L: Bonjour, Tinga, merci de nous recevoir aujourd'hui dans ton studio a Kingston, et de bien vouloir répondre a nos questions.
L: Ou es tu né en Jamaique, et ou as tu grandi?
T: Je suis né a Kingston, dans la partie Est de la ville, et je pense que je suis né a une bonne époque!


L: Pourquoi une bonne époque?
T: Il n'y avait pas de violence en ce temps la.

L: Comment était la vie dans cette partie la de Kingston dans les années 60?
T: c'était cool... C 'est apres, dans les années 70 et 80, que ça c'est déterioré.

L: Qu'as tu appris en grandissant dans la partie est de Kingston?
T: j'ai appris a vivre avec les autres, a comprendre les gens, a ne pas avoir d'ennemis.

L: Comment as tu commencé a t'interesser a la musique?
T: Alors que je fréquentais la ST Alovicious Boys School, downtown Kingston, je faisais partie de la chorale scolaire, moi et un chanteur nommé BUNNY BROWN, c'est la que j ai commencé a chanter. Sur le chemin de l'école, je chantais des chansons de Wilfred Jacky Edward et de Delroy Wilson.

L: Quels artistes écoutais tu a l'époque?
T: Des gens comme les PARAGONS, JOHN HOLT, en grandissant c'est eux qui m'ont inspiré, et comme artistes étrangers Bene King , Marvin Gaye, Al Green, qui étaient mes favoris. Meme Bob Marley écoutait beaucoup ce genre de musique, des groupes comme les IMPRESSIONS, par example. Les Heptones, les Wailers, les Melodians, les pionniers du reggae, tous écoutaient les groupes américains!

L: Peut on dire alors que la musique américaine a été une source d'inspiration pour les artistes jamaicains de ces années la?
T: Bien sur! L'influence de la musique américaine a été tres grande aupres des artistes jamaicains!

L: Est-ce que ton nom, TINGA, a une signification spéciale?
T: Ca vient du temps ou j'allais a l'école, ils m'appelaient "ting-a-ting" (ce qui signifie un faiseur de trouble, quelqu'un qui se met dans les affaires des autres) Un disc-jockey du nom de Don Topping a présenté une de mes chansons a la radio , et m'a nommé Tinga Stewart, et depuis ce jour tout le monde m'a appelé comme ça.

L: Ou as tu enregistré une chanson pour la premiere fois, et dans quel studio?
T: La premiere chanson que j'ai enregistrée c'était a Dynamics Sounds, le producteur c'était Derrick Harriot, et la chanson s'appelait: "Hear that train" J'ai aussi fait une chanson en duo avec Ernest Wilson, des Clarendonians, sous le nom de "Tinga and Ernie", le morceau s'appelait: "She s gone". Ce sont mes deux premiers enregistrements, en 1969.

L: Comment as tu rencontré ton premier producteur, Derrick Harriot?
T: C 'est Bunny Brown, des "Chosen Few", qui m'a presenté a Derrick Harriot, qui avait un record shop sur King Street.

L: Quel a éte ton premier hit en Jamaique?
T: C'est une chanson appelée" Funny Feeling", que j'avais faite pour le label SPIDERMAN(il chante) C'est la premiere chanson que j'ai eu dans un hit parade en Jamaique, en 1973.

L: As tu travaillé avec d'autres producteurs que Derrick Harriot?
T: Au cours de mes 43 ans d'activité dans le music business, j'ai travaillé avec n'importe quel producteur auquel tu puisses penser! J'ai fait des duos avec a peu pres tous les dj's de Jamaique: Capleton, Tony Rebel, Ninjaman, Bunny General, et pleins d autres. D'ailleurs un de mes albums s'appelle:"Tinga Stewart meets the dancehall dj s "(Tinga Stewart rencontre les Dj jamaicains)


 

L: Quels studios fréquentais tu a cette époque la?
T: J'allais beaucoup a Dynamics sounds, mais aussi a d autres endroits, comme FEDERAL, qui est devenu aujourd hui TUFF GONG, j'allais aussi a CHANNEL ONE. J'ai enregistré a Channel One " dry up your tears", et "rainy night in Georgia", deux chansons pour le label HIT-BOUND, en 1977 et 1979. CHANNEL ONE était le studio numero 1 en ce temps-la, il y avait des gens comme The Revolutionnaries, Sly and Robbie, etc.....je participais a toute cette activité.

L: Comment c'était l'atmosphére en ce temps la a CHANNEL ONE?
T: Oh, c était une vraie université! pour les riddims, les chansons, les artistes! Tout le monde allait a CHANNEL ONE, les artistes les plus grands!

L: Quel est ton meilleur souvenir du temps ou tu chantais avec Byron Lee et Boris Gardner?
T: J'ai beaucoup de souvenirs, par exemple j'ai assisté a l'enregistrement de "Rat Race" par Bob Marley, j'étais la, dans le studio. J'ai assisté a l'enregistrement de nombreux hits, Toots and the Maytals pour "24-46", Eric Donaldson pour "Cherry Oh Baby". J'étais la aussi quand Dennis Brown a enregistré "lips of wine", sa premiere chanson pour Derrick Harriot, il fallait qu'il monte sur une caisse de RED STRIPE pour arriver a hauteur du micro. Derrick Harriot est en fait le premier a avoir enregistré Dennis Brown, mais il n a pas sorti la chanson. Apres cela, Coxsone a produit "no man is an island " de Dennis, mais lui il l'a sorti.

L: Pourquoi as tu décidé de participer au "political bandwagon" pour le PNP, est ce que ça a été une bonne experience?
T: Je n aime pas vraiment la politique, qui mérite bien son nom de "politricks" (mot forgé a partir de politic et de trick, qui veut dire tour de passe passe) En tant que chanteur, j'essaye d'etre impliqué dans tout ce qui se passe en matiere de divertissement. Si on m'appelle pour participer a un spectacle, je suis pret, mais en tant que chanteur.

L: Pourquoi as tu décidé, au début des années 80, d'aller vivre quelques temps a NEW YORK ?
T: Rien ne se passait pour moi musicalement en Jamaique a cette époque-la, et comme mon plus jeune frére, Roman, était a NEW YORK, je suis allé le rejoindre. Roman, c'est aussi un chanteur.

L: tu es resté longtemps a NEW YORK?
T: Deux mois

L: Quelle est la difference entre les Etats-Unis et la Jamaique?
T: Pas trop de difference, il y a des studios la-bas comme ici, mais il y a plus de vibes en Jamaique.

L: Qu'est ce que tu as ressenti quand tu as gagné le Festival Song Competition en 1974 et 1981, ça a été un accomplissement?
T: Gagner un Festival Song, ça peut etre bon comme ça peut aussi etre mauvais, quand j'ai gagné en 1974, avec "play the music", j'ai été stigmatisé comme "chanteur de festival"

L: Pourquoi ce n'est pas bon d'etre appelé"chanteur de festival"?
T: Parce qu on pense peut-etre que tu es l'artiste d'une seule chanson. Mais j'ai sorti des albums pour aller contre cette stigmatisation, j'ai eu des hits apres avoir gagné les festivals, j'ai fait des chansons differentes de celles qui avaient gagné les festivals, comme en 1981 "Nowhere is better than yard", que Rita Marley a produit. Je suis un artiste qui est capable de faire des choses tres variées!

L: Ton frere, Roman Stewart, a gagné cette competition en 1975 as tu ecrit les paroles de la chanson?
T: oui, c'est moi qui ai ecrit ces paroles.

L: tu as enregistré deux albums avec ton frére: "Brother to brother" et "Break down the barriers" C'était facile de travailler avec lui?
T: C'était tellement facile! Nos voix allaient bien ensemble. J'ai enregistré des pistes en Jamaique, et je les ai emmenées a New York, ou nous sommes allés en studio avec.

L: tu avais une bonne relation avec ton frere?
T: Une tres bonne relation. Il me manque énormément aujourd hui. S'il était encore de ce monde, nous pourrions enregistrer des collaborations et chanter sur scene ensemble.

L: est ce que vous travailliez le chant ensemble, est ce pour vous deux un don naturel?
T: c'est un don naturel pour tous les deux.

L: qui a produit ces deux albums?
T: j'ai produit ces albums.

L: Comment as tu rencontré Ninjaman et décidé de faire une collaboration avec lui?
T: On se voyait regulierement au studio de King Jammy s, et il me disait:"Tinga, je veux faire une chanson avec toi!" Un jour, alors que je faisais un tour au studio de Jimmy Cliff, il était la en train de terminer une chanson pour un producteur nommé WITTY, le riddim étrait en train de jouer, j'ai été au micro, et ça a été fait du premier coup, une chanson qui s'appelait: "I found a woman", et ils l'ont gardée! Pour l'autre collaboration: "Cover me", Ninja jouait aux dominos sur Hendison avenue, et moi j'arrivais en moto, je me suis arreté juste en face de lui et je lui ai dit: "Ninja,je veux faire une chanson avec toi, qui s'appelera: "Cover me". Et il a répliqué: " under mi love", et nous sommes partis en moto l'enregistrer a CHANNEL ONE.

L: Musicalement parlant, quel est l'interet pour un chanteur de ton type a faire des collaborations avec des artistes dancehall? est ce complémentaire?
T: Oui, parfois. A cette époque la, les gens aimaient les collaborations entre chanteurs et dj s beaucoup plus que de nos jours. J'ai lancé la mode, et d'autres ont suivi, comme par exemple Shabba Ranks ou Maxi Priest, mais c est Ninja et moi qui avons créé ce style.

L: Comment as tu décidé de produire l'album de Yellowman: "Jack Sprout", en 1982,et quelle personne est Yellowman?
T: Yellowman est une personne tres , tres chouette! On était deux producteurs pour cet album, nous avons travaillé ensemble avec John Carol.

L: Qu'est ce que tu produis aujourd hui?
T: rien de tres compliqué, je m'auto-produit, et je produis ma fille, Symphony, c'est une des choristes de JAH CURE. Je produis aussi ma compagne, Princess Jahmeli, qui elle fait la choriste pour moi, sa nouvelle chanson s'appelle:"the story of my life"

L: est ce interessant pour un producteur et un chanteur, d'avoir son studio a la maison?
T: Oui, tu peux y venir et faire ce que tu veux, tu vois , juste en ce moment l'ingénieur est en train de mixer une de mes chansons, et je peux rectifier et faire ce que je veux quand je veux!!

L: Comment s'appelle ton label?
T: EMPEROR MUSIC

L: et qui est ton ingénieur?
T: Kevin, mon fils

L: tu as d'autres enfants qui font de la musique?
T: Oui, Mixing Fingers, qui est l'ingénieur de Capleton et de Jah Cure, et Symphony, ma fille, qui chante.

L: quel ingénieur a mixé ton album "NUH LINGA" en 2009?
T: Mixing Fingers.

L: Comment vois tu l'évolution de la musique reggae?
T: le vrai reggae c est du live, du live drum and bass, c'est ça la musique authentique. C'est vrai que la musique aujourd'hui est plus electronique, ça c'est plus un trait du dancehall. Le probleme vient parfois des lyrics qu il y a dans le dancehall.

L: En 1989 tu as participé au "Reggae Sunsplash tour", tu as été en Europe, au Japon, en Afrique, quelle genre d'experience ça a été pour toi?
T: L'accueil du public a été fantastique, comment ils manifestaient leur enthousiasme bruyamment au cours des concerts! On se sent vraiment bien quand on voit le public réagir ainsi!

L :Combien de temps a duré cette tournée?
T: 3 semaines

L: Est ce que tu aimes etre sur scene?
T: oh, j'aime vraiment cela, c'est ce qui est le plus chouette dans ce music business!

L: Pourquoi?
T: C'est difficile d'expliquer ce qu'on ressent quand on voit les gens réagir a ce qu on chante.

L: tu reçois de l'énergie des gens?
T: Oui, on se sent vraiment exister!

L: Comment tu te sens quand tu reviens en Jamaique apres t'etre produit a l'exterieur?
T: Que je reviens chez moi, a la maison, c'est une tres bonne impression!

L: Dans un de tes derniers morceaux: "Cover me under your blood", tu touches au gospel, pourquoi?
T: Je voulais montrer a mes fans un aspect un peu different de ce que je fais habituellement, c'est positif de faire une chanson sur Dieu.

L: est ce important pour toi d'exprimer des valeurs spirituelles?
T: c'est tres important!

L: Quels sont tes principes de Livity?
T: des principes inspirés par Dieu, vivre bien, n'avoir de mauvaises intentions pour personne, aimer tout le monde, ne pas critiquer ce que les autres font.

L: Pourquoi remercies tu la vie?
T: pour la Vie meme!!

L: es tu satisfait de ta carriere musicale?
T: Oui, bien qu'aujourd'hui on ne me passe pas beaucoup sur les radios en Jamaique, alors que j'ai tellement de chansons qui peuvent inspirer les gens. Certains de mes albums ne sont jamais sortis en Jamaique!! En plus il y a des pots-de -vins qui sont une pratique de nos jours par rapport aux passages radio.

L: c'est le systeme
T: oui, et les disc jockeys sont de jeunes gens, peu d'entre eux ont conscience de ce qu'est le reggae des origines, qu'il faudrait passer davantage.

L: penses tu que les étrangers connaissent mieux ce reggae authentique?
T: bien sur, les étrangers savent mieux ce qu'est le vrai reggae!

L: Quels sont tes projets pour les mois qui viennent?
T: je vais sortir quelques singles, et un nouvel album.

L: comment s'appelle cet album?
T: Je ne sais pas encore, c'est en préparation.

L: as tu un message pour les fans de reggae en France?
T: "Les fans de reggae en France, j'aimerais etre la-bas avec vous, pour vous voir tous, Tinga veut etre avec vous, TINGA NUH LINGA!(Tinga ne lambine pas!) I LOVE YOU FRANCE!!!"

L: Merci beaucoup, Monsieur Stewart!
T: Merci a vous!!!

 

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