Crée en 2000 Rootz underground compte aujourd’hui deux albums à son actif « Movement » et « Gravity ». Leur notoriété est bien établie en Jamaïque et continue de grandir en dehors de l’île grâce aux nombreuses tournées qui leur ont fait parcourir les Etats-Unis, l’Europe et l’Amérique latine. Nous avons rencontré en Jamaïque Stephen Newland le chanteur du groupe pour une interview, l’occasion d’aborder l’histoire de la formation et leurs différents projets.

Remerciements à Fred et Misspi de Saint Ann’s bay pour la connexion

Comment as-tu commencé dans la musique et comment avez-vous formé le groupe ?

Je n'ai pas eu de véritable expérience musicale avant l'âge de 19 ans où j'ai vraiment commencé à jouer de la guitare et à chanter, c'est à cet âge que j'ai eu ma première guitare. Je n'étais pas un enfant prodige de la musique. En apprenant à me connaître et grâce à beaucoup de choses qui se sont passées à cette période, j'ai réalisé que je pouvais faire quelque chose qui pouvait être bénéfique à un grand nombre de personnes. Quelque chose basé sur les relations avec les gens qui m’entourent, mes frères et sœurs, mes amis et mes ainés, car je suis avant tout quelqu’un qui suis tourné vers les gens. C’était vraiment une libération pour moi de jouer de la guitare, je n’étais pas vraiment dans le reggae, pour moi c’était une manière de méditer. J’allumais un spliff après l’école où le travail au lieu d’aller dans les clubs, j’économisais de l’argent ! A l’époque je vivais aux Etats-Unis la vie était très chère, j’étais encore étudiant.

Tu as étudié aux Etats-Unis ?

Oui à Washington DC Howard University. A l’époque où j’apprenais la guitare, j’écrivais des poèmes à ma petite amie, ensuite on s’est séparé. Je me suis mis à écrire des textes, puis j’ai rencontré Derrick « Black mongoose » Smith, un jeune de mon âge, il avait 20 ans, j’en avais 22.  Je lui ai joué une cassette de démo que j’avais fait et il a aimé. On est allé en studio, son home studio, et on a enregistré une démo avec des titres comme « 20 centuries conflict », « Reggae soul », « Destiny couldn’t wait ». Derrick est devenu le bassiste de mon premier groupe qui s’appelait « Mabrak », cela signifie tonnerre en ahmarique. Parmi les membres il y avait aussi Hussein qui venait du Soudan, et Dave un mec de Virginie. C’est le band avec qui j’ai joué en live à Washington, c’était vers 1997-98.

En 1999 je suis revenu en Jamaïque et avec Jeffrey Moss-Solomon et Charles Lazarus on a crée Rootz underground en 2000. On avait nos emplois respectifs, notre objectif n’était pas de gagner de l’argent mais simplement l’amour de faire de la musique. Tous les vendredi on se rassemblait dans notre repère pour répéter, c’est devenu un endroit où les gens venaient au lieu d’aller dans les boites de nuit. Des amis à nous venaient, certains amenaient de la nourriture, d’autres de quoi fumer. C’était un endroit où on se rassemblait tout simplement. On a fait ça pendant plusieurs années. Ensuite on a commencé à jouer dans des salles locales. Une des salles s’appelait le « Harry’s Bar » c’était vers 2003. Ce bar a été la genèse de la nouvelle génération de la musique live de l’île avec des groupes comme Rootz underground, Downstairs, Soulcase, un tas de groupe de cette période. Ensuite nous avons joué aussi bien dans des salles uptown qu’à la campagne. On a beaucoup joué à Treasure beach, à Negril, Ochos Rios,  et Portland. On tournait dans l’île, on s’améliorait sur le plan musical et au niveau de nos performances sur scène, on cherchait à toucher les âmes du public avec notre musique.

En 2006 on a eu notre première occasion de voyager et de jouer de manière professionnelle aux Etats-Unis en tant que Rootz Underground. C’était à Miami à l’hôtel Shore club, à l’occasion de l’Art Basel Festival, le Festival d’art moderne de Miami. C’est un évènement pour les gens fortunés, les personnes qui se rendent là-bas se torchent le cul avec du fric ! Il y avait une soirée consacrée au reggae et ils cherchaient un jeune groupe « in » en Jamaïque. On s’est rendu là bas. On avait mis à notre disposition un bungalow avec du champagne, on n’osait même pas boire car on avait peur qu’ils nous envoie la facture après ! La scène était prévue  près de la piscine de l’hôtel. C’était un flop au départ car personne ne bougeait, on s’est dit bloodclat personne ne va venir danser ! Mais après quelques titres le public a commencé à se rapprocher et à se rassembler et c’est devenu dingue, certains se jetaient dans la piscine, d’autres se jetait dans le public depuis la scène, comme à un concert de rock tu vois ! On a fait une pause et on est remonté sur scène et il y avait encore plus de monde.

Le concert suivant était à Philadelphie lors d’un festival. On a beaucoup tourné aux Etats-Unis, on roulait beaucoup, pendant des dizaines d’heures parfois, on logeait dans une chambre d’hôtel ou deux pour sept personnes, on dormait à même le sol ! Et puis on a fait des premières parties pour Tarrus Riley, Anthony B, Mighty Diamonds, Stephen Marley etc… Tout ça nous a vraiment construit et apporté beaucoup d’énergie, et cette énergie est devenue une source d’inspiration pour l’album « Gravity ». Cet album a été écrit lorsque nous étions sur la route. On a tourné en France, au Portugal , en Grèce, en Italie, en Allemagne, en Suisse…et entre temps à nouveau aux Etats-Unis ! On travaillait en non stop et on enregistrait. On a aussi gardé du temps pour notre programme « Roots Releaf ».

Depuis l’Europe on a l’impression qu’il n’y a plus de groupes de reggae roots qui émergent en Jamaïque ?

C’est une idée reçue. L’inspiration est très présente et l’a toujours été. En Jamaïque on trouve un nombre incroyable de musiciens. C’est avant tout un problème économique, tout d’abord la Jamaïque est un endroit où il est très difficile de survivre pour un groupe, surtout pour un groupe de reggae. Deuxièmement, il y a une vraie conspiration menée par un système porté sur l’argent qui nuit aux artistes. Un système dans lequel des personnes sincères et créatives n’obtiennent pas une juste rémunération pour leur travail.  Mais Rastafari est le tout-puissant, et on ne se soucie pas de ça. Car notre objectif n’est pas porté sur l’argent, il consiste à toucher les gens, l’or véritable c’est le peuple. L’objectif véritable c’est de toucher les gens. Chacun d’entre nous représente l’or qui a été volé au continent africain, blanc, noir, chinois, tous les peuples. Notre but est de toucher les esprits et le cœur de chacun avec ces valeurs, c’est le véritable but de la musique reggae. Mais le business cherche naturellement à s’en emparer, à contrôler cette musique, à la diriger et la détourner. Je le dis encore et encore, la musique reggae et rasta a pour but d’élever l’esprit et les âmes des  justes sur la terre, et rien d’autre. Si j’entends du reggae qui ne correspond pas à ça, c’est une imitation.

En Jamaïque, il y a environ soixante dix groupes de reggae, pour quatorze paroisses, et c’est une petite île ! Mais combien d’entre eux auront la chance de tourner, de prendre l’avion et d’obtenir un visa ? Lorsqu’ils se rendent à l’ambassade américaine, ils n’obtiennent pas de visa. On va leur poser des questions telles que : Es-tu déjà allé aux Etats-Unis ? Non . Es-tu déjà allé en Europe ? Non. As-tu de la famille là-bas ou des amis ? Non. Alors va te faire foutre ! Et pourtant certains de ces groupes sont très talentueux. Donc nous nous battons, car nous avons l’opportunité de prendre l’avion et de voyager, d’avoir des visas et de jouer avec de grands artistes dans des salles renommées. Cela signifie que nous avons une grande responsabilité entre nos mains, nous ne pouvons pas nous vendre pour de l’argent. Notre but n’est pas la notoriété et de devenir les plus connus, c’est un piège que babylon tend pour stopper le véritable message du reggae.

Vous  avez enregistré votre premier album « Movement » en 2008, avez-vous eu des difficultés pour le sortir ?

Non, nous n’avons pas du tout eu de problèmes, on nous avait déjà fait des propositions, et on s’est fait des contacts par des amis. Un de mes très bons amis ainsi qu’un associé ont travaillé et ont réussi à obtenir un contrat de distribution pour l’album avant qu’il ne soit terminé. Donc on les dédicace pour ça.

Avant que tu arrives nous avons parlé avec Charles (guitariste) du rôle de Dean Fraser dans le groupe, que vous a t-il apporté ?

Dean nous a donné un nombre incalculables de conseils, a passé un nombre incalculable d’heures en studio, nous a donné une inspiration sans égal grâce à tous les enregistrements qu’il a réalisés pour le reggae. Son savoir-faire est sans égal, il a même joué lors du mémorial pour le décès de ma grand mère… C’est quelqu’un qui compte pour moi.

Je voudrais revenir sur les textes du premier album et sur le titre « Herbs fields ». Ce titre est une promotion de la consommation d’herbe, tu ne penses pas que cela peut avoir un impact négatif sur les gens et les jeunes en particulier ?

Non, les jeunes doivent fumer de l’herbe aussi ! L’herbe représente la guérison du peuple. Tout ce qui est utilisé en abondance peut être dangereux, même l’amour ou d’autres choses. Cependant l’herbe souffre d’une terrible image qui lui est attachée, et cette image est due aux fins commerciales de Babylone. Car l’herbe est bonne pour tout, elle est utilisée pour faire des vêtements, du combustible, soigner les piqûres d’insectes et des maladies comme le cancer où l’asthme. L’herbe peut traiter tous ces problèmes, et tu sais que 90% des composants des médicaments viennent de la nature. L’herbe est déjà présente dans la nature, et elle présente toutes ces vertus. Donc comment se fait-il que lors d’un concert de reggae où l’on voit des noirs, des blancs, des chinois, qui se réunissent, dansent, où l’herbe brûle et que tout le monde se sent irie , comment l’herbe peut-elle être considérée comme une chose mauvaise ? Comme quelque chose qui pousse les gens à se battre et se faire du mal. ? Tout cela est faux ! Ce qui se passe malheureusement c’est que certaines personnes fument de l’herbe car ils cherchent quelque chose. Par exemple quand ils traversent une difficulté, ils fument de l’herbe pour fuir leurs démons. Mais lorsqu’ils fument cela fait surgir ces démons, car ils ont des démons en eux ! Si tu as des anges en toi, l’herbe fera sortir ces anges de toi. L’herbe ne fait que montrer ce qu’il y a à l’intérieur de toi seen ? J’aime l’herbe, j’en fume, je la bois en thé, je l’utilise pour faire des gâteaux… L’herbe est une chose qui nous vient de rasta, c’est le moyen de te protéger de la vanité et des préoccupations matérielles. L’herbe rassemble les gens, elle représente la communauté, la communion et l’unité, voilà ce que représente l’herbe, ce n’est pas une drogue. Mais je ne suis pas spécialement passionné par ce débat.

En 2010 vous sortez votre deuxième album chez Soulbeats, comment vous êtes vous rencontrés ?

Soulbeats était notre agent en France et en Europe, donc ça s’est fait naturellement. Quand on a tourné en 2010, ils nous ont proposé un deal et ils se sont montrés capables de distribuer le disque au niveau international, donc on a travaillé avec eux.

Peux-tu nous en dire plus au sujet de votre projet "roots releaf"

« Roots releaf » est un projet qui comprend trois parties. Tout d’abord une tournée internationale, qui vise à présenter le groupe en ambassadeur des questions environnementales. Deuxièmement, organiser des séries de concerts, et troisièmement mener un programme de reforestation dans le cadre d’un concours inter-écoles en Jamaïque. Nous allons passer à travers les quatorze paroisses de l’île et encourager la plantation d’arbres, tout en sensibilisant au respect de l’environnement. Ce programme est mené en collaboration avec The Reserva Forest Foundation, et The Nature Preservation Foundation. Des prix seront décernés pour ceux qui auront planté le plus grand nombre d’arbres. En plus de ça, nous encourageons nos fans à travers le monde à se connecter sur la page web du projet, et à planter un arbre avec ses coordonnées GPS pour le localiser. Peut-importe où tu te trouves plante un arbre, ça ne te coûte pas grand chose, ça aide le monde à respirer et à développer la forêt du projet.

Quels sont vos projets pour les mois à venir ?

On travaille sur « Music freezes my soul » un album acoustique du groupe, et sur Steve « lightning » Lost tracks un projet solo. Il y a aussi « Return of the righteous » notre prochain album, et nous travaillons aussi sur le projet « Africa Jamaica ». Il y a donc un gros programme de sorties à venir, avec également un programme de tournée qui commence la semaine prochaine qui passera par le Venezuela, Trinidad et Tobago, Vancouver, la Californie, Denver, Washington, Baltimore, New York, Chicago, ensuite par la Suisse et l’Europe puis à nouveau les Etats Unis et l’Europe avec la Pologne, au passage un big up à la Pologne et au festival Ostroda.

 

INTERVIEW REALISE PAR POTER, PHOTOS: GUILLAUME MOREL (REGGAESESSION.FR) REMERCIEMENTS FRED, PATRICIA & CHARLES ......

 

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