INTERVIEW ALBOROSIE, LE 14 MARS 2010 A PARIS

REALISE PAR POTER / PHOTOS DJEDJE

 

Considéré comme un copycat par les « puristes » ou les talibans ? du reggae, Alborosie a de nombreux détracteurs. Son parcours est pourtant respectable. Tout commence en Italie où il démarre sa carrière en 1992 avec son groupe Reggae national tickets qui lui fera connaitre le succès. Il décide de s’installer en Jamaïque en 2001 pour trouver sa voie et se rapprocher des fondations du reggae d’après ce qu’il nous expliquera lors de notre interview. Il y travaillera pendant plusieurs années en tant qu’ingénieur du son et producteur. C’est en 2006 qu’il réalise sa première big tune avec le single « Herbalist », suivie de « Kingston town » en 2007. Après un premier album compilant ses singles les plus connus, il sort son deuxième opus en 2009 sur le fameux label Greensleeves. Alborosie bénéficie d’une bonne popularité en France puisqu’il a récemment réalisé plusieurs dates à guichets fermés dont celle de l’Elysée Montmartre à Paris. Nous avons rencontré le chanteur après son show au Forum de Vaureal pour une interview express en raison d’un timing limité, mais qui s’est tout de même déroulée dans la bonne humeur.

Remerciements à Talowa production pour la connexion.

1) Quand as-tu commencé à faire de la musique en Italie, et quelles sont les principales étapes de ta carrière là bas ?

J’ai débuté ma carrière vers 1992. Pendant 10 ans environ j’ai fait des concerts et j’ai sorti plusieurs albums. Ensuite j’ai décidé de partir en Jamaïque car je n’étais pas satisfait du niveau de la musique que je faisais. C’était plutôt un reggae grand public. Je sentais que quelque chose manquait, tu vois le véritable roots reggae, les fondations du roots. Je faisais de la musique mais quelque chose me manquait tu comprends ? Je suis parti en Jamaïque pour trouver ma propre voie.

2) Est-ce que la musique était une vocation pour toi, quand tu étais plus jeune est-ce que tu pensais vivre de ta musique un jour ?

Je suis un musicien, j’ai juste commencé à jouer quelques accords sur ma guitare comme n’importe quel jeune. Je ne savais pas que j’allais faire une carrière. Tu sais je suis une personne humble. Ma philosophie est de saisir chaque opportunité qui vient à moi dans la vie.

3) Qu’avais tu en tête avant de partir pour la Jamaïque, avais-tu des objectifs concernant ta carrière ?

Quand j’ai quitté l’Italie pour la Jamaïque, je n’avais pas pour objectif d’y faire carrière. C’était plutôt un voyage personnel. A l’époque j’étais très pauvre, je suis toujours pauvre, mais ça s’arrange aujourd’hui (sourire). Tu sais à cette époque j’avais peu d’argent comme beaucoup de jeunes. La première fois que je suis allé en Jamaïque j’avais 18 ans. Mes parents ne sont pas riches donc ils ne m’ont pas aidé. Je me suis débrouillé, et j’ai fait de mon mieux pour trouver ma voie. A la base, je n’avais pas en tête de devenir un artiste, je me suis dis : saisis les opportunités qui s’offrent à toi.

4) Etant un artiste venant de l’étranger, as-tu fais face à des difficultés pour t’imposer dans le business de la musique reggae après ton arrivée en Jamaïque?

Bien sûr, pas en tant qu’artiste étranger mais en tant que blanc dans un pays black. En plus je me suis directement installé à la campagne où les gens ne sont pas très ouverts d’esprit. Ce n’est pas comme en ville où les gens sont habitués à voir des personnes de différentes origines. C’était difficile de se faire accepter, mais je l’ai fait, j’ai appris le langage, et je me suis adapté à la culture.

Le patois n’était pas trop difficile ?

Tu sais si tu crois en quelque chose, rien n’est difficile.

5) Parle nous des projets avec ton label Forward records ?

J’ai mis de côté Forward records. J’ai monté un nouveau label qui s’appelle Schengen. Tu sais parfois je change de t-shirt, quand tu gardes le même t-shirt trop longtemps, il finit par sentir mauvais (rires). Forward records n’est plus à la page.

Est-ce que tu veux développer des artistes en particulier sur ce label ?

Personne en particulier, je continue de collaborer avec mon équipe. Je prévois de sortir un album dub “Escape from dub”. Il y a aussi l’album des Tamlins. Je cherche un deal pour eux mais le business n’est pas terrible en ce moment, donc je vais me débrouiller. J’essaye de rassembler de l’argent pour l’investir dans ce projet. Bien sûr, j’envisage de faire un nouvel album, et puis on continue de tourner. On est passé par le Venezuela, le Costa Rica, Mexico, les Etats-Unis, on est en Europe en ce moment et on repart pour les Etats-Unis bientôt. Cette année sera dédiée aux concerts.

6) Ton premier album « Escape from Babylon » est sorti l’année dernière, es-tu satisfait des critiques faites par la presse et la communauté reggae ?

Ca ne m’intéresse pas, tant que je suis heureux je ne m’en soucis pas. Même si je ressens une pression négative sur moi, je continue de faire mon travail. Je considère que ce que je fais n’est pas un travail mais une mission. Tu sais parfois dans la vie, pour atteindre une paix intérieure, tu dois aller en guerre. Tu sais, personne ne me comprend mieux que moi, donc qui peut se permettre de me critiquer ?

7) J’ai vu que dans le livret de ton l’album que Frenchie est crédité en tant que consultant, quel a été son rôle dans l’album ?

Moi et Frenchie, on est comme des frères.

Tu lui as demandé des conseils pour les riddims ou d’autres choses ?

Je n’avais pas besoin de lui demander, il est très bavard ! (rires) En fait il était impliqué dans mon contrat avec Greensleeves, il a aidé à concrétiser le contrat.

8) Dernière question, dans le future est ce que tu penses te focaliser davantage sur la production ou sur ta carrière de chanteur ou bien les deux ?

C’est une question très importante pour moi. Si j’ai de la force, je continue les concerts, si je n’ai pas de force je m’assois en studio. Si un jour je perds mon audition, je voudrais devenir un pêcheur (sourire). Je dois survivre comme tout le monde, je suis un être humain. Mon plan aujourd’hui est de continuer à faire de la scène aussi longtemps que possible, et plus tard m’occuper d’un studio. Tu sais tant que j’ai un plat de pâtes à manger tous les jours, ça me suffit !

 

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