INTERVIEW SEBASTIAN STURM, LE 07 MAI 2010 A CHELLE

REALISE PAR POTER

 

En l’espace de deux albums, Sebastian Sturm s’est imposé comme un nouvel acteur de la scène reggae allemande. Un an après la sortie de son premier essai, le magazine reggae allemand Riddim l’a désigné comme meilleur artiste espoir de l’année 2007. Beaucoup se plaignent que le reggae roots a disparu, pourtant des groupes peuvent encore créer la surprise aujourd’hui. Les deux albums de Sebastian Sturm ne marqueront peut-être pas l’histoire du reggae mais ils prouvent qu’une nouvelle génération d’artiste cherche à perpétuer le son original des années soixante-dix. Les titres « No need to be sad » ou « Be righteous » devraient réussir à convaincre les sceptiques et à faire découvrir au public l’univers de l’artiste. Les deux prochains albums de Sebastian Sturm doivent sortir en simultané durant l’été, vous pouvez aussi le retrouver sur scène en France et en Europe actuellement.

A quand remonte ton premier contact avec la musique reggae ?

Ca remonte vers 1998-1999. C’est là où j’ai commencé à beaucoup écouter Bob Marley. Avant j’avais l’habitude d’écouter de la musique punk. Mon grand frère m’a passé des vieux disques de Marley, les premiers titres que j’ai écoutés c’était les titres « simmer down » et « mellow mood ». J’écoutais ces deux chansons tout le temps. A partir de là, j’ai commencé à collectionner des albums de Marley et à faire de la musique avec un enregistreur 16 pistes. J’arrangeais des morceaux de reggae que je jouais à la guitare acoustique. Je ne savais pas vraiment comment jouer du reggae, mais je voulais que mes morceaux sonnent comme les vieux titres de Marley. Et puis j’ai commencé à chanter, durant ma période punk j’avais l’habitude de beaucoup crier (rires). J’ai retrouvé un peu de l’esprit de la musique punk dans les morceaux de ska des Wailers. Voila comment s’est faite la connexion entre le punk et le reggae. Deux ans après j’ai monté mon groupe de reggae avec des amis, on jouait beaucoup de ska, de rocksteady, et avec le temps on a découvert comment jouer du reggae roots. En 2004, Martin Pauen le batteur du Jin Jin band m’a contacté pour me proposer de faire quelque chose avec eux car ils avaient besoin d’un nouveau chanteur. C’est là que ma carrière professionnelle a débuté avec les deux albums et les tournées qui ont suivies.

Est-ce que tu viens d’une famille de musiciens ?

Oui, en quelque sorte. Mon père chantait à l’église, il savait jouer du piano et de la guitare. Mon frère et moi nous nous sommes mis à jouer de la guitare et nous nous sommes entraidés pour progresser.

Excepté la guitare, est-ce que tu joues d’autres instruments ?

Je joue des rythmiques de reggae à la guitare. Mais sur scène avec le Jin Jin Band, je laisse d’autres personnes assurer la guitare, ça me permet de me concentrer sur mon chant. Je suis capable de jouer un peu de chaque instrument ce qui me permet de faire partager au groupe des idées que j’ai pour créer un morceau par exemple. Ensuite je laisse les musiciens améliorer l’idée. Bien sur quand tu sais jouer de la guitare tu sais comment jouer de la basse. Beaucoup de lignes de basse ou les premières versions des lignes de basse des morceaux viennent de moi. Ensuite je les fais retravailler par le bassiste pour les faire sonner le mieux possible.

Est-ce que le Jin Jin band est ton groupe attitré ou bien c’est un backing band qui t’accompagne ?

Maintenant nous formons le groupe « Sebastian sturm & the Jin Jin band ». Le Jin Jin band est le plus vieux groupe de reggae roots de la ville d’Aachen en Allemagne (ville d’origine du chanteur). Ils ont débuté environ 10 ans avant que j’écoute mes premiers titres de Marley. Quand nous nous sommes rencontrés, nous avons enregistré très rapidement le premier album « This change is nice ». Le nom du Jin Jin band n’est pas mentionné sur la pochette du premier album mais ce sont eux qui jouent. A cette période ils ne savaient pas encore s’ils allaient me suivre en tournée ou former un groupe. Mon manager m’a incité à former un groupe, ce n’était pas mon idée à la base. Après la sortie du premier album, on a fait quelques concerts, et puis on en a fait de plus en plus. Le Jin Jin band m’a suivi. Et pour le deuxième album la question ne posait pas c’était mon groupe.

Il me semble que tu n’as pas utilisé d’instruments numériques sur tes deux albums, est-ce que ça a été un choix personnel ?

Pour le mixage on a bien sur utilisé des logiciels, mais il n’y a pas d’instruments numériques. J’aime le son ancien des années soixante dix, je collectionne des disques de cette période. Mon producteur est un fanatique de vieux matériel d’enregistrement. Tout doit sonner vrai, avec des amplis originaux, des vieux effets. Pour lui, si on veut sonner à l’ancienne, on doit utiliser des vieux équipements. Mais au final même si on utilise le même matériel ça sonne différemment des vieux morceaux. On s’en approche, on crée quelque chose de nouveau.

Concernant tes deux albums, est-ce que tu les as sortis sur ton propre label ou as-tu un contrat avec une maison de disque ?

Mon producteur a crée son propre label « Rubin rockers ».

C’est un label qui est connu en Allemagne ?

Non, il a été crée quand on a commencé à jouer ensemble. Martin Pauen le batteur du groupe dirige le label, c’est aussi lui le grand chef du Jin Jin Band (rires).

Est-ce que c’est difficile d’obtenir un contrat avec une maison de disque pour un artiste reggae en Allemagne ? Car c’est presque impossible en France.

J’ai eu beaucoup de chance puisque qu’on m’a proposé de rejoindre un groupe et qu’ensuite j’ai sorti des disques. D’habitude c’est l’inverse, il faut démarcher des producteurs, et des labels. Mais je pense que depuis que Gentleman a percé en Allemagne, c’est possible d’obtenir un contrat.

Donc les choses se passent bien pour les jeunes artistes reggae en Allemagne ?

Oui ça à l’air d’aller, je pense que les succès de Gentleman et de Patrice ont été positifs pour le reggae allemand. Je fais partie de cette nouvelle vague du reggae allemand qui se retrouve dans des artistes comme Gentleman et Patrice, on diffuse les mêmes messages. Ils nous ont facilité la tâche, donc respect à eux.

Ton premier album semble plus sombre que le deuxième au niveau des textes. Dans le titre « Back among the living », tu parles des difficultés qu’un homme a rencontré, dans « No need to be sad » tu expliques que tu as a réussi à gérer ta malchance dans ta vie. Fais tu référence à des expériences personnelles ?

Bien sur mes textes sont liés à ma propre vie. J’essaye de construire mes textes de manière à ce que chaque auditeur puisse s’identifier dedans. Si on se focalise trop sur sa vie personnelle, personne de peut se reconnaître dans les paroles, c’est juste écrire pour parler de soi. J’essaye d’éviter ça. Bien sur, il y a toujours des couplets qui font référence à ma vie. Je dirais que mes textes sont assez ouverts.

Peux-tu nous en dire plus sur le titre « Back among the living » ? Est-ce que tu parles de toi dans cette chanson ?

C’est une chanson qui raconte les moments difficiles qu’un homme a rencontré au cours de sa vie. Il vit en marge de la société, malgré ses nombreux problèmes, il réussit à trouver l’énergie pour s’en sortir à nouveau et il veut le faire savoir.

Donc ce titre n’est pas si sombre, il contient un message positif ?

Bien sur, plusieurs personnes malades m’ont parlé de cette chanson et elles se reconnaissaient dedans. Ca raconte le fait d’être de retour à la vie après une maladie. Quand tu es malade, tu te sens isolé de la société. Retrouver la force pour refaire surface, je pense que c’est la meilleure interprétation qu’on peut avoir de cette chanson.

J’ai remarqué que tes textes ne traitent jamais de politique, ne crains tu pas que le public reggae te catalogue comme un chanteur qui n’est pas engagé ?

Je disais dans les dernières interview que j’ai données que je ne voulais pas aborder de sujets politiques, que j’essayais d’éviter ça. Une fois, une personne m’a dit que mes textes étaient très politiques, peut être que tu ne vois pas les choses de la même manière. Tu peux retrouver dans presque tous mes textes des critiques sociales. Je partage l’avis de cette personne, les critiques sur la société sont quelque part des critiques qui traitent de la politique. Tu pourras retrouver dans mon prochain album qui doit sortir durant l’été de véritables messages qui traitent de politique. Tu ne peux pas fermer les yeux sur ce qui se passe autour de toi. Quand je parle de la vie en général, parfois il ne s’agit pas d’une partie de plaisir, c’est quelque chose de sérieux. Quand je chante des textes d’amour, j’aborde des sujets sérieux. Je me dois d’aborder mes textes de manière sérieuse, mais mon opinion s’est construite au fil des années. Si tu m’avais posé cette question il y a deux ans, je t’aurais dit que les sujets politiques ne m’intéressent pas. Il est temps que chacun prenne ses responsabilités. Je me suis juré une chose, c’est de ne pas raconter des conneries ou des stupidités dans mes textes. Je veux chanter des textes conscients.

Quelles sont tes plans pour les années et les mois à venir ?

Ces derniers mois j’ai travaillé sur mon nouvel album, je ne connais pas encore la date de sortie précise, mais ce sera durant l’été, il est quasiment terminé. En ce moment je recherche quelques invités pour l’album. Il y aura probablement Harrison Stafford le chanteur des Groundation, je voudrais aussi inviter les Dynamics, et Balik le chanteur de Danakil. C’est des amis que je me suis fait depuis quelques années. Kiddus I devrait nous rejoindre demain et retourner avec nous à Cologne. Il va passer un peu de temps avec nous, et j’espère qu’il aura le temps d’enregistrer quelque chose pour l’album. J’ai aussi un projet de faire un album acoustique et de le sortir au même moment.

Pourquoi vouloir les sortir en même temps ?

J’ai fait beaucoup de morceaux acoustiques dans mon studio. Ils sont vraiment charmants, simples. C’est la manière dont j’ai toujours fait de la musique. Je me suis dit que c’était le moment de les sortir, pour montrer à mon public ce que je fais dans mon studio. J’aime ces morceaux, et je pense qu’ils vont être appréciés.

 

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