Quel a été ton premier contact avec la musique reggae ?
Ce serait plutôt via le ska anglais des années 70/80 avec le groupe Ska out ? J’ai écouté et ça me plaisait pas mal. J’ai des copains qui m’ont fait écouter les versions originales de ces morceaux, et c’est là que j’ai écouté des classiques jamaïcains avec des morceaux de ska. Bob Marley passait aussi à la radio. Je me souviens aussi d’avoir écouté les albums reggae de Gainsbourg sortis dans les années 80 qui passaient à la radio, ça m’avait bien accroché aussi.

Est-ce que le saxophone a été ton premier instrument et comment as-tu appris à en jouer ?
Le saxophone, j’ai appris tout seul à en jouer mais ça n’a pas été mon premier instrument. J’ai commencé à faire un peu de guitare et j’ai commencé le saxophone assez tard vers l’âge de 18 ans en jouant avec des petits groupes.

Quels sont les saxophonistes qui t’ont influencés ?
Dans le reggae il y a des grands maîtres comme Roland Alphonso et Tommy Mc Cook chez les anciens, et puis des gars comme Dean Fraser.

En dehors du reggae quelle genre de musique écoute-tu ?
J’aime bien toutes les musiques soul et R&B des années 60/70.

Y- a-t-il un style de reggae que tu affectionnes en particulier ?
J’apprécie tous les styles, j’ai peut être une petite affection pour le rocksteady parce qu’il y avait des chansons qui étaient un peu plus développées. Le roots des années 70 me plait aussi.

Quel est le déclic qui t’a fait passer du statut de musicien amateur à celui de musicien professionnel ?
Cela s’est fait un peu tout seul, après il y a un facteur de chance. Je commençais à jouer dans des groupes, au début on joue pour se faire plaisir, on fait des petits concerts. J’ai commencé à me professionnaliser quand j’ai commencé à avoir des concerts payés, avec Baobab par exemple. Mais aussi avec Pierpoljak avant que Kingston Karma explose. Il avait été signé chez Barclay à l’époque. Donc j’ai pu commencer à être intermittent du spectacle. Avant je m’occupais d’une salle de concert que j’avais monté avec des copains au début des années 90 à Colombe.

Qu’est ce qu’elle est devenue cette salle ?
Ca a fermé, ça s’appelait le Cadran. Beaucoup de groupes y sont passés. Moi je m’occupais de la programmation. Grâce à ça j’ai côtoyé pas mal de musiciens, et c’est comme ça que j’ai rencontré les musiciens de Baobab par exemple, je les avais programmés à l’époque et on a commencé à jouer ensemble.

Tu viens de sortir l’album « Sly & Robbie presents Stepper takes the Taxi » qu’est ce qui t’a poussé à faire ce projet ?
C’est un peu Sly et Robbie qui m’ont poussé à faire ça, un jour pour me marrer j’avais posé un instrumental sur le riddim Revolution qui est sur l’album. Ils m’ont dit que c’était mortel et que je devais continuer et faire un album. Donc ils m’ont donné accès à toutes leurs bandes, et j’ai fait des séances avec eux sur des riddims que j’ai composé moi même. Donc pour une moitié j’ai utilisé leurs bandes et l’autre moitié j’ai composé et joué avec eux.

De quels instruments as-tu joué sur cet album ?
Pas mal de trucs, différents saxophones, mais je fais aussi des claviers, de l’orgue, du melodica, des percussions, des petits samples.

Parle nous des musiciens qui ont participé à cet album
Il y a Sly & Robbie qu’on ne présente plus. Sinon dans les cuivres il y a eu Nambo Robinson qui joue aussi avec le Taxi Gang, Didier Bolay qui joue ce soir avec nous. Il y a des copains du Homegrown qui ont posé sur quelques morceaux. Il y a même Fixi du groupe Java, il a fait de l’accordéon sur un morceau et du piano un peu jazz. Après tu as la crème des musiciens jamaïcains. Dans les classiques de Sly & Robbie, il y a des musiciens comme China Smith, Sticky, Skully, Robbie lyn, Ansel Collins, Dalton Brownie.

C’est toi qui a voulu travailler avec ces musiciens ?
Sur les classiques de Sly & Robbie des années 70/80 ils étaient déjà sur les morceaux, et pour les séances que j’ai faites en Jamaïque, ils étaient là aussi. C’est des musiciens avec qui j’avais envie de travailler et qui ont l’habitude de travailler avec Sly & Robbie, on s’est mis d’accord pour les faire venir.

Quelles sont les premières connexions que tu as eu avec des artistes jamaïcains dans ta carrière ?
La première fois que j’ai été en Jamaïque c’était avec Pierpoljak pour faire l’album Kingston Karma. Sur place j’ai rencontré pas mal de musiciens, sur l’album j’ai enregistré avec Dean Fraser et Nambo Robinson. C’est là que j’ai rencontré China Smith, l’ingénieur du son Shane Brown. Il y avait Clive Hunt, c’est lui qui réalisait l’album. On a enregistré à Tuff Gong et tous les musiciens passent au studio pour voir ce qu’il se passe et c’est là que tu rencontres des gens. Comme moi j’avais beaucoup bossé sur l’album de Pierpoljak, j’avais fait des arrangements et pas mal de riddim, certaines personnes ont vu le boulot que j’avais fait dessus et ils m’ont demandé à leur tour de bosser avec eux.

Tu as travaillé avec pas mal d’artistes jamaïcains par la suite, c’est grâce aux sessions de Kingston Karma
Exactement, ça a fait reconnaître le travail que j’avais fait là bas et du coup il y a des labels qui m’ont demandé pour composer et réaliser des titres pour U Roy, Horace Andy et d’autres.

Est-ce qu’il y a des personnes avec qui tu voudrais travailler où avec qui tu aurais voulu travailler ?
Il y en a toujours, toutes les rencontres sont bonnes. Là je sors d’une tournée avec Johnny Clarke et Horace Andy. Je n’avais jamais bossé avec Johnny Clarke et c’était vraiment chouette ! Après il y en a toujours. Sur scène j’ai déjà joué une fois avec Burning Spear, il était venu en tant qu’invité sur un concert qu’on faisait à New York avec Sinead O'Connor. Ce serait bien de bosser avec Buring Spear, une des dernières grandes légendes. Sinon j’ai eu de la chance, j’ai quand même joué avec pas mal de monde, je n’ai jamais joué avec John Holt. Sinon il y a pas mal de gens comme Alton Ellis, Justin Hinds, Johny Moore des Skatalites, ces gens là j’ai eu la chance de travailler avec eux avant qu’ils partent.

Quel est ton avis sur la manière de travailler la musique en studio en Jamaïque, y-a t’il des différences avec les musiciens français, dans l’approche générale ?
Effectivement ça va très très vite. En Jamaique tu ne fais pas quinze prises. Ca bosse très vite, en fait ils ont l’habitude de bosser en studio. C’est vraiment très professionnel, c’est à dire que les musiciens qui arrivent sont vraiment affûtés comme un studio coûte cher. Contrairement à des productions en France où tu as un studio pour une semaine payé par la maison de disque, en Jamaïque c’est à l’heure où à la demi journée. Donc il faut que les musiciens soient efficaces, si jamais le mec met cinq heures à faire une prise de guitare, on ne l’appelle plus jamais en studio ! Donc c’est pour ça que les mecs bossent vite et bien.

Quels sont tes meilleurs souvenirs de tes enregistrements en Jamaique ?
J’en ai trop pour m’en souvenir ! Le souvenir le plus marquant que j’ai c’est ma première vraie séance d’enregistrement en tant que musicien sur l’album de Pierpoljak. Je n’étais pas censé jouer, j’avais fait les arrangements de cuivre, et c’est Dean Fraser, Nambo Robinson et Chico chin des Ras Brass qui ont demandé qui avait fait les arrangements à Clive Hunt. Clive Hunt a répondu c’est lui en me montrant. Dean Fraser m’a demandé de quel instrument je jouais, je lui ai dit du saxophone. Ensuite il m’a demandé si j’avais amené mon sax, je lui ai dit que oui. Et il m’a dit vient jouer avec nous. J’ai répondu non, j’étais timide, et il m’a dit c’est pas une question, tu viens jouer avec nous ! Et il a pris le saxophone ténor alors qu’il était alto et ils m’ont vraiment donner la chance d’enregistrer avec eux. Ca a été vraiment sympa et très généreux de leur part et ça m’a mis dans le bain tout de suite. Il y a plein de monde qui assistait à cette séance, Sly et Robbie étaient dans le coin aussi. C’est comme ça que je me suis fait repérer. Donc ça c’est une séance, après j’ai eu plein d’autres expériences.

Quelle est ton avis sur le reggae français de manière générale ?
Ecoute je trouve que cela a pas mal changé, il y a une vraie culture du reggae. Il y a quelques années quand j’ai commencé il y avait quand même assez peu de musiciens qui jouaient du reggae où qui le jouaient bien. Et maintenant il y en a un paquet, je suis surpris de voir quand je tourne à travers la France qu’il y a un paquet de groupes qui font des premières parties et qui ont vraiement un super niveau. En l’espace de dix-quinze ans ça n’a plus rien a voir au niveau des musiciens eux-mêmes. Après au niveau du marché ce n’est plus la même histoire. Au niveau des ventes de disques ça s’est effondré, pour les concerts ça marche moins bien qu’il y a quelques années, on sent que ça se tasse un petit peu, mais ça repartira bientôt.

Tu as travaillé récemment avec les Banyans un jeune groupe français
C’est encore une jeune génération de mecs qui jouent vraiment bien. J’aime bien faire ça, souvent il y a pas mal de jeunes groupes qui m’appellent pour jouer sur quelques morceaux avec eux. Les Banyans, les Colocks, Broussaï aussi, et j’ai toujours plaisir à faire ça.

Comment t’es tu retrouvé dans le Homegrown Band ?
Tout simplement parce que c’est moi qui l’aie monté ! Ca remonte à l’époque quand j’avais terminé de réaliser l’album Mek it bun d’Horace Andy. Avec Horace on était assez pote, il ne tournait plus vraiment, il ne faisait que des trucs avec Massive attack, plus tellement reggae. Il m’a demandé de monter un groupe, donc j’ai appelé des copains musiciens qui jouaient à gauche à droite. Il y avait Thomas qui jouait dans Baobab avec moi, Bim que je connaissais d’ailleurs, Jimmy aussi, Didier au trombone avec qui je joue depuis un paquet de temps. Voilà j’ai assemblé tout ce petit monde et c’est Horace qui a donné le nom de Homegrown band.

Peux-tu nous parler des productions auxquelles tu as participé récemment ?
Comme le marché du disque est un peu en train de se casser la gueule, je passe un peu moins de temps à produire des disques. Avec le Homegrown on a fini un album pour Kiddus I, qui a été fait depuis un moment mais qu’on pense sortir à la fin de l’année qui est vraiement 100% roots. On l’a enregistré tous ensemble dans les conditions du live.

Que peut-on te souhaiter pour le futur proche ?
Que ça continue comme ça, qu’on puisse continuer à faire de la musique, à en vivre et à se faire plaisir. Rencontrer des artistes, des légendes ou des jeunes qui arrivent. Là je pense à Bitty Mc Lean avec qui j’ai énormément de plaisir à jouer, il est issue d’une génération plus jeune et pour moi il est de la même école que des mecs comme Ken Boothe, c’est un super chanteur, qui a une bonne attitude et des bonnes chansons. J’espère qu’il y en aura de plus en plus comme ça.

 

INTERVIEW REALISE PAR POTER, PHOTOS: ThyCool ..... REMERCIEMENTS TALOWA & STEPPER ....

 

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