INTERVIEW SLY DUMBAR, ROBBIE SHAKESPEAR, BITTY MCLEAN, LE 16 MAI 2010 A SANNOIS

REALISE PAR DOCTORBIRD

 

Comment interviewer Sly & Robbie, de tels monstres sacrés du reggae sans leur poser des questions déjà mille fois demandées et Bitty Mc Lean en même temps ? Exercice plus que périlleux, que je n’ai que partiellement réussi a mon gout. J’ai voulu essayer un truc à base de disques, histoire d’avoir des réponses précises sur certains sujets. Mais c’était sans compter sur l humour de Robbie Shakespeare, et cela a tout de suite tourné vers une sorte de discussion/rigolade, bref un truc très détendu, à mille lieux d’un mode de promotion qui ne les intéressent guère. Certes, cela ne ressemble pas vraiment à une interview , mais au moins on y apprendra quelques trucs intéressants sur ces icones du reggae. En plus ils m’ ont signés tous mes disques, moi qui n’en demandait pas tant…

THE PARAGONS – ON THE BEACH (1967)
Le rocksteady, c’est ce qui vous a donné envie de devenir musicien professionnel ou bien c’était déjà le cas à l’époque du ska ?
Robbie : Well, nos influences sont diverses et variées, mais déjà étant jeune nous avons été marqués par différentes sortes de musiques que l’on pouvait entendre à l’époque en Jamaique, chacha rumba calypso tout ca…tout ceci était bien avant le rocksteady, et cela a sans aucun doute fait en sorte que l’on ait envie de devenir musiciens.


CURTIS MAYFIELD – ROOTS (1971)
Robbie, je sais que c’est votre artiste préféré, comme c’était également le cas de Bob Marley…Qu’avait il de plus qu’un James Brown ou d’un Marvin Gaye ?
Robbie : Il faut se remettre dans le contexte de l’époque, Il était le premier dans son genre, the impressions, ou the drifters étaient parmi les premiers groupes à utiliser des harmonies vocales dans leur morceaux avec un style moderne, tout en placant des morceaux à eux dans les charts. Ils furent donc une influence majeure pour moi. De plus Curtis Mayfied écrivait lui-même toute ses chansons, et jouait de la guitare, c’était un artiste très complet, un vrai modèle pour un petit jeune comme moi. Tous les autres ne sont arrivés qu’après…


BITTY MCLEAN – ON BOND STREET (2004)

Et celui-ci qu’en pensez vous ?
Robbie : Je pense que Bitty aurait mieux fait de nous appeler que de faire ca avec de vieilles versions de supersonics (rire) mais Bitty ne voulait pas entendre parler de nous à l’époque (Bitty est a coté de moi et souris face a l’humour de mr Shakespeare) Vous voulez savoir ce qu’il a dit de nous, je lui dit ? je lui dit ?
Bitty : non ne lui dit pas (rire)
Robbie : ok Bitty tu l auras cherché… je vais vous le dire…
Bitty : j’ai dit…« salt » (private joke entre eux…) (rire général)…Plus sérieusement, j’ai toujours aimé chanter des reprises, d’ailleurs j’ai commencé ma carrière en chantant « true true true » de Ken Parker, ou encore « here i stand » de Justin hinds & the dominoes. Cela me vient de mon père qui tenait un petit sound system, et avait forcément la collection de disques qui va avec. Cette influence des vieux morceaux vient donc d’assez loin pour moi, mais il y avait aussi plein de disques de Coxsone, musik city et treasure isle bien sur. A la maison, avec mes frères, nous écoutions beaucoup les paragons, les melodians, les heptones pour ne citer que les plus gros.

Vous faites également beaucoup de reprises de tubes soul américains, je pense a « make it with you » ou encore « walk away from love »
Oui quelques unes, et cela vient de la même influence, dans le sens ou ces artistes américains étaient eux même des influences pour les premiers artistes reggae jamaicains. Vous savez lorsqu’il était jeune, mon père écoutait du ska, et du rythm&blues, mais aussi Nat King Cole ou Louis Prima.
Robbie : tous ces trucs sont mortels !
Bitty : Yeah on y avait droit tous les dimanches à la maison, mais aussi Fats Domino…


Votre premier disque est d’ailleurs une reprise de Fats Domino « it keeps raining »
Bitty : Oui c’est vrai, mon tout premier disque…c’est avec ce morceau que j’adore que tout a véritablement débuté. En fait l’album Bond Street c’est un peu l’album de mon retour après un break qui a duré quelques années. C’est vraiment l’album qui a marqué les esprits et qui m’a réintroduit sur la scène musicale.


C’est vous qui êtes a l’origine du projet, ou Chris Pecking vous a soufflé cette idée d’utiliser des versions de Tommy McCook & the supersonics ?
Bitty : C’est moi qui ai voulu ca, et les morceaux viennent tous de la collection de mon père. On a cherché partout pour avoir des versions propres de morceaux comme « queen majesty » (des techniques) ou « Moonlight lover » (de Joya Landis) sur les faces B, ou encore sur des singles de Dennis Alcapone, car il n’existe pas de Matrice de ces bandes, parfois même on a pris de petits bouts que l’on recollé ensemble. Pareil pour « rocksteady » d’Alton Ellis (repris sous le nom de « walk away from love » par Bitty). C’est la ou Chris Pecking est intervenu, car lui a su trouver de belles versions de ces morceaux, par le biais de ses connections familiales (NLDR : il faut savoir que le père de Chris Pecking était un très bon ami de Coxsone Dodd, et un des premiers à posséder une license pour vendre des disques de studio 1 en Angleterre dans les 60’s. Par extension il avait aussi des liens forts avec Duke Reid et son catalogue treasure isle). Mais en termes de production et d’enregistrement du disque, c’est vraiment moi qui ai assuré le boulot.
J’ai récemment croisé Lester Sterling qui a composé « Inez » avec Tommy McCook, et sur lequel vous avez fait un titre nommé « my lover’s call ». Il m’a assuré que c’était lui qui avait écrit ce titre…
Bitty : Vous savez, c’est très difficile de pouvoir identifier qui joue quoi sur les disques de treasure isle, car il y avait tellement de musiciens qui y jouaient en même temps. Par exemple, à la batterie cela pouvait être Lloyd Knibb ou bien un autre…
Robbie : Tinleg ! (Lloyd Adams), Hugh Malcolm ! Il y en a tellement (A ce moment Sly s’en mêle et le ton monte tellement que je ne comprends plus rien à leur discussion en patois. Sly fini par siffler une mélodie et la discussion reprend)
Bitty : On a donné beaucoup de crédit à Tommy McCook car c’était lui le bandleader, voila pourquoi aujourd’hui certains réclament un peu de vérité.


Il y a aussi une superbe version de « daddy’s home » sur votre dernier LP. C’est plutôt la version Heptones ou la version Jackson five qui vous a poussé à reprendre ce morceau ?
Bitty : (rire) Heptones ! heptones ! heptones ! definitivement (rire)


DILLINGER – LIVE AT THE MUSIC MACHINE
Sly, c’est bien vous qui jouiez sur ce disque ?

Sly : Je…je ne sais plus, on a pas mal joué avec Dillinger mais ce disque live…
Robbie : Cela ne me dit rien (il examine la pochette sous toute les coutures) je ne sais pas non plus.

RICO RIDRIGUEZ – MAN FROM WAREIKA (1976)
Robbie : Allright ! Man from Wareika…
C’est son chef d’œuvre…Est que les arrangements avaient étés préparés à l’avance ou vous avez fait ca en studio ?
Robbie : Pfff c’était plutôt « vas y souffle et nous on joue derrière » (rire)
Sly : Lorsqu’il est arrivé en Jamaique, je pense qu’il avait déjà en tête le type d’album qu’il souhaitait enregistrer malgré tout.
Bitty : hé hé il est wicked cet album…


MANU DI BANGO - GONE CLEAR (1980)
Vous avez enregistrés 2 albums avec Manu Di Bango…Il fut le premier à venir en Jamaique pour jouer avec Sly & Robbie ?
Sly : non non non non non heu…
Robbie : Le premier à être venu fut Serge (Gainsbourg)… il est arrivé d’abord, puis tous les autres (rires)
Sly : L’un des premiers chanteurs étrangers à venir en Jamaique a été Robert Palmer, qui est venu enregistrer avec Scratch (Perry) au black ark (ou Sly était occasionnellement batteur)
Robbie : Pfff on en a fait pas mal. Aujourd’hui, l’un de mes rêves serait de jouer pour Smokey Robinson…j’aimerai bien j’aimerai bien.

 

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