DUB INCORPORATION, LE 23 NOVEMBRE 2010 A PARIS

REALISE PAR POTER

 

Formé en 1997, la Dub inc a aujourd’hui quatre albums à son actif ainsi qu’une multitude de dates de concerts qui ont fait sa réputation en France et à l’étranger. Octobre 2010 est marqué par la sortie d’un nouvel album de la formation originaire de Saint Etienne. Et au vu du résultat, le groupe conserve aisément son titre de leader de la scène reggae française. On retrouve sur « Hors contrôle » tout ce qui a fait le succès du groupe, des compositions de qualité, des textes engagés et des riddims énergiques taillés pour la scène. Live & direct a eu le plaisir de rencontrer Komlan, la voix « ragga » de la dub inc, juste avant le show de la Cigale à Paris. Big up à lui pour avoir répondu à nos questions avec sincérité et franc parler.

Remerciements : I welcome pour la connexion

Peux-tu nous raconter les débuts du groupe ?

Le nom est né en 1997 autour d’une formation basse-batterie-guitare à Saint Etienne, puis le groupe Dub inc est né en 1999. On avait une vingtaine d’années et on se connaissait tous plus ou moins comme Saint Etienne n’est pas une grande ville. Notre première maquette est sortie fin 1999, donc ça fait onze ans en Décembre que le groupe existe.

Pourquoi avez-vous appelé le groupe Dub incorporation ?

Avant 1999, la Dub inc était juste une formation basse-batterie-guitare. Ce n’était que du dub instrumental, et quand on s’est réuni autour de la première formation on s’est posé la question si on devait changer de nom ou pas. Et finalement on a décidé de conserver le nom. Quand le groupe est né c’était une époque ou le dub français était très mis en avant. On trouvait des noms de groupes comme Improvisators dub par exemple, c’était un terme qui revenait souvent. Ca nous faisait chier que ce terme ne soit utilisé que par les groupes de dub électro français, car ce n’est pas eux qui ont inventé le dub non plus. Avec tout le respect que je leur dois, j’aime beaucoup Jarring effect, et Asian Dub foundation par exemple, mais ils n’ont pas inventé le dub. Voila pourquoi on a gardé le nom, il ne faut pas toujours choisir la facilité.

Vous jouez souvent à guichets fermés, vous remplissez deux soir de suite la Cigale, comment expliquez vous votre succès sur scène ?

Je pense qu’il y a la longévité déjà, l’air de rien on est là depuis longtemps. On a démarré à une époque où il y avait des groupes comme K2R Riddim, Gnawa Diffusion, ou encore Mister Gang qui tournait et aujourd’hui on n’est plus très nombreux à tourner. Je pense qu’au final il y a une vraie demande. Après je pense qu’on a la chance d’avoir à chaque album un buzz qui repart, alors ça, je ne peux pas l’expliquer. Le dernier album a un accueil qui est impressionnant, on rempli beaucoup de salles mais encore plus qu’il y a deux ans. Tu dis qu’on fait souvent du « sold out » dans les salles mais cette année c’est impressionnant et même à l’étranger. On a rempli la salle à Madrid par exemple, on a fait des trucs incroyables quoi ! Ca je ne pourrai pas te l’expliquer. Quand tu as un groupe tu ne penses jamais aux tendances, peut-être que le dernier est dans la tendance du moment et pas le précédent, ça ne se calcule pas. Donc peut-être qu’il se passe un truc… En tout cas le retour des jeunes est impressionnant, par rapport à l’album précédent on voit la fosse qui s’est rajeunie, ils achètent leurs billets en avance, c’est bien !

Les titres « Dos à dos » et « Tout ce qu’ils veulent » font référence à la politique du gouvernement actuel en France et au débat sur l’identité nationale. C’est un sujet qui vous a particulièrement interpellé en tant que groupe et citoyen français ?

Bien sur ! Notre premier disque s’appelait « Diversité », dans le deuxième « Dans le décor » on parlait beaucoup de questions sociales, du fait qu’on soit enfant d’immigrés, des questions d’intégration, d’assimilation et de toutes ces choses là. C’est des thèmes qui ont été au centre de tous nos albums. Pour le dernier disque, on s’était dit qu’on allait faire quelque chose de plus introspectif, sortir des thèmes dont je viens de te parler, et en fait on n’a pas pu. La dernière année qui vient de passer à été tellement énormissime, c’était trop… C’était non stop ! On a écrit « Tout ce qu’ils veulent » juste après avoir écrit « Laisse le temps » qui était dans la lignée de textes plus positifs et introspectifs.
« Laisse le temps » par exemple a quelque chose de plus personnel, c’est un truc qu’on avait pas encore trop fait. Et puis il y a eu le débat sur l’identité nationale de Besson qui a démarré. Une semaine après avec Bouchkour on s’est rendu sur le forum, et on a écrit le texte de « Tout ce qu’ils veulent ». On s’est dit que c’était n’importe quoi, le texte a été notre réaction directe.

L’autre morceau que tu as cité c’est « Dos à Dos », ça s’est passé au moment des vagues d’expulsions des Roms. Avant l’histoire des Roms il avait aussi ouvert sa gueule dans le discours de Grenoble dans lequel il parlait en gros de différencier les gens selon leur filiation. Il y a eu plusieurs choses comme ça, qui étaient tellement abusives. Quand il fait un truc comme ça il sait que c’est pas possible, il sait très bien qu’on ne fera pas une loi comme ça en France. Même les américains qui n’ont pas l’histoire qu’à la France par rapport à l’immigration, ils ne le feront jamais. Il fait ça juste pour foutre la merde, remuer le couteau dans la plaie et voir ce qui en retombe. Donc le titre « Dos à Dos » vient de ça, de toujours mettre les gens dos à dos, de vouloir les opposer et de rarement les mettre face à face.

Vous avez fait un voyage en Jamaïque avant d’enregistrer hors contrôle, qu’avez-vous fait là bas, est ce que c’était votre premier séjour ?

Ca s’est fait à un moment où on s’est séparé de notre bassiste, et où un guitariste est parti. Nous sur neuf ans d’existence ça ne nous était jamais arrivé. Dans un groupe solide comme le notre ça nous a foutu une grosse tarte. Et puis la Jamaïque c’est un projet qu’on avait depuis un moment. On s’est dit de toute façon on ne va pas enregistrer un album tout de suite, on a un peu de thunes de côté, donc on sa barre en Jamaïque. A la base c’était pas pour aller bosser, c’était pour aller chercher des vibes ensemble. Au final on s’est retrouvé à quatorze dans l’avion. On a fait des groupes de 5-6 sur place et chacun s’est démerdé. L’idée c’était vraiment de partir pour capter des vibes et au final on a rencontré Anthony B, et Luciano. Zigo notre batteur a un petit label de reggae Greenyard, et il a enregistré là-bas un titre avec Anthony B. Moi je suis plutôt resté sur Kingston c’était musique et sound system tous les soirs. On est revenu vraiment gonflé à bloc de ce voyage. Quand on est parti on était limite à se poser la question si le groupe va continuer, ça nous a donné de la force.

Dub incorporation existe depuis 13 ans maintenant, en tant que chanteurs est ce que vous avez déjà pensé à tenter une aventure en solo ?

On a pensé à des trucs en solo, d’aller vers des choses qu’on ne ferait pas avec Dub inc tout simplement. Mais c’est vrai que vu comment on fonctionne, pour l’instant on ne le fera pas. On y pense, on se dit peut être qu’avant le prochain album on pourrait faire une longue pose et se dire qu’on se donne un an pour que chacun fasse ses projets. Pour l’instant on ne sait pas encore comment le mettre en forme. Mais on a quand même fait des petites choses a côté à travers nos featuring et notre sound system pendant un moment. On a vu que c’était difficile de différencier nos projets parallèles et le groupe, qu’il fallait vraiment prendre le temps de faire ces projets, mais Dub inc occupe toute notre vie depuis 10 piges ! Quand on ne tourne pas, on est en autoproduction, notre label c’est du full time job.

Vous avez enregistré un titre avec Tarrus Riley, comment s’est faite la connexion et où avez-vous enregistré le titre ?

En Jamaïque, on a assisté au Rebel salute, on a vu Tarrus sur scène et on a pris une claque. Tous les featuring qu’on avait fait jusqu’à maintenant, c’est des gens qu’on avait croisés et qu’on avait fait venir en France. Et là on s’est dit que ça allait être difficile, donc on est allé le rencontrer à Montpellier quand il tournait en France. On a aussi rencontré Dean Fraser par la même occasion. La rencontre a été facilitée par une de nos connaissances, un jamaïquain qui a travaillé sur notre deuxième album. Tarrus connaissait notre groupe de nom étant donné qu’il tourne souvent en France et en Europe. L’instrumentale était prête quand il est parti de Montpellier. On a essayé de le faire venir pour travailler le morceau mais ça ne collait au niveau de son agenda, mais on a vu que le gars était sérieux donc on l’a fait a distance. On s’est envoyé les bandes plusieurs fois et on a réenregistré l’instru pour obtenir le résultat qu’on voulait vraiment, que ça donne quelque chose de cohérent. Ensuite on s’est croisé à nouveau au Portugal, c’est quelqu’un de super. C’est un jamaïquain, ils ont vraiment l’amour de la musique avant tout, même si on dit que c’est des business man ! Ce qui leur plait c’est les bons morceaux, et il a vraiment apprécié le morceau et c’est ce qui nous touche le plus.

Vous avez enregistré en Allemagne « Hors contrôle », pourquoi ?

Déjà parce que notre nouveau bassiste est allemand, il a un label qui s’appelle Oneness record qui a sorti plusieurs séries avec Lutan Fyah, Alborosie et d’autres chanteurs. Ca nous a intéressé de bosser avec lui, vu qu’il avait pas mal de connexions sur l’Allemagne et qu’on voulait enregistrer en dehors de la France. Munich c’est un endroit où on était surs de passer douze heures en studio et de ne pas être tenté, et on n’a pas été tenté ! Il a fait un temps de merde, c’est la Bavière ! On avait un studio qui tuait, avec des moyens qui nous auraient coûté le double en France. On a pu faire ce qu’on voulait c'est-à-dire se couper du reste et se concentrer sur l’album douze à quatorze heures par jour. On n’avait jamais fait ça.

 

Hors contrôle a-t-il été autoproduit comme les albums précédents via votre structure diversité ?

Exactement, complètement produit de A à Z par nous même, et toujours distribué par Naïve.

Donc vous investissez toujours dans vos disques

Oui, maintenant on a la chance d’avoir un groupe qui tourne beaucoup, c’est une question d’organisation et de structuration. On a carrément monté une société dédiée, vu que maintenant le CD ne se vend plus trop, on met de côté l’excédent réalisé grâce au merchandising et aux tournées. Ca nous permet d’enregistrer des albums, d’aller à l’étranger et de faire différents projets.

Sept ans ont passé depuis le premier album, avec du recul est-ce qu’il y a des choses que vous auriez faites autrement pour gérer la carrière du groupe ?

On a fait plein de conneries, on s’est pris des quenelles de fou mon pote… On s’est fait entubé par notre premier distributeur, on n’a jamais touché de thunes sur notre dvd live qu’on avait sorti, plein de trucs comme ça ! On s’est pris des grosses carottes. Après moi je n’en garde pas de rancœur, et je ne reste pas bloqué la dessus. Je n’en garde pas de rancœur parce que ça se passe bien aussi pour nous. Si t’es dans la merde c’est plus difficile à supporter. Ils ont fait faillite, les quenelles c’était pas uniquement de leur faute, il nous l’on fait à l’envers mais la boite était mal gérée et puis il y a eu la crise du marché disque.
On a eu aussi beaucoup de problèmes avec notre premier manager. Mais en fait c’est aussi le prix de l’autoproduction, le prix de l’indépendance. Nous on vient d’une petite ville, on n’est pas de Paris. A nos débuts on ne connaissait personne pour nous servir d’exemple, pour nous dire fait gaffe à ça ou à lui. On a pris toutes les carottes possibles d’un petit groupe. Dès qu’on a eu du buzz même localement il y a des gens qui se sont dit ok, il y a un truc à faire sur leur dos et ils nous ont niqués. Avec notre premier tourneur, notre premier manager et notre premier distributeur ça s’est mal passé, mais ça nous a servi à trouver un bon manager, un bon distributeur, et un bon tourneur.

Vous n’avez jamais été approché par des maisons de disques ?

Si

Et rien ne s’est concrétisé ?

Mais les gars te prennent pour un paysan ! Tout ce qu’on a eu comme contrat concret de ces gens là… (silence). C’est une évidence que nous on ne se sent bien qu’en autoproduction, on est huit dans l’histoire depuis le début, on serait des casses couilles impossibles. Quand on discute d’un truc par exemple pour la pochette ou un logo ça prend une heure. Une maison de disque veut un seul interlocuteur comme le chanteur. Ce n’est pas notre monde, on s’en bat les couilles...
En plus ils croient vraiment que la thune est notre moteur. Quand tu vois les contrats de ces gens là, et en sachant qu’aujourd’hui le marché du disque est dans la merde, ils nous prennent pour des paysans. Ils se disent c’est un petit groupe de Saint Étienne, ils te montrent un gros chiffre et ils pensent que tu ne connais rien au business. Nous ça fait onze ans qu’on fait du disque, à notre niveau peut-être mais ça fait onze ans qu’on fait du disque. De la première note au studio, en passant par la pochette, le pressage, la SACEM, toutes les étapes quoi. Même la SPPF, je sais ce que c’est, tous les musiciens ne savent pas ce qu’est la société de production phonographique, et tout ça c’est notre force.
Ces gars là ils te disent ok je te donne ça, et t’inquiète je fais le reste. Et quand tu sais à quoi correspond le reste… Mais c’est vrai qu’ils peuvent t’ouvrir d’autres portes, par exemple les grands médias. On n’est pas dans les médias, mais je te jure qu’avec le temps on s’en bat la race !
Et vraiment ce qui se passe aujourd’hui c’est nickel ! Les gens sont là, on rempli les salles. On vend du disque, peu, mais comme tout le monde en 2010, mais on en vend quand même pas mal. On tourne à l’étranger, on a rempli Madrid, on a rempli Bruxelles, on joue à Lisbonne…
Qu’est ce qu’on en a à foutre de Warner éditions ou de Tarata, tu comprends ?!

D’après votre expérience quels conseils vous donneriez à un jeune groupe de reggae français qui cherche à se lancer dans le monde de la musique ?

De s’accrocher et puis je pense que la seule solution en dehors du talent, de la musique et du travail, c’est de hyper vite se structurer et de faire les choses sérieusement. En fait, il n’y a pas le choix. Il ne faut pas se dire il y a un gars qui va me repérer demain, c’est fini ce temps là ! Aujourd’hui tout le monde est sur internet, tout le monde est au même niveau avec son Myspace. Le seul truc c’est d’être sérieux, de se structurer, de tourner quand t’as un album, de jouer un peu partout, de mettre de côté et de ne pas penser à la thune direct, enfin tout ça quoi.

Comment vous voyez le futur du groupe ?

C’est un peu dur de répondre car aujourd’hui on est sur un nouveau départ, à chaque fois que tu sors un disque ça redémarre. Je ne peux pas trop te dire, on a envie de faire un maxi, de sortir un disque version dub, de beaucoup tourner à l’étranger, on a trouvé une distribution aux Etats-Unis, voila. On repart en Grèce dans une semaine, et puis il y a la tournée en France à partir de Février.

Est-ce que les membres de Dub inc vivent de leur musique aujourd’hui ?

Oui depuis 3-4 ans, avec l’intermittence tout simplement. Je te dis depuis 3-4 ans mais je vivais de la musique même avant. On a tous travaillé dans le « road » en poussant des caisses pour les concerts de la star academy par exemple, ça fait un cachet tu vois, on s’est tous démerdé.

Le mot de la fin

Restez vigilants et pensez par vous-même bordel !

 

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