INTERVIEW TAKANA ZION, LE 10 MAI 2011 A PARIS

REALISE PAR POTER

 

Après « Zion Prophet » et « Rappel à l’ordre » deux albums sortis chez Makasound qui lui ont permis de se faire connaître en France, Takana Zion est de retour dans les bacs avec la sortie de « Rasta Government ». Ce troisième opus a la particularité d’avoir été enregistré en Jamaïque, avec des musiciens tels que Sly Dunbar, Robbie Lynn et Sticky Thompson. Le chanteur nous confiera pendant l’interview que travailler avec des vétérans du reggae l’a poussé à donner le meilleur de lui-même en studio. Nous n’avons pas de mal à le croire, car à l’écoute de chacun des titres on réalise aisément qu’il s’agit d’un disque très abouti sur tous les plans. Live and direct a eu le plaisir de s’entretenir avec Takana Zion avant son concert au New Morning à Paris. Nous avions prévu une interview un peu plus détaillée, mais malheureusement… nous n’étions pas les seuls sur le coup!

Remerciements à Max d’I Welcome

Le label Makasound sur lequel tu as sorti deux albums a annoncé il y a quelques mois sa fermeture qu’en penses-tu et que retiens tu de cette expérience ?

J’ai eu une très belle expérience avec Makasound, on a sorti « Zion Prophet » et « Rappel à l’ordre » ensemble, et avec ces albums j’ai fait beaucoup de concerts en France et en Europe. Cela m’a apporté vraiment beaucoup de choses, cela m’a permis de grandir musicalement, tu vois. Franchement j’ai beaucoup de respect pour ces frères là, c’est des bosseurs… Et c’est avec beaucoup de peine que j’ai appris cette nouvelle.

Tu démarres une nouvelle aventure avec le label français Soulbeat. Comment s’est fait la transition, est ce que ce sont eux qui t’ont approchés ?

La connexion avec Soul beats s’est faite grâce à Nueva Onda productions et Samuel Clayton. On a bossé sur l’album ensemble, ils ont produit l’album et on cherchait un distributeur pour la France. L’album a été fait il y près d’un an, on a été patient, on a trouvé les bons gars, parce qu’ils font bien leur boulot, c’est encourageant.

Qu’as-tu fais depuis la sortie de « Rappel à l’ordre » en 2009 ?

Depuis la sortie de « Rappel à l’ordre » j’ai fait beaucoup de choses. A chaque fois qu’on sort un album roots ici, on essaye de faire aussi un album dancehall-hip hop en Afrique avec des textes engagés et conscients pour pouvoir toucher les jeunes. J’ai remarqué que les jeunes sont plus intéressés par ce qui bouge, ils ont le sang chaud ! Ils veulent que tu les fasses danser et sauter ! Pendant qu’ils sautent et qu’ils dansent, nous on profite pour faire passer les messages qu’il faut. Pour qu’ils comptent sur eux-mêmes et qu’ils puissent se rendre utiles pour faire progresser leur pays. Donc j’ai sorti « Black mafia 1 », « Black mafia 2 » entre temps, je pense que le site web Reggaefrance a diffusé des extraits vidéos des morceaux de ces albums. Voila j’ai fait plein d’autres projets avec Manjul qui ne sont pas sortis, et je viens de faire un autre album qui va sortir avec « Rasta Government ». Donc on est super actif you know.

Quel est ton point de vue sur les soulèvements populaires qui ont eu lieu récemment à travers l’Afrique du nord ?

Tu vois, moi je suis plus un chanteur rasta, et je me préoccupe de savoir comment je peux me rendre utile à l’humanité man. Apporter le maximum de bien, car aujourd’hui tout est mélangé dans le monde, c’est ce que le créateur nous a enseigné, Satan représente la confusion, avec lui on ne sait plus où on va et on ne sait plus à qui se fier. Chacun vient taper sur la table en disant « J’ai raison, c’est moi le plus fort, j’ai fait ceci et cela ! Et un autre dit, non c’est faut, regardez ce qu’il a fait, voici les preuves, voici les photos, etc… » Et nous , nous sommes les victimes de toutes ces forces qui se battent entre elles. On est des artistes, on essaye de véhiculer la positivité, mais nous n’avons pas assez de force, nous n’avons pas le pouvoir de décider. C’est pour cela que l’on parle de rasta government. Parce que les rastas ce ne sont pas des gens qui sont faits seulement pour croiser les pieds, s’asseoir fumer de la ganja dans les montagnes, lire la bible ou jouer du djembe. Les rastas vont à l’école aujourd’hui, ce sont des chanteurs, demain ils seront des parlementaires, des maires. Les rastas seront des présidents finalement ! C’est comme ça que ça se passe tu vois, c’est l’avènement de toutes ces choses là que l’on annonce. Comme vous le savez la prophétie continue depuis l’album « Zion prophet ». Voila les révolutions du monde arabe… ça dépend… On dit que quand tu es prêt pour la révolution, il faut suivre le vrai gars. Il est arrivé au peuple plusieurs fois de soit disant faire des révolutions et qu’ils soient les premiers déçus, tu vois… Donc ça dépend franchement du contexte, et moi je ne peux pas me positionner puisque je ne viens pas de Tunisie tu vois.

La situation politique en Guinée a aussi évoluée en Novembre 2010, Alpha Condé un opposant historique est devenu président.

Yeah man exactement, en Guinée ils ont réussi à tenir leur première élection démocratique et cela a bien fonctionné. Alpha Condé a remporté les élections et Cellou Dalein a accepté sa défaite. Contrairement à la Côte d’ivoire et dans beaucoup d’endroits où les gens n’acceptent pas leur défaite et où ça se transforme en guerre civile. Dieu a protégé le pays, je pense que chaque guinéen a essayé de jouer son rôle pour que cela se passe ainsi. Dieu merci, si les leaders qui sont là bas travaillent plus sur la réconciliation et l’unité nationale je pense que ça va aller. Il faut juste enseigner aux gens de compter sur eux-mêmes you see ? Parce que la promesse est un réconfort pour les idiots you see. On a compris qu’il faut que les jeunes bougent et qu’ils soient motivés. Ah ! Il a des belles maisons c’est bon ! Papa est ministre, c’est bon, il est député c’est bon ! Moi aussi je veux être député, ministre où le meilleur chanteur reggae ! yeah man (rires). Je veux être le leader de tous les reggae man ! C’est comme ça la vie, il faut avoir des objectifs. Nous on ne connaît pas grand-chose, tout ce que l’on sait c’est ce que l’on veut. Ce que l’on veut pour nous-mêmes, c’est d’avoir plus de concerts, de dates, que l’on diffuse un maximum de positivité. You know que le monde aille mieux. Que les pays pauvres puissent s’en sortir, qu’ils aient le minimum vital, de quoi manger, s’habiller, un endroit où dormir. Parce que quand tu n’as pas le minimum vital, tu es poussé à tout. Tu peux vendre ta maman, ton papa, tu peux vendre tes frères juste pour manger, n’importe qui pourrait tomber dans une situation pareille. Donc rastafari travaille dans le sens de donner une fierté à chaque être humain, de pouvoir compter sur soi-même surtout pour les plus faibles.

Après avoir enregistré ton premier album au Mali et le deuxième en France, pourquoi décides-tu de partir enregistrer ton dernier album en Jamaïque ?

Yeah man c’est normal ! C’est comme lorsque tu viens en France il faut que tu passe à Paris, Lyon, Marseille. Tu vois c’est normal, quand on chante du reggae, je pense que tout reggae man, a moins que tu ne sois extrémiste, veut avoir une petite expérience sur l’île. Là où Bob Marley, Peter Tosh, Dennis Brown et Joseph Hill sont nés. Rien que partir là bas et voir comment les gens bougent et revenir chez toi, cela te donne beaucoup à méditer. Si tu chantes le reggae, peut-être que cela peut t’apporter un plus à ce que tu fais. C’est comme ça que l’on a toujours conçu la Jamaïque. Quand l’occasion s’est présentée à moi, je l’ai saisie et avec Junior Clayton on est parti en Jamaïque. La première fois on a fait dix jours et pendant cinq jours on a travaillé tranquille. Les musiciens c’étaient des vieux, ils ont déjà faits mille ou cinq cent mille albums, je ne sais pas! Tu commences à peine à chanter et ils savent vers quelle note ils doivent partir, tu vois ils ont tout fait « tight » ! Alors moi je me suis mis une grosse pression, je me suis dit : il ne faut pas venir en Jamaïque pour rien rasta ! Tu ne viens pas dans ces endroits là pour t’asseoir, dire « Je suis venu en Jamaïque » et puis tu retournes chez toi, you see ! Donc j’essayais de penser… Bombaclat ! Quelle tune est bien ou pas ! Je me disais : non ce son là ne va pas ! C’est trop léger, essaye de trouver autre chose ! Donc sur place, je suis arrivé à faire deux ou trois morceaux que j’ai introduit dans l’album et qui ont aussi changés beaucoup de choses dans la couleur de l’album. C’est comme ça, la Jamaïque est un bon endroit, mais quand tu y vas, il faut savoir ce que tu veux et se frotter avec la musique yeah man.

Comment se sont passées les sessions d’enregistrement avec les vétérans du reggae ? Est-ce qu’ils t’ont aidés à composer où tous tes morceaux étaient prêts ?

Ils ont fait des arrangements sur les introductions, les fins mais sinon j’ai apporté les accords. Je venais derrière le piano, je jouais les tunes, j’avais les refrains en têtes et déjà certaines paroles, et c’est comme ça que cela s’est passé.

"ZION PROPHET" Makafresh 2007

"RAPPEL A L'ORDRE" Makafresh 2009

"RASTA GOVERNMENT" Soulbeats 2011

Est-ce que tu trouves que ça sonne vraiment différemment avec des musiciens jamaïcains ? Trouves-tu que le reggae sonne mieux en Jamaïque ?

Ca sonne mieux man, il n’y a pas à douter là-dessus ! Maintenant cela ne veut pas dire que ça ne peut pas sonner mieux ailleurs. Ca peut sonner bien partout, mais ça dépend de comment tu joues. Tu vois, toute mélodie, toute note, où toute phrase que tu dis est juste, mais tout dépend de la manière dont tu la joues ou tu la dis. A partir du moment où tu es droit à l’intérieur de toi, et que tu es convaincu de ce que tu chantes, c’est bon. En Jamaïque j’ai ressenti que lorsque tu viens d’arriver, ils te mettent la pression pour savoir si tu es vraiment honnête dans ton travail. Parce que si tu n’es pas honnête avec toi-même, tu ne vas pas supporter, tu ne vas pas pouvoir travailler, tu seras gêné you see. Donc ils ont essayé de faire la même chose avec moi, mais je suis resté dure (rires). Je leur ai dit vous savez quoi : je vous respecte, je sais que Bob Marley et tous les génies du reggae sont là, mais ce frère à eu confiance en moi et m’a emmené ici (Samuel Clayton), alors laissez moi tranquille ! Je veux bien respirer, bien souffler ! Car sinon après tu ne t’y retrouves plus mon ami ! (rires)

Tu as écrit 8 titres sur 10 au total en anglais, est ce que l’objectif est de toucher un plus grand nombre de personnes ?

Dieu nous a donné la possibilité de chanter dans cette langue là, elle est internationale, elle est parlée partout. En plus avant de faire l’album et d’aller en Jamaïque j’avais le titre de l’album en tête. J’avais une idée bien précise de ce que je voulais faire tu vois, alors la plupart des titres étaient en anglais. Je pense qu’il y avait une partie de mon public qui en avait besoin aussi. J’ai fait pas mal de tunes en français comme « Jeune fille », « La voie de mount zion », « Conakry », ça va venir avec le temps s’il plaît à Dieu…

Sur le titre « My music » tu chantes « I’m so blessed to be a jah messenjah ». Te considères-tu comme un privilégié de pouvoir vivre de ta musique ?

Yeah man, parce que sans la musique, on serait là comme des idiots dans la rue en train d’essayer de faire comme Tupac ou 50 cent à « l’american style » you see… Mais quand on a vu des frères comme Bob Marley qui prennent la musique au sérieux… Car il y a beaucoup de gens qui font de la musique, mais on n’a pas vu des frères qui la prennent au sérieux comme ça, des personnes qui partent avec des armes dans les radios pour que les journalistes passent leur musique ! Aucun artiste ne va faire ça aujourd’hui car il a envie que l’on joue sa musique. Donc ça c’est des gars qui sont nés pour chanter, tu comprends ? Donc depuis que j’ai vu ces frères là, je me suis rangé aussi quoi, parce que je viens d’un pays où il y beaucoup d’influence rap, mais on écoutait plus Marley et Tosh. Et grâce au frère qui est derrière toi j’ai écouté les Capleton, les sizzla you see ! Ca a changé beaucoup de choses man. I and I avons vécu en Guinée comme si on vivait en Jamaïque. Parfois quand ils parlent le patois, je me dis ces gars là ils parlent ma langue comme ça ! On est le même peuple man, on a les mêmes sensibilités man. Peut être qu’on a vécu dans ces endroits, dieu seul sait la où la vie nous amène et de la où l’on vient.

 

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