INTERVIEW NATTY JEAN, LE 07 AVRIL 2012 A ST GERMAIN EN LAYE

REALISE PAR POTER

 

Originaire du Sénégal, Natty Jean part s'installer au Mali en 2007. Il y fait la connaissance de Manjul, bassiste et producteur qui a notamment travaillé aux côtés de Takana Zion et Tiken jah fakoly. C'est à Bamako qu'il rencontre les Danakil venus enregistrer leur troisième album, le groupe lui donnera ensuite l'opportunité de faire la première partie de leur tournée française en 2011. Il sort au mois d'avril son premier album « Santa yalla ».

Peux tu nous présenter ton parcours musical avant la sortie de ton premier album ?

Je viens du Sénégal, j’ai commencé la musique là bas en mode hip hop et rap. J’ai commencé vraiment à faire du reggae en 2007 quand je me suis installé à Bamako où j’ai rencontré des gens et des musiciens comme Manjul qui m’ont aidé à faire un album. C’est cet album que je suis venu défendre aujourd’hui. On va dire que tout a commencé vraiment à Bamako, « Santa Yalla » est mon premier album, cela signifie dieu merci, c’est ce que je suis venu présenter. Je pense que c’est la tournée que j’ai fait avec Danakil qui a fait connaître Natty Jean en France.

Tu es issu de la scène hip hop au Sénégal, pourquoi t’es tu tourné vers le reggae ?

J’ai commencé d’abord par écouter, après j’ai senti l’engagement, cette volonté de vouloir changer les choses, de donner un sens à la musique que j’aimais et que je faisais. Le reggae m’inspirait encore plus que le hip hop dans le combat, dans la paix, dans l’unité, J’ai pensé que pour faire passer mon message il fallait que je rentre dans une musique beaucoup plus sérieuse entre guillemets et beaucoup plus engagée. Voila, c’est ce qui m’a poussé vers le reggae. Je dirais que j’ai été influencé par la nouvelle génération, le nu roots avec des gens comme Sizzla, c’est beaucoup plus la technique vocale qui m’a intéressé. J’aime ça parce que ça varie et je ne m’ennuie pas dans ce style reggae/hip hop, c’est un petit mélange quoi !

Comment se porte le mouvement reggae au Sénégal ?

Pas mal, mais que ce soit pour le reggae ou d’autres musiques, excepté le mbalakh qui est la musique nationale du Sénégal, il n’y a pas de structure sur place. Des structures qui permettent aux artistes reggae de se développer surtout sur le plan international. Sur le plan national je n’en parle même pas ! Car aujourd’hui c’est dur d’organiser un événement, d’entretenir un band, de rencontrer des personnes pour mettre à terme tes projets musicaux. Donc c’est super difficile et peut être que c’est ce qui m’a poussé à sortir de Dakar et d’aller voir ailleurs ce qu’il y avait, et comme c’était Bamako, dieu merci j’ai rencontré Manjul et on a pu travailler ensemble.

Tu sors ton album sur le label des Danakil, comment les as-tu rencontrés ?

A Bamako justement lorsqu’ils sont venus enregistrer la deuxième partie de leur album « Echos du temps ». Je travaillais dans le studio où ils venaient enregistrer, c’est là qu’on s’est croisés, naturellement on a eu une bonne vibe. Voila on a commencé à travailler ensemble, ça a commencé par des jams dans la maison, tout naturellement quoi. Après ça s’est approfondi et on s’est dit qu’on allait poser les choses. J’ai fait deux featuring dans leur dernier album, il s’avère qu’ils ont bien aimé ce que je faisais avec eux, ça c’est confirmé sur le live quand j’ai fait une tournée avec eux. Du coup comme cet album était déjà prêt, ils ont décidé de le sortir.

Comment s’est passée la tournée avec eux ?

Super, tu sais il faut dire les choses comme elles sont, aujourd’hui Danakil est un des meilleurs groupes de reggae français et qui marche le plus. Donc de me trouver au milieu de ça, du jour au lendemain, voila… Il y a quelques mois je ne m’y attendais pas. Voila, cool, bonnes vibes, c’est des gens humbles, ils ont la tête sur les épaules. Du coup ça s’est vachement bien passé, le public m’a bien accueilli autant sur mes prestations solos que sur le set de Danakil. On a fait un an de tournée, on a fait a peu près cent dates et j’étais là en tant que Natty Jean et en tant Danakil aussi. C’est une bonne expérience d'abord et c’est de bons souvenirs, et ça continue toujours. Je travaille avec Danakil et avec un peu tout le monde quoi. Il y a le Danakil Band avec qui je bosse, il y a le Humble Ark band qui est là ce soir. C’est cool de pouvoir travailler avec tout le monde, ça me motive encore plus.

Peux tu nous en dire plus sur le titre de ton album ?

« Santa yalla » ça veut dire dieu merci, tu vois ça parle de foi. Parce que pour moi aujourd’hui c'est très important de garder la foi car rien ne va dans ce monde, en ce moment il y a trop de galères, trop d'injustices. Voila je pense que c'est le moment de garder la foi, car quand il y a de la foi, il y a de l'espoir, et quand il y a de l'espoir, il y a de l'amour. Et ça c'est important, que tout le monde s'en rende compte pour être ensemble, pouvoir être uni et faire avancer les choses. Aujourd'hui le fait que je puisse voyager, rencontrer d'autres cultures ça me rend encore plus mature. Ca me permet de comprendre, de voir, de découvrir d'autres choses, et voila c'est formidable. Je viens pour représenter une génération d'Afrique qui a une mentalité  loin des clichés misérabilistes comme je le dis souvent. C'est un album d'espoir. C'est un album varié dans le style et engagé dans les textes. Les gens ne comprennent pas le wolof la langue nationale mais en gros ça parle d'espoir.

Comment s'est déroulé l'enregistrement avec Manjul ?

D'abord j'ai commencé à Bamako dans une petite chambre avec un petit studio, on faisait des maquettes. Manjul était dans le quartier mais je ne le connaissais pas. C'est un pote avec qui je bossais qui me l'a présenté, qui lui a fait écouter ce que je faisais. Et je pense qu'il a senti qu'on pouvait faire quelque chose avec le potentiel qu'on avait. Donc il y a eu des riddim qui ont été repris avec lui en live et qu'on a développés. Il y a aussi des riddim à lui, Manjul fait des instrus et fait poser plusieurs chanteurs dessus, j'en ai choisi quelques uns parmi les siens. On a fait l'album comme ça.

Peux-tu nous parler du groupe qui t'accompagne ce soir

Humble Ark band c'est Manjul à la base, il est le bassiste du band, Humble Ark c'est aussi le nom de son label à Bamako. Il est composé des Faya horns, qui ont posé les cuivres sur l'album lorsqu’ils étaient à Bamako. A la guitare il y a Jérôme, au clavier il y a Christian que les gens connaissent, il travaille avec Alpha Blondy, et Laurent Pena à la batterie. Voila c'est une formation pour ma tournée solo qui arrive en Avril, on a plus d'une dizaine de dates. Je suis vraiment content de pouvoir le faire avec eux, parce qu'à la base ils étaient là, Manjul c'est lui qui a tout posé sur l'album. Voila j'ai une bonne section de cuivres, avec batterie,  clavier, guitare, je suis bien !
Quels sont tes futurs projets ?

Pour le moment je reste concentré sur la sortie de cet album, mon objectif c'est de jouer au maximum en live car aujourd’hui c'est ce qui fait vivre les artistes. Je pense que c'est la majeure partie du travail aujourd'hui. Si tu as l'opportunité ou la chance de pouvoir beaucoup tourner il faut le faire car les albums ce n'est plus comme avant. Le live te permet d'être face au public, tous les jours c'est des publics différents, et ça t'inspire en plus. Donc je reste concentré sur la sortie de l'album, il est dans les bacs depuis le 16 avril. Voila on va continuer la tournée, là je finis en avril et je reprends à la fin du mois avec Danakil, avec le Printemps de Bourges etc... Voila on a des dates jusqu'à la fin de l'année et bientôt le deuxième album.

 

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