’idées, on a voulu mettre en avant un message de sensibilisation à l’attention des jeunes. Jah Cure a soutenu le projet et il a prêté sa voix pour le titre. (Le titre « True reflections » a été enregistré par Jah Cure pendant sa détention dans le cadre d’un programme de réhabilitation des détenus à travers des projets musicaux).

Est-ce que tu peux nous parler un peu de ton prochain album ?

Tu as entendu un titre que j’ai chanté ce soir qui s’appelle Black gold. Le nom de l’album sera Black Gold. J’ai essayé de développer et d’améliorer ma musique et de ne pas refaire un deuxième « From August town ». On aurait pu faire un album très similaire au premier mais je ne veux pas me limiter à ça. L’album sera bien orienté « soul roots » comme le premier mais il sera différent. Il y a du temps qui s’est écoulé depuis la sortie de « From August town », j’ai vécu depuis et j’ai essayé de retranscrire tout ça dans le nouvel album.

 

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