INTERVIEW BRAHIM, LE 07 AVRIL 2012 A ST GERMAIN EN LAYE

REALISE PAR POTER

 

 

Brahim n’est pas un nouveau venu dans le monde du reggae français, en 1999 il sort son premier album « Dans quel monde vit » après avoir fait ses classes en sound system. Le disque connaît un succès d’estime à sa sortie, il marque les esprits car les paroles et la voix de Brahim interpellent.
Son deuxième album « Toujours sur la route » sort en 2009, mais il passe presque inaperçu sauf pour ceux qui connaissent la qualité de sa musique et qui suivent le chanteur depuis le début... Mais Brahim ne baisse pas les bras et continue son chemin, il revient en 2012 avec « Sans haine » un disque qui mériterait encore une fois davantage d’exposition médiatique. On peut remercier au passage les Danakil qui ont sorti l’album sur leur label Baco records, ce qui a permis à ce véritable artiste de faire son retour avec un disque de qualité.
« Sans haine » est une réussite au niveau des compositions et des textes, la majorité des titres sont accrocheurs et pourraient être aisément playlistés en radio. Brahim est un chanteur qui a le don de savoir réaliser des titres reggae qui sonnent grand public même si ce n’est pas du tout son objectif ! Ce nouvel album en est le parfait exemple. On sait évidemment que l’on n’entendra aucun de ses titres en radio mais cela ne l’empêchera certainement pas d’avancer.
Brahim symbolise la détermination et la persévérance d’un artiste qui cherche à vivre de sa passion avec les galères que cela comporte dans le milieu du reggae. Il faudra compter sur lui pour les années à venir. Rencontre avec le chanteur quelques jours avant la sortie de l’album.


Tu as grandi à Tours en province, quel a été ton premier contact avec le reggae ?
J’ai grandi dans une banlieue de Tours qui s’appelle Saint Pierre des Corps dans un quartier qui s’appelait la Rabaterie. J’ai grandi avec le reggae, les grands du quartier écoutaient toujours ça, du reggae, de la funk, en fait ça a toujours été là !


Tu as commencé à chanter dans les années 90 dans les sound system, qu’est ce qui t’a poussé à écrire tes propres chansons ?
Ca fait longtemps que j’écrivais, avant même de commencer à chanter. J’ai toujours écrit, j’avais besoin d’écrire, ce que j’avais dans le coeur, ce que je pensais des choses…Ce n’était pas des chansons, on peut appeler ça des poèmes. J’ai toujours écrit et j’ai toujours voulu faire de la musique, et voila je me suis mis dans le son. Donc naturellement j’écrivais mes textes.


Est-ce que le fait d’être de province à été un problème pour te faire un nom dans le milieu du reggae et des sound system à l’époque ?
A l’époque dans les années 90 je faisais partie du sound system Wadada donc ça allait on avait des dates, beaucoup de dates en province. Maintenant si tu veux te développer d’une autre manière, à Paris ça peut aller plus vite. Même maintenant, disons que depuis que je fais une carrière solo c’est à Paris que ça se passe ! Bon c’est plus galère parce qu’il faut prendre le train et venir. Mais moi je suis déterminé donc ça n’a pas été un obstacle pour moi. Quand
tu as 16/17 ans tu vas à Paris, tu dors chez des potes ça va, mais avec l’âge tu peut être fatigué de ça, mais dieu merci ça va.

Quelles étaient tes principales influences quand tu as commencé ?
C’était les DJ, Caplteton, Buju banton, Shabba ranks, Ninja man.

Et chez les français ?
Des gars comme Nuttea, Raggasonic. Quand j’allais à Paris je kiffais, je me disais les mecs sont officiels ! Ca m’a aussi poussé à ne rien lâcher de voir qu’à Paris il y avait un milieu reggae. Nous on faisait notre truc de notre côté à Tours, on avait notre émission de radio, on faisait notre travail là bas. Quand on arrivait à Paris on voyait des gros sound system, c’était un kiff, ça mettait la pêche, c’était notre New York quelque part (rires).


Tu sors ton premier album en 2000 « Dans quel monde on vit », tu l’as enregistré en Angleterre
J’ai enregistré au studio Jet Star, j’avais signé avec un petit label français, ils avaient un peu d’argent. Il a été réalise par Yovo M'Boueke et Giovanni.


Parle nous des personnes qui se sont impliquées dans ton premier album
Je faisais parti du Wadada sound system à Tours et Giovanni également. Il est venu habiter à Paris, et quand je venais à Paris je dormais chez lui. Giovanni a rencontré Yovo M'Boueke, il a écouté ce que je faisais et il a kiffé. Grâce à lui j’ai signé chez Inca musique qui a sorti mon premier album, et c’est lui qui a tout réalisé.


J’avais trouvé à l’époque que les riddim étaient déjà très aboutis
C’est bien que tu me dises ça, car en vérité j’avais tout travaillé avant, je jouais avec des musiciens qui s’appelaient les «Combavas ». J’avais trouvé une petite équipe à Paris avec qui je tournais, on avait déjà élaboré les morceaux, le titre « Dans quel monde on vit » était déjà fait, j’avais amené des idées de musique… Après ce que Yovo a fait c’est qu’il a réalisé l’album, on est parti à Londres, il a ramené d’autres musiciens, des gros musiciens ! pour rejouer ce qu’on avait fait. Donc un travail avait été fait avant même de rencontrer Yovo.


A la fin des années 90 et au début des années 2000, on entendait encore des artistes reggae passer à la radio, des groupes comme Raggasonic, Nuttea, Pierpoljak, es-tu un peu nostalgique de cette époque ?
Franchement je ne suis pas nostalgique mais j’ai l’impression que quand j’ai sorti mon premier album je ne contrôlais pas tout, comme si j’étais un enfant qui ne se rendait pas compte des choses ! Ce n’est pas une nostalgie, c’est comme si je n’en avais pas assez profité, je ne sais pas trop comment dire, il y a des choses qui se sont passées et j’étais à côté... Après, voila on est en 2012, c’est sur je suis nostalgique de plein de choses, mais je ne suis pas accroché à ça, j’avance tu vois, sinon je deviens un fossile !


Quel est ton avis sur le reggae français d’aujourd’hui ?
Il y a des trucs bien, maintenant il y a le reggae qui veut un peu s’ouvrir et le reggae qui veut rester underground, après chacun son choix. Il y a de bons artistes, mais le problème du reggae c’est les structures, par rapport au hip hop par exemple. Il y a eu une amélioration dans le reggae mais il y a une dynamique dans le rap qui n’a rien à voir. Il faut dire que les radios boycott le reggae, quand ils veulent du reggae c’est folklorique c’est Yannick Noah, Tom Frager, c’est le reggae qu’ils veulent, c'est-à-dire des choses sans fond. Dès que tu commences à t’exprimer c’est pas bon… Lorsque je dis aux gens que je fais de la musique, ils me disent souvent toi tu fais du rap, ils me mettent dans une case direct ! Mais bon j’ai commencé avec le rap dans les années 80.


En 2009 tu sors ton deuxième album « Toujours sur la route » il y a neuf ans entre le premier et le deuxième, tu as fait un break dans la musique ?
Non pas du tout ! J’ai galéré…c’est dur…On en revient à ce que je te disais, pour certains le reggae c’est folklorique et ils n’en veulent pas. Donc nous on essaye de survivre, on sort des petits morceaux sur des labels reggae qui eux-mêmes galèrent aussi… Mais quelque part il y a une sélection naturelle des choses qui s’opère. Les artistes qui restent aujourd’hui c’est les passionnés, et eux je les respecte parce qu’ils aiment vraiment ça.


Pourquoi as-tu appelé ton nouvel album « sans haine » ?
Déjà parce qu’il y a un titre qui s’appelle sans haine. Mais tu vois moi je suis un arabe, il m’arrive tous les jours des trucs, laisse tombé… Tu vois, la manière dont les musulmans sont vus… Je te parle aussi de plein de choses qui peuvent t’arriver que tu sois un arabe ou pas d’ailleurs. Il y a plein de choses qui peuvent te faire tomber dans la haine, et dieu sait que la haine ça te détruit en vérité, tu vois ce que je veux dire… Voila comment ce morceau est arrivé dans ma tête. Maintenant dans le morceau je dis que ce qu’il y a de plus dur dans la vie c’est de vivre sans haine. Donc je voulais écrire sur ça, je ne dis pas que je suis tout le temps peace et que tout le monde doit être happy ! Il y a un côté de moi qui me fait réfléchir sur ça, parfois ce n’est pas simple de ne pas tomber dans la haine…


De qui t’es tu entouré pour réaliser ce nouvel album et ou l’as-tu enregistré ?
On l’a enregistré avec Kubix qui est guitariste, on est parti à deux et on s’est dit on y va !


Tu t’es impliqué dans la composition ?
Oui, j’avais des compostions, il y a des trucs qu’on a composé ensemble, Kubix a amené ses compositions aussi. On a réuni tout ça et on a bossé.


Comment as-tu rencontré Kubix ?
Au départ je jouais avec un groupe qui s’appelait le KGB band et il en faisait partie. Après le feeling est bien passé et musicalement j’aimais bien.


Tu sors l’album sur le label des Danakil, comment s’est faite la connexion avec le groupe ?
Ils avaient organisé un concert à Marly le Roi et j’étais programmé avec eux. Ils m’ont toujours dit qu’ils avaient kiffé mon premier album, que ça les avait inspirés d’une certaine
manière. Et donc, comment te dire… Je trouve que c’est bien fait, la boucle est bouclée. Et moi ça me fait d’autant plus plaisir de bosser avec des gens qui aiment ce que tu fais. Tu n’es pas un simple produit, tu sais qu’à la base ils te kiffent, et ça je trouve ça beau quoi !


Tu peux nous parler des thèmes que tu as abordés ?
Il y a le clip du titre « Faut-il » qui est sorti, tout le morceau est une question. A la fin du titre je dis : quel homme serais-tu si tu étais au sommet ? Dans le sens où si quelqu’un fait une révolution est ce que tout le monde sera d’accord avec lui ? Quelque part ce n’est pas si simple que ça, même s’il y a plein de choses à changer. Moi j’aime bien aller dans des thèmes qui n’ont pas trop été abordés. Dans mon deuxième album j’avais fait un morceau pour dire qu’il ne faut pas croire tout ce que les médias disent, ça me fait chier que ces morceaux ne soient pas plus exposés. J’ai un morceau qui s’appelle « Comment te le dire » qui s’adresse à une femme pour lui annoncer que je n’éprouve plus rien pour elle. J’ai aussi fait une reprise de « Ne me quitte pas » de Jacques Brel, sinon j’ai un morceau qui s’appelle « Clone » où je dis que je ne suis pas un clown ni un clone ! Parce qu’aujourd’hui on est dans une époque de canards ! Je dis que je ne suis pas un clown ni un clone, ni un loup ou un agneau. Ca veut dire que j’essaie d’être moi-même, d’être authentique, et même… authentique je me fous de ce mot ! Je suis moi-même point. Voila il y a des clowns et des clones, et j’en reviens à ce que je te disais tout à l’heure, il n’y a plus que la forme qui compte et il n’y a plus de fond… Et la suite vous la découvrirez dans pas longtemps.


Qu’est ce qu’on peut te souhaiter pour le futur ?
Que ça tourne à fond, qu’on vende des disques, et qu’on puisse jouer ! Il y a souvent pleins de gens qui me demandent quand je viendrai jouer dans leur ville, moi j’attends que ça ! Je suis chaud depuis longtemps, je suis bouillant, mais bon ça se décante. Là il y a de bons retours, le clip de « Faut-il » est sorti, donc j’espère qu’il y a des choses positives qui vont ressortir de tout ça. En tout cas il n’y a pas de raison que ça ne marche pas car franchement il n’y a que des bonnes énergies dans ce projet, que ce soit les musiciens, le label…tout ! Et je pense que c’est très important déjà.

 

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