INTERVIEW RAS DANIEL RAY & FRED (TU SHUNG PENG SAX), LE 16 MARS 2012 A RIS ORANGIS

REALISE PAR POTER

 

Après quatre ans d’absence les français Tu shung peng reviennent avec un nouvel album. Au niveau du son pas de surprises, le backing band est resté fidèle à lui-même, on retrouve sur ce disque de véritables riddim reggae roots qui ont fait leur renommée depuis la sortie de leur premier album en 2006. Cette fois ci pas de combinaisons avec des vétérans jamaicains, le groupe a décidé de réaliser un album complet avec le chanteur Ras Daniel Ray qui les accompagne sur scène depuis plusieurs années.  Rencontre avec Fred saxophoniste, et Ras Daniel Ray pour nous parler de l’histoire du groupe et de leur nouveau projet.

 

Peux tu revenir sur la formation du groupe 

Fred (saxophoniste) On a commencé à jouer du reggae roots vers 1998, dans un bar qui s’appelait le Kingston bar, c’était le lieu où on répétait. En fait Manu (Mélodica) qui a monté le groupe à l’époque avec le batteur Ras dean travaillait là bas, c’était un lieu où il passait beaucoup de reggae. Nous on était sur place il y avait tout le temps des selecta, des sounds et pas mals d’artistes qui passaient dans ce petit lieu planqué à Athis-mons dans l’Essonne. Notre délire à l’époque c’était de reprendre aussi fidèlement que possible des morceaux early reggae/reggae roots des années 60-70, c’était instrumental, on n’avait pas de chanteur. Il y avait une basse, une batterie et un clavier qui était joué par Fabwise notre ingénieur son actuel. Au bout d’un moment Fabwise a lâché le clavier car il préférait s’occuper de la console. A la base il y avait deux groupes, Orange dub et Tu shung peng. Orange dub était plus orienté composition, c’était porté sur le reggae mais avec des ouvertures sur le jazz et puis il y avait Tu shung peng. Les deux groupes se sont arrêtés en raison de la vie familiale de certains membres.

Ensuite un nouveau Tu shung peng s’est crée à partir de ceux qui étaient les plus motivés, c’est là que le groupe s’est véritablement monté. Ce qui est drôle c’est que le premier chanteur qui a chanté avec nous c’était Ras Daniel Ray, c’est le premier à avoir chanté sur des reprises pour le groupe. Après Daniel est parti en Angleterre pour faire ses affaires, il a bossé avec Mafia and Fluxy, il a enregistré des morceaux là bas pendant quelques années. A cette période là on a commencé à travailler avec Ganja Tree et Difanga.

Et puis Daniel est revenu en France, on a renoué des liens avec lui et on l’a intégré au groupe comme chanteur. Au début on n’avait pas énormément de morceaux avec lui, donc on jouait des morceaux de son répertoire, des reprises où des morceaux à nous sur lesquels il venait se poser. De là des morceaux sont nés, par exemple en 2008 on a fait les nuits zébrés pour radio Nova. Dans le deuxième album qu’on a sorti « Trouble time » il y avait un titre avec Clinton Fearon sur lequel Nova a flashé et il est passé en playlist sur Nova ce qui nous a valu de faire le concert des « Nuits zébrés » avec Daniel Ray qui était notre chanteur. Lors de ce concert on avait déjà présenté des morceaux que vous entendrez ce soir qui étaient à leurs balbutiements.

Donc la plupart des morceaux du nouvel album, on les a composés et travaillés un peu sur scène, on les a fait évolués. On a composé l’album de manière à ce qu’il passe en revue différents styles du reggae, il y a des morceaux rub a dub, stepper, certains vraiment roots, nyahbingi, un morceau soul aussi. C’est un peu toutes les inspirations que l’on aime dans le reggae qu’on a rassemblées. Daniel a écrit tous les textes de l’album, des textes conscious, avec des sujets qui parlent, qui t’aident au quotidien, des textes qui traitent de la vie et de Rasta.

Revenons à votre premier album « Around Tu shung peng » sorti en 2006, comment s’est faite la connexion avec tous les artistes qui ont posés sur l’album ?

Je me trompe peut-être mais il me semble que le premier morceau qu’on a sorti concrétement c’était le maxi avec Ken Boothe sur le Princess riddim. Ken Boothe était en face A et Daniel Ray en face B avec les dubs. C’était le premier vinyl qu’on sorti sur le label Education. En fait le reggae c’est quand même un petit monde dans lequel tu peux enter en contact avec des superstars. Il y a des artistes avec qui on a travaillé que je mets dans la catégorie superstar comme  Ken Boothe, Michael Rose, ou U Roy. Ce n’est pas une classification mais il y a des artistes qui sont plus connus que d’autres. La chance qu’on a dans le reggae, c’est que les artistes sont abordables. Donc on a pu venir les voir et les contacter via nos potes qui ont des sound system qui ont joués ici et là. En ayant un pied ici et là, tu apprends que tel artiste est dans le coin et tu vas le check. Tout se fait au contact direct, mais si le gars ne veut pas, il ne veut pas ! Si ton riddim lui plait c’est ok. Et nous on a eu la chance d’avoir des riddim qui plaisaient aux artistes, sur lesquels ils pouvaient se placer un peu différemment car on a notre touche. Voila, nos riddims ont séduits les artistes.

Vous n’avez pas eu de difficultés particulières pour avoir les artistes que vous vouliez ?

Ce n’est pas comme si on s’était dit on veut un tel et un tel…, et puis on se renseigne et on fait des budgets, non. Il y a eu des riddims qui on été enregistrés et au bout d’un moment il y en avait suffisamment pour faire un premier disque, c’était l’album « Around Tu shung peng ». Il est d’abord sorti en autoproduction totale. On l’a mis dans le réseau fnac, il s’est vendu en dépôt vente, avec ça on en a vendu pratiquement mille sur toutes les fnac d’île de France. De là on a pu entrer en contact avec Makasound avec ce premier disque à l’appui. On leur a proposé le deuxième album et ils ont réédités le premier.

Où avez-vous enregistré les voix du premier album ?

Le premier album a été enregistré dans plein de studios. Des titres ont été enregistrés à l’auditorium de Saint Ouen, on a un ami qui y travaille, c’est là qu’on a enregistré Michael Rose en partie. Ken Boothe a été enregistré dans la coloc d’Alex qui est notre trompettiste dans le 91.

Donc vous avez eu tous les artistes en France ?

Tous sauf quelques uns qu’on a eu en Jamaïque comme Jah  Marcus et Al Poncho, des yardies que Fab notre ingénieur son a enregistré là bas.

Est-ce que vous avez de mauvais souvenirs des sessions studios ?

Je dirais que toutes les expériences sont différentes, car les artistes sont différents. Certains vont arriver en mode star, mais une fois qu’ils ont revendiqué qu’ils sont, derrière ça se dégèle un peu. Je pense que c’est aussi difficile pour l’artiste qui ne nous connaît pas que pour nous.

Et le meilleur souvenir ?

Peut-être parce que c’est le premier, l’enregistrement de Ken Boothe était impressionnant. Il y avait sa femme qui était là, tu sentais que le morceau qu’il chantait lui était dédié (Show me that love).

Vous avez travaillé sur vos trois albums avec votre ingénieur son Fabwise, parlez nous un peu de lui

Comme je te le disais au tout début du projet il était clavier. Il a accompagné en tant qu’ingénieur du son aussi bien Orange dub que Tu shung peng, c’est quelqu’un que l’on considère comme un musicien et que l’on place au même niveau qu’un musicien, par rapport à sa façon de sculpter la musique et à la touche personnelle qu’il apporte. Fabwise,  Sébastien et Alex le trompettiste, ont monté le « Wise studio » qui est le quartier général du groupe à Ris Orangis. C’est là où on a enregistré entièrement le dernier album.

Vous n’avez jamais invité de chanteurs français sur vos albums, pourquoi ?

C’est vrai que le seul chanteur français que l’on a enregistré c’est Difanga mais il a chanté en anglais. Là je parle en mon nom, et je pense que je peux parler au nom du groupe, par rapport au reggae qu’on affectionne, qu’on écoute et surtout qu’on a envie de jouer, la langue anglaise est très importante. Le reggae vient de la Jamaïque, ce n’est pas le reggae tant que la Jamaïque qui nous intéresse, c’est vraiment les deux. Du coup c’est important pour nous d’avoir des chanteurs jamaïcains. Aussi par rapport au style du reggae, le patois est très rond, il sonne. Et d’ailleurs ce n’est pas un hasard si aujourd’hui il y a beaucoup de chanteurs français qui écoutent, imitent, travaillent, et font évoluer le patois en le mélangeant avec leur vibe française. Mais voila le patois à une force ! Mais cela ne veut pas dire pour autant que l’on ne fera pas un jour un album avec des chanteurs français, ce n’est pas impossible. C’est vrai qu’aujourd’hui par rapport à la volonté du groupe et parce qu’on a Daniel Ray comme chanteur, on a la possibilité de travailler sur un album complet. On aime la même musique, on se comprend bien, ce qui fait que très naturellement on s’est mis à travailler ensemble. On a fait un très bon album, enfin qui nous satisfait. Même s’il y a des choses à redire, on en est fier. On a souffert pour sortir cet album là, ça a pris du temps. Il a été repoussé plusieurs fois. Tout le côté distribution et business fait que ça ne sort pas forcément quant tu veux. Si tu veux que ça sorte bien il faut de la patience. Il faut accepter à un moment donné de dire je le sors pas tout seul n’importe comment, j’attends un peu, je me professionnalise, et quand ça sort on essaie de faire ça bien. Avec notre distributeur Musicast qui nous a fait confiance et avec I Welcome on a pu faire un bon travail d’un point de vue professionnel sur cette sortie d’album.

Comment vous voyez le futur du groupe ?

A l’heure actuelle on a vraiment envie de soutenir l’album sur scène, de le présenter et de continuer nos efforts pour répandre cette musique. Cela passe par de la tournée, il faut se faire connaître auprès des gens. Je pense que quand on écoute notre musique, si on aime le roots à priori on y trouve son compte. Et puis on continue à écrire des morceaux avec Daniel, j’espère que  derrière on va faire un autre album, de la musique comme on l’aime pendant encore très longtemps.

 

Ras Daniel Ray (chanteur) Peux-tu te présenter et nous parler de ta carrière avant d’avoir rencontré le groupe Tu shung peng ?

Avant de rencontrer Tu shung peng, j’ai fait pas mal de bonnes en Jamaïque. J’ai tourné sur l’île avec des sound system comme Kilimanjaro et Jah love music. Grâce à ça j’ai pu faire des rencontres, j’ai enregistré des titres au studio Harry J pour le label Sunset records. J’ai participé à différents projets en Angleterre également, avec Mafia et Fluxy sur le label Jet star. Voila quelques projets que j’ai réalisé avant de les rencontrer.

Tu as travaillé plusieurs fois avec Tu shung peng dans le passé pourquoi as-tu voulu travailler avec eux en particulier ?

C’est vraiment une bonne question you know ! Normalement j’aurais pu sortir des albums avant mais je voulais me focaliser sur le style seventies personnellement, et Tu shung peng aime ce style donc on  a travaillé ensemble. Je suis sur la route avec eux depuis la sortie de leurs deux albums en tant que chanteur. C’est bien pour le public de voir un album issu de notre collaboration. Donc on s’est réuni et on a produit cet album.

Combien de temps cela t’a-t-il pris pour écrire tous les textes de l’album ?

Ces chansons je les ai écrites pour la plupart tard dans la nuit, à deux-trois heures du matin, pour profiter du silence et capter une vraie énergie. Il m’a fallu environ un an you know, mais au fil du temps on a apporté des changements, on a réarrangé certaines choses. Mais tous les textes sont des textes nouveaux.

Quel est le principal message as-tu  voulu transmettre avec cet album ?

Il s’agit d’éduquer les gens de manière à les faire réfléchir sur le passé. De les faire réfléchir sur ce mode de vie à l’ancienne, je te parle de cette époque où la vie était plus tranquille, moins stressante, pas la vie speed que l’on mène aujourd’hui. On cherche à conserver cette vibe you know, donc cet album s’adresse principalement aux fans de reggae et à la communauté Rasta, ainsi qu’aux gens qui répandent une énergie positive à travers le monde.

Quels sont les titres dont tu es le plus fier ?

L’album entier « Ray of light » est un big morceau en lui-même ! (rires). « Bring back the roots » contient un grand nombre d’enseignements tirés de différentes époques, pour le public des dancehall on a le titre « Having a ball », pour le public qui aime la Soul et le R&B comme aux Etats-Unis il y a le titre « Same dream ». On a équilibré les titres pour toucher différents publics et connecter différentes énergies. Et  les thèmes sont très importants pour moi, on parle de l’Afrique avec « Justice for survival » et « Trust in Jah ». Ce sont des thèmes que je voulais vraiment faire partager au public, pour que l’on partage notre énergie you know.

Quel est ton avis sur la musique jamaïcaine actuelle ?

La musique jamaïcaine se développe de plus en plus dans le monde, en Jamaïque ça tourne toujours bien mais la musique évolue avec la société. A l’époque de Bob c’était plus roots avec des vibes différentes, après ça a changé avec les histoires de politique. Les jeunes d’aujourd’hui n’ont plus cette bonne inspiration, ils sont inspirés par les choses malsaines du ghetto donc ils écrivent des textes qui parlent de ça. A l’époque de Marley ce que les jeunes vivaient dans le ghetto était tout de même différent et les textes des chansons étaient positifs. On doit être reconnaissant envers tous les groupes de reggae dans le monde qui véhiculent cette énergie positive, c’est quelquechose que l’on ne retrouve pas aujourd’hui dans la musique jamaïcaine. C’est ce qu’on essaie de faire avec Tu Shung Peng et ce nouvel album.

 

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