INTERVIEW SHAKA MILO, LE 07 MAI 2010 A CHELLE

REALISE PAR POTER

 

Originaire de la banlieue est parisienne, le groupe Shaka milo se revendique comme un groupe de reggae aux influences diverses. Tous ses membres se reconnaissent dans le son roots jamaïcain mais ils ne s’imposent pas de barrières musicales pour autant. Le répertoire de la formation, majoritairement reggae, comprend également des titres aux influences hip hop, jungle et même funk. Le groupe n’est plus présent dans les bacs depuis 2004, date de sortie de leur premier maxi 6 titres, mais il est loin d’être resté inactif. Shaka milo a multiplié les concerts et les premières parties entre 2004 et 2010 et un gros travail de composition a également été effectué en vue de la préparation d’un nouvel album. Rencontre avec l’ensemble du groupe, l’occasion de revenir sur leurs projets, le business de la musique et leurs influences.

Comment s’est formé shaka milo ?

(Farid / Batterie) Le groupe s’est formé en 2002. Il est né de la rencontre de Milo, chanteur qui avait déjà un projet, avec des musiciens qui en avaient un aussi. On s’est mis ensemble et on a monté un répertoire.

(Rage / Guitare) Avant la rencontre Shakam existait déjà en tant groupe basé à Melun. Ensuite Milo s’est greffé au projet. Le nom du groupe est devenu Shaka milo.

(Farid / Batterie) A l’époque Milo faisait des longs trajets en voiture pour venir répéter deux fois par semaine chez nous. Il ne demandait rien pour l’essence mais en échange il nous a demandé que le groupe s’appelle Shaka milo Le groupe aurait pu s’appeler Shaka régis aussi (rires).

Quelles sont vos influences ?

(Farid / Batterie) Je pense qu’à la base c’est la musique de Bob Marley pour faire large. Marley, c’est l’arbre qui cache la forêt. Tu commences avec du roots et tu découvres d’autre choses.

Milo est ce que tu pourrais présenter ta carrière musicale ?

(Milo / chant) En 1997 j’ai passé une audition aux Etats-Unis pour un groupe de reggae. J’ai été pris comme lead chanteur du groupe « The motives ». On a fait une mini tournée aux Etats-Unis qui passait par la Californie, et l’Iowa. En 1999 on a joué à la 8th RAW Conference où il y avait Ijahman et Clinton Fearon, c’était un évènement important. C’est en 1997 que ça a commencé à être sérieux pour moi. Quand j’étais plus jeune vers 14-15 ans je chantais plus pour m’amuser avec des amis. On chantait dans la rue, on chantait aussi sur des vynils et on toastait à la U Roy.

Tu ne chantais pas avant cette période ?

(Milo / chant) Bien sûr que si, je chantais tout le temps et partout ! A vélo, en marchant, en courant même en dormant ! Dès l’âge de 8/9 ans je ne pouvais pas m’endormir sans radio avec de la musique R&B. Je bricolais les radios, je les ouvrais pour savoir comment ça marchait, bref c’était un délire, ça fait partie de mon parcours musical.

En Février 2004, vous avez sorti un mini album. On est en 2010, que s’est-il passé depuis pour le groupe ? Pourquoi n’y a t-il pas eu d’album depuis ?

(Gass / Basse) Je ne les connaissais pas en 2004 je suis assez récent dans la formation. Je pense que tout le monde s’est équipé de home studio et que ça s’est mis à beaucoup composer. On peut dire qu’il y a eu une hyper productivité de la composition, on a environ 80 compositions qui n’ont pas été pressées sauf en pré production chez nous avec nos propres moyens. Quand tu rentres dans ce monde là, tu sais quand tu commences, tu entres dans un trou temporel et tu n’en finis pas. Aujourd’hui on en est plus là du tout. De la matière il y en a beaucoup, savoir composer ce n’est plus un souci.

(Farid / Batterie) Maintenant on essaye de se contenir au niveau de la composition, et de plancher sur celles qu’on a, 2010 sera une année de production.

(Milo / chant) Pour sortir ces titres, on peut se poser la question si c’est à nous d’investir pour presser les titres et les sortir ? Je pense qu’il entend que c’est à nous d’investir pour sortir nos disques et pourquoi on ne l’a pas fait.

(Gass / Basse) L’autoproduction c’est un autre sujet. En l’occurrence aujourd’hui on travaille avec un studio à Boulogne qui s’appelle Microbe studio. C’est un studio qui est spécialisé dans le son vintage, c’est un lieu assez unique sur Paris. Il y a 400 m2 de studio, deux plateaux et un laboratoire avec une collection d’instruments vintage pour la prise de son. Et donc au niveau du son ça sonne vraiment anglais et pas comme chez « numérique land », on est vraiment chez les puristes. Là on vient de faire une belle séance là bas. On a repris les morceaux du groupe, mais là c’est plus une vraie production avec du gros matériel.

Ce son vintage, c’est ce qui vous correspond, c’est ce que vous recherchez ?

(Farid / Batterie) Carrément, justement si de 2004 à 2010 on pas sorti grand-chose c’est qu’on est un peu exigeants.

(Gass / Basse) Ca n’a pas été produit pour vendre mais par contre, il y a un gros travail qui a été fait, avoir 80 morceaux disponibles ça représente beaucoup de travail. C’est combien d’albums 80 morceaux ? Faut s’arrêter à temps, maintenant il faut les enregistrer et les sortir. Donc il y a vraiment de la matière. Et au niveau du son, avoir un bon son à l’ancienne, ce n’est pas si facile que ça. Aujourd’hui les studios sont plus équipés de gros plateaux numériques qui donnent un son plus moderne.

Et toi quelles sont tes influences ?

(Gass / Basse) Moi je viens du funk, j’aime le son vintage. J’ai mon propre petit studio vers Fontainebleau, je suis équipé de matériel vintage. Le son qui m’a bercé sur mes disques c’est ce son qu’on veut reproduire et qu’on utilise. Encore aujourd’hui en Angleterre ou aux Etats-Unis le gros son n’est pas trop numérique.

(Tito / Clavier) A la base on a été bercé par Bob Marley et par le reggae et le son jamaïcain. Après on est ouvert à plein de styles différents. Milo kiffe le r&b, il aime bien aller dans d’autres univers.

(Farid / Batterie) Il n’y a pas vraiment de ligne de conduite, on ne se dit pas on va faire du reggae ou du ska. On fait ce qu’on aime.

(Rage / Guitare) On a aussi fait un morceau avec Lyricson mais il n’est pas sorti.

La composition ça se passe comment au niveau du groupe ?

(Gass / Basse) Ca peut venir de répétitions enregistrées, après quelqu’un prend ça chez lui et en fait autre chose. Ou alors ça peut être du boulot individuel.

(Tito / Clavier) Ca peut venir de Milo qui amène un truc, ou ça peut venir d’un rien, de deux accords pour se chauffer.

(Rage / Guitare) A chaque fois qu’on arrive en répétition on a une règle avant de commencer à travailler on fait un jam pour voir s’il y a des idées. Ca peut être orienté roots, hip hop, ou funk.

(Farid / Batterie) Mais le lien avec le reggae roots est indéniable. On est comme des musiciens de reggae qui vont jouer du hip hop ou autre chose. Par exemple pour Gass (bassiste) avec qui on a bien connecté, pour lui, même quand on fait de la funk ce n’est pas de la funk pure. Parce que nous on pense qu’on est dans la funk, mais on est quand même dans le reggae.

Tout à l’heure on parlait d’autoproduction, les maisons de disques en France ne signent plus de reggae, est-ce que vous voyez l’autoproduction comme le futur ?

(Gass / Basse) C’est plus le futur, c’est déjà le présent. Si tu ne t’y mets pas tu n’as aucune chance de sortir un truc, tu l’as dis toi-même personne ne signe de reggae aujourd’hui et encore moins un groupe de funk.

(Tito / Clavier) Je pense que si on a une opportunité de signer quelque chose d’intéressant qui puisse nous faire vivre un petit moment et mettre de l’argent de côté, je pense qu’on accepterait ce contrat. Une fois cette étape passée je pense qu’on essaierait de reprendre le truc en main et de passer nous-mêmes à la production. C’est ce qui se fait en général.

Est-ce que vous avez un label sur lequel vous sortez vos productions ?

(Farid / Batterie) Non on a pas de label, Shaka milo prod c’est pas vraiment un label puisqu’on a sorti qu’un projet mais ça peut le devenir. Mais on n’est pas non plus fermé et on ne cherche pas à rester seulement entre nous.

(Rage / Guitare) Il y a Makasound aussi qui signe du reggae en France, mais c’est un label qui est à part et qui privilégie quand même plus les jamaïcains. Ils signent aussi de la world musique, mais ils signent très peu d’artistes français. Ils sont très sélectifs, ils ont signés Tu shung Peng. On connaît les membres du groupe personnellement.

Le son des Tu shung Peng c’est quelque chose qui vous ressemble ?

(Rage / Guitare) Moi j’aime bien ce qu’ils font, le trompettiste c’est un pote. C’est Manu un des membres de Tu shung Peng qui nous a aidé à faire la scène du Plan (en première partie de Don Carlos). C’est sympa, on le remercie.

(Farid / Batterie) C’est même des gars qui font aimer le reggae à des réticents.

(Rage / Guitare) C’est parce qu’ils mélangent pas mal de sonorités, ils savent bien mixer le reggae roots et ils ont un chanteur jamaïcain.

(Tito / Clavier) Mais on a déjà eu ce genre de critiques là, de la part de personnes qui écoutent du hip hop, qui ne sont pas forcément reggae, qui ont vu le show et qui ont adhérées. Il y a de l’énergie, ce n’est pas du reggae roots à l’ancienne.

(Tito / Clavier) Des fois on nous dit qu’on fait du roots à l’ancienne.

(Gass / Basse) Le son est quand même roots à l’ancienne, sauf pour les claviers où on a quelque chose de plus moderne.

(Rage / Guitare) C’est entre les deux, il y a différentes sonorités. Il y a des morceaux un peu love, c’est vrai que Shaka Miloh c’est plus des morceaux dansants, festifs mais on a des morceaux qui racontent des histoires aussi.

(Farid / Batterie) On a des morceaux jungle, hip hop.

Vous avez un répertoire avec pas mal de titres, quel est votre titre préféré ou celui que vous essayez de mettre en avant ?

(Rage / Guitare) C’est une bonne question, on sait qu’aujourd’hui on est obligé d’avoir une chanson qui va sortir. Il y a « Feeling irie ».

Pourquoi ?

(Tito / Clavier) Parce que même si t’as pas d’argent, même si t’as pas de travail, même si t’as pas de copine, quand tu te lèves de mauvaise humeur le matin, il faut positiver, la vie est dure mais il faut faire un effort. C’est le titre qu’on essaye de mettre en avant et qui fait chanter les gens

Et toi Milo ton titre préféré ?

(Milo / chant) J’aime toutes les chansons.

Vous avez fait pas mal de premières parties, la dernière c’était celle de Don Carlos au Plan, par rapport à ces concerts et ce que vous avez pu faire des connexions, est-ce que des labels vous ont approchés ?

(Tito / Clavier) C’est ce qu’on disait tout à l’heure, on a été approché par une structure qui s’appelle Zaïn musique, mais ce n’est pas du aux récentes premières parties qu’on a faites. Ce label est intéressé pour travailler avec nous sur de l’édition, sur des morceaux, mais aussi pour nous rediriger chez des tourneurs ou d’autres labels. Pour ça il faut présenter un nouveau produit, un nouveau CD avec une dizaine de titres. A partir de là, ils pourront commencer à démarcher de leur côté. Zaïn musique fait de l’édition, du booking et du management. Ils sont sur notre Myspace, dans le top friend.

Quels sont vos projets à court terme et pour 2011 ?

(Tito / Clavier) C’est l’enregistrement d’un nouvel album, et essayer de le présenter à différentes structures.

(Farid / Batterie) L’enregistrement d’un premier album en vérité. Et il va arriver petit à petit. C'est-à-dire qu’on va surement sortir d’abord un single.

(Gass / Basse) On a déjà fait six titres, on est en plein dedans.

C’est des anciens titres ou des nouveaux ?

(Tito / Clavier) C’est des titres actuels qu’on joue en concert.

(Gass / Basse) Ensuite on a prévu de mettre en place des projets vidéo pour faire des clips. On a plusieurs contacts dont des contacts associatifs pour essayer de limiter les coûts vu que c’est de l’autoproduction. L’idée c’est de créer une dynamique, tous les trimestres donner un peu à manger à tout le monde, soit de l’image, soit du son. Maintenant il est temps que les gens entendent le bon son de shakah milo.

(Tito / Clavier) Il faut créer beaucoup d’actualités, c’est ce qu’on nous a conseillé.

(Tito / Clavier) La coupure, c'est-à-dire le laps de temps entre la sortie de 2004 et aujourd’hui est aussi due à des changements de musiciens. Ensuite il a fallu réapprendre les sets aux nouvelles personnes. Sinon on a quand même des titres en pré-production et des maquettes, et maintenant il n’y a plus qu’à enregistrer ça sur un gros studio avec un vrai son.

(Rage / Guitare) On s’est donné un ultimatum jusqu’en Juillet.

(Farid / Batterie) Le défi c’est de remettre un peu de reggae sur la télévision et à la radio en France.

(Rage / Guitare) Moi je pense qu’on peut aussi se concentrer sur un travail en Europe.

(Gass / Basse) Moi je vois plus les choses à l’échelle européenne.

(Tito / Clavier) Sans être commercial, il y a un réseau et un marché du reggae qui peut te faire manger tout l’année. Tu peux faire des télévisions locales, ou des télévisions étrangères.

(Farid / Batterie) On arrive, et si on n’arrive pas ce sera de notre faute.

(Tito / Clavier) « Déterminés » c’est exactement ce qui est écrit sur notre statut Myspace.

Remerciements aux membres de Shaka milo pour l’interview

Myspace : http://www.myspace.com/shakamiloband

 

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